Economie : les banques ne font toujours pas leur boulot et ne financent pas l’économie réelle

Pour faire suite à l’article de Charles Sannat relayé ici même hier par Benji, voici une confirmation scandaleuse du comportement des banques européennes, issue d’une enquête du NY Times relayée par le site Express.be. Cette étude démontre que les 1000 milliards d’euros prêtés par la BCE quasi gratuitement aux banques européennes, n’ont pas servi à financer l’économie réelle (cela dit on s’en doutait :) puisque les taux de financement des entreprises des pays en difficulté économique sont toujours aussi élevés (entre 4 et 6% pour l’Espagne et l’Italie par exemple et je ne parle même pas de la Grèce et du Portugal dont les taux sont carrément prohibitifs) et ne permettent pas aux entreprises de se financer. Donc résumons encore une fois : la BCE prête de l’argent quasiment gratuitement (le taux directeur de refinancement est aujourd’hui à 0.25%) aux banques européennes pour « relancer l’économie », et ses dernières achètent illico des obligations souveraines, et particulièrement des Junk Bonds Portugais, Grecs ou Espagnols qui rapportent en moyenne entre 4 et 7%, ou utilisent cet argent pour spéculer sur les marchés actions. Mais quand il s’agit de financer une PME, là c’est niet…

Le New York Times présente le cas de Lúcio Machado, un garagiste du nord du Portugal qui emploie 12 personnes et voudrait développer sa PME en empruntant 100.000 euros de sa banque. Mais son banquier vient de détruire ses projets, en lui proposant un taux d’intérêt de 10%. Et même s’il réduit le montant emprunté, il devra toujours payer 7% d’intérêt, un taux bien trop élevé pour sa petite entreprise. Par comparaison, une PME allemande se verrait offrir exactement la moitié de ce taux.

Dans tous les pays de la zone euro les plus affectés par la crise, le problème est le même : la plupart des PME ne parviennent pas à obtenir les crédits qui leur permettraient de repartir. Le New York Times publie deux graphiques bases sur les données de la Banque Centrale Européenne (BCE) qui permettent de comprendre pourquoi on observe une reprise à deux vitesses dans la zone euro.

Le premier graphique montre que les banques locales accordent souvent moins de la moitié des crédits demandés par des PME dans les pays de l’Europe du Sud, les fameux PIGS (Portugal, Italie, Grèce et Espagne), alors qu’en Allemagne, près de 80% des PME obtiennent satisfaction sur la totalité du montant demandé.

Le second graphique montre les différences de taux d’intérêt que les PME doivent payer sur un prêt selon les pays. Les entreprises grecques et portugaises paient deux fois plus que leurs homologues françaises et allemandes:

Pendant la crise, des dizaines de milliers d’entreprises ont déposé le bilan, notamment dans les pays de la périphérie, faisant du même coup grimper les taux de défaillance de crédit des banques, ce qui explique pourquoi celles-ci réclament maintenant des taux plus élevés.

Auparavant, on n’observait pas un tel écart entre les taux d’intérêt que les PME des pays de la périphérie et ceux consentis aux PME des pays du nord de l’Europe. Le credit crunch n’est plus aussi grave qu’il a pu l’être il y a deux ans, au pire moment de la crise de l’euro, mais la situation demeure difficile.

Dans un rapport, la BCE a trouvé que 66% des entreprises grecques, 52% de leurs homologues italiennes et 43% de leurs homologues portugaises rencontraient « un problème très contraignant » en ce qui concernait leur accès à des prêts à des taux abordables. Or, ces PME assurent en général les deux tiers des emplois dans ces pays. Si elles ne peuvent pas se développer grâce à de nouveaux emprunts, la reprise ne pourra pas avoir lieu.

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