« Baiseur de chouette » et autres insultes interdites de SMS

Dans le genre « y’a que ça à faire à l’heure actuelle », la censure de mots dans les SMS, c’est vrai que c’est tellement plus grave un mot salace qu’un banquier qui détourne des millions… Ils sont bons au Pakistan, y’a pas à dire! C’est donc 1600 mots qui sont interdits d’utilisation, ce qui laisse présager une grande liberté d’expression dans le pays dans l’avenir (mode ironie enclenchée…), la liste de ces mots se trouvant ici.

Dessin d'Ares, Cuba.

© Droits réservés Dessin d’Ares, Cuba.

Mardi 22 novembre, les autorités pakistanaises ont finalement décidé de remettre à plus tard l’interdiction de quelque 1800 mots dans les échanges par texto. Un site internet indien s’était amusé à commenter les grossièretés les plus croustillantes de la liste noire.

Les SMS contenant des noms d’oiseaux et autres mots d’argot seront désormais interdits au Pakistan. L’autorité pakistanaise des télécommunications (PTA) a en effet décidé d’interdire l’utilisation de 1795 mots grossiers, et ordonné aux opérateurs de filtrer les SMS au langage trop cru à partir du 21 novembre 2011. Ce catalogue de mots orduriers comprend 1109 expressions en anglais et 586 en ourdou. Quand l’existence de cette liste a été révélée par la presse, le Twitter pakistanais est entré en en ébullition.
 Il faut dire qu’il est difficile de garder son sérieux à la lecture des deux listes. La liste des mots anglais commence par A.S.S. [cul] et finit par Yellowman [dj jamaïcain de reggae].

Si certains mots peuvent paraître inoffensifs (crap, crappy [merde, merdique]), le choix de certains autres est des plus bizarres (Jesus Christ, flatulence, murder [Jésus-Christ, flatulence, meurtre]). Pour certaines obscénités passées dans le langage courant, les auteurs de cette liste ont pris soin de répertorier les orthographes les plus fantaisistes (biatch pour bitch [salope], muthafucka pour motherfuck [fils de pute]). Si l’on y trouve aussi plusieurs versions mal orthographiées du mot masturbation, sa version correctement orthographiée est absente de ce répertoire salace.
 Faut-il voir dans cette nouvelle réglementation une volonté du PTA d’empêcher la diffusion des sextos, ces textos à caractère pornographique (sont en effet recensés les mots sexy, lick me [lèche-moi], do me [prends-moi], lotion [lubrifiant] et porn [porno]) ? Ou bien serait-ce une nouvelle méthode pour réduire l’alcoolisme chez les jeunes, le mot drunken [saoul] étant également mis à l’index ? Comme le souligne le quotidien pakistanais The Express Tribune, si la majorité des termes sont des jurons, on trouve également des termes médicaux ainsi qu’un vocabulaire spécifique à certaines minorités religieuses et au groupe de rap américain Wu-Tang Clan. Petit aperçu des termes « médicaux » : breast [seins], intercourse [acte sexuel], condom [préservatif] et period [règles].

En fait, grâce à cette liste, les Pakistanais peuvent surtout élargir leur vocabulaire graveleux et apprendre de nouveaux jurons. Selon @Zakoota, cette liste devrait être enseignée dans les écoles afin d’apprendre aux enfants à bien définir les hommes politiques et les joueurs de cricket. Certains internautes regrettent qu’il n’y ait aucun mot en sindhi ou en pendjabi [deux langues régionales], car en matière de grossièretés, le pendjabi est apparemment d’une grande richesse. Certains jurons en ourdou font preuve d’une grande créativité, n’hésitant pas faire appel à la zoophilie, comme ullu chod [baiseur de chouette], d’autres sont beaucoup plus inoffensifs comme buckwaas [bêtise, connerie] ou encore bewakoof [idiot]. Cet inventaire est tellement hétéroclite qu’au départ les gens ont pensé qu’il s’agissait d’un canular. Mais Shahzad Ahmad, militant de la liberté sur Internet qui tweet sous @bytesforall, aurait eu confirmation de l’existence réelle de cette liste auprès d’un de ses informateurs au PTA. 
L’article du Express Tribune a depuis été réactualisé et cite un porte-parole du PTA qui nie avoir connaissance de cette liste. Selon l’organisme, qui vient de faire les gros titres pour avoir demandé à l’IPS de bloquer l’accès à 171 261 sites pornographiques, une réunion sur cette polémique va être organisée. Comment les opérateurs déjà incapables de filtrer les spams publicitaires vont-ils pouvoir se porter garants d’une langue purifiée ? Heureusement les Pakistanais habitués à la censure grandissante exercée en ligne par le PTA ont déjà trouvé la parade. Puisque chaque grossièreté est numérotée sur la liste : « au lieu de taper le mot entier, il suffira de taper son numéro sur la liste. Merci au PTA de nous simplifier la vie », ironise @SamdK.

Source: courrierinternational.com

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