L’appel des chimpanzés du futur contre le techno-totalitarisme

Frères humains, sœurs humaines,

Vous avez entendu parler du transhumanisme et des transhumanistes ; d’une mystérieuse menace, groupe fanatique, société de savants et d’industriels, discrète et puissante, dont les menées occultes et l’objectif affiché consistent à liquider l’espèce humaine pour lui substituer l’espèce supérieure, « augmentée », des hommes-machines. Une espèce résultant de l’eugénisme et de la convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, des neurotechnologies et des immenses progrès de la science.

Vous avez entendu l’ultimatum, cynique et provocant, de ce chercheur en cybernétique, Kevin Warwick : « Il y aura des gens implantés, hybridés, et ceux-ci domineront le monde. Les autres qui ne le seront pas, ne seront pas plus utiles que nos vaches actuelles gardées au pré. » (1) Et encore : « Ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s’améliorer auront un sérieux handicap. Ils constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur. » (2)

Réel danger

Et vous vous êtes demandé s’il fallait prendre ces esbroufes au sérieux, ou s’il ne s’agissait que de science-fiction et de l’expression boursouflée de l’orgueil technocratique.

Hélas, le danger est véritable, et l’Humanité affronte une tentative d’extinction, fomentée par et pour une faction égoïste, implacable et toute-puissante, lasse de partager ce monde résiduel avec des masses de bouches inutiles et toujours plus nombreuses.

Comment en sommes-nous venus là, et que devons-nous faire ?

Au début, il y avait les poètes.

Rimbaud : « J’ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J’ai essayé d’inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J’ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire d’artiste et de conteur emportée ! »

Ducasse : « C’est un homme ou une pierre ou un arbre qui va commencer le quatrième chant. »

Puis les artistes futuristes, Français, Italiens, Soviétiques ; Marinetti, Maïakovski, Apollinaire et tant d’autres, chantres de la violence et de la vitesse ; clairons et rescapés de la Grande Guerre industrielle et mondiale, exaltèrent dans la technologie le vrai moyen de « changer la vie » et de « transformer le monde ». Ils firent la guerre aux vieilleries poétiques, au soleil et à la lune ; ils glorifièrent les aéronefs, les barrages, les moteurs, l’électricité, les Titanic, les Métropolis, les armées blindées, les stades gigantesques. Et les robots, les masses mécanisées.

Ils propagèrent les deux grands mouvements de l’époque : la technologie et le totalitarisme. Deux mouvements convergents. Deux aspects d’un même mouvement d’ingénieurs des hommes et des âmes, visant la fabrique de l’homme nouveau, de l’Übermensch nazi à l’Homme d’acier communiste en passant par toutes les variétés de surhommes et de Supermen, pour aboutir au cyborg ; à l’homme bionique des laboratoires transhumanistes, « hybridé » d’implants et d’interfaces.

Dès les années Trente, le national-révolutionnaire Ernst Jünger, critiquait le racisme biologique et grossier des nationaux-socialistes, pour lui opposer l’avènement d’un nouveau type d’humanité : Le Travailleur – en tchèque, le robot.

Régression sociale et humaine

Ces progressistes au plan technologique sont des régressistes au plan social et humain, des partisans de la pire régression sociale et humaine ; ce qu’en langage commun on nomme des réactionnaires. Le nazisme, le fascisme et le communisme n’ont succombé que face au surcroît de puissance technoscientifique des Etats-Unis. Mais l’essence du mouvement, la volonté de puissance technoscientifique, s’est réincarnée et amplifiée à travers de nouvelles enveloppes politiques. Le laboratoire est florissant d’où s’est enfuie la créature immonde.

Dès 1945, Norbert Wiener mettait au point la cybernétique, la « machine à gouverner » et « l’usine automatisée », qu’IBM implante aujourd’hui sous le nom de « planète intelligente ». C’est-à-dire la fourmilière technologique ubiquitaire, avec ses rouages et ses connexions, ses insectes sociaux-mécaniques qui se nommaient eux-mêmes, jadis, des zoon politikon, des animaux politiques.

Pour les transhumanistes et les collabos de la machine, l’humain est l’erreur. L’humain est faible et faillible, l’humain est fini. L’humain leur fait honte. Ils aspirent à la perfection, au fonctionnement infaillible et à l’infinité du système technologique ; à se fondre dans cette totalité autonome.

Les transhumanistes trouvent des soutiens partout. Ils s’expriment dans les émissions de radio et dans les journaux de référence. « L’homme augmenté, c’est déjà demain », proclame l’hebdomadaire citoyen qui se réjouit du fait accompli. « Un autre transhumanisme est possible », déclare l’Association française transhumaniste. On n’arrête pas le progrès et la gauche est pour le progrès. Être de gauche, c’est réclamer le droit et les moyens de l’hybridation homme-machine pour toussétoutes ; d’un service public de l’eugénisme, nouvelle branche de la sécurité sociale.

La machine n’a pas gagné

Cependant, nous les chimpanzés du futur, nous n’avons pas perdu, et la machine n’a pas gagné. L’Humain reste une bataille en cours tant qu’il ne s’abandonne pas, et il ne s’abandonne pas tant qu’il pense les choses et les dit avec des mots. Nommer une chose, c’est former une idée, et les idées ont des conséquences inévitables. Nous devons garder les mots et nommer les choses du mot juste. Nous devons former des idées avec leurs conséquences inévitables.

Les transhumanistes n’ont qu’une idée : la technologie. Nous, chimpanzés du futur, n’avons qu’une technologie : les idées. Cependant les idées sont plus actives, plus rapides, plus performantes que n’importe quelle technologie ; plus véloces et puissantes qu’Internet et l’électricité.

Nous disons : le transhumanisme est un nazisme en milieu scientifique. C’est ce techno-totalitarisme, ce « fascisme » de notre temps que nous combattons, nous, animaux politiques. Et nous vous appelons à l’aide.

Sauvons les mots.

Brisons les machines.


Notes

1 – cf. Magazine Au fait, mai 2014

2 – Libération, 12/05/02


Source et photos : Pièce et main d’œuvre

8 commentaires

  • engel

    Depuis le temps que Hollywood nous prépare à cette merde. Au moins, elle aura de la gueule notre prochaine extinction de masse « Robot contre cyborg ».

    Et pour ceux qui en douterait:
    Regardez et écoutez ce beau spécimen d’illuminé bouffi d’orgueil qui ne veut que votre bonheur.

    Comme ils aiment à dire dans leur castre:
    -« Rien et je dis bien rien, ne pourra s’opposer à la venue du nouvel ordre mondiale… ».

    Alors bientôt, on va s’occuper de vous,… les gueux fabrique à sous-hommes!…Dans un souci d’égalité et d’humanisme, bien sûr.

    http://www.youtube.com/watch?v=ck_vIzMKwb8

  • Le veilleur

    Ceux qui décideront de rester humains et refuseront de s’améliorer constitueront une sous-espèce et formeront les chimpanzés du futur.

    Je pense que les chimpanzés du futur ne seront pas ceux qui refuseront de s’améliorer par la technologie mais bien ceux qui refuseront de s’élever vers l’être divin en soi.

    Croire que l’homme à besoin de technologie pour s’améliorer, c’est le rabaisser au rang d’homme faible, impuissant et incapable d’évolution, incapable de se surpasser, incapable de s’améliorer et donc qui ne peut se perfectionner. Ces transhumanistes nient l’évolution de l’humanité et de la nature.

    Je vous renvoie à l’excellent film de Andrew Niccol « Bienvenue à Gattaca » une œuvre visionnaire qui symbolise toutes les résistances et le refus d’une discrimination sociale monstrueuse. Dans un monde soumis à une impitoyable sélection génétique, « Vincent Freeman » alias « Ethan Hawke » jeune homme ambitieux, va dépasser toutes les barrières de ses imperfections pour réaliser son rêve.

    http://television.telerama.fr/tele/films/bienvenue-a-gattaca,7126.php

  • Dubitatif

    il y a quelques jours, j’ai à ce sujet rédigé un très
    long billet en réponse à un article sur la surveillance.
    j’y évoquais Google, Microsoft et les autres…

    Le consommateur se laisse berner au début avec des gadgets pour LES LOISIRS,être connecté ici et là

    « se simplifier la vie »…ou pour prévenir des blems de santé ….Sans voir qu’on pompe leurs données.

    du loisirs au début on conduit vers l’obligatoire à la fin

    j’ai fait un bouquin sur le sujet (les êtres augmentés) qui doit paraitre cet été.
    Un an de recherches scientifiques, un an pour écrire.

    L’homme vient d’implanter des neurones dans les ordi,
    l’homme implante DÉJÀ sur des volontaires des puces dans
    le cerveau.

    et NON… vous n’êtes ni dans un film ni dans un roman S.F.
    c’est MAINTENANT et pour l’armée AUSSI.

    • Lilith Lilith

      ton livre m’intéresse vivement tu nous diras ou le trouvé, j’ai vu une exellente émission sur ARTE il y a quelque mois et depuis ce sujet m’intéresse au plus haut point

  • ConscienceU12 ConscienceU12

    http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_yahoo.gif JE SUIS UN BONOBO DU FUTUR ! http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_smile.gif

  • Lilith Lilith

    et dire que tout cela partait d’une bonne intention…….

    en 2025 plus de 3 millions d’emplois seront perdu remplacer par la robotique et l’automatisation

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20141027trib64edc65c1/les-robots-detruiraient-trois-millions-d-emplois-d-ici-a-2025-en-france.html

    http://www.liberation.fr/societe/2014/10/27/les-robots-vont-ils-nous-mettre-au-chomage_1130551

    et le plus éffrayant est à venir avec les Robots militaires de l’armée US – SKYNET n’est plus très loin!

    http://www.journaldunet.com/economie/magazine/robots-agiles/de-futurs-soldats.shtml

    et le pire est que les gens acceptent sans rechigné! combien d’entre nous ne travail pas gratuitement pour le grand capital? cela va du self banking au débarasage de tables chez mc do ou self check-in a l’aeroport, tous ces petits gestes qui mi bout à bout nous condamne à devenir inutile…………….mème l’agriculture sera robotisée.

  • Niakine Yapatchef Niakine Yapatchef

    Le cap de la singularité technologique est un danger bien pire que Daech ! Nous fonçons à toute vitesse vers ce mur, et je ne vois vraiment pas ce que nous pouvons y faire.
    Le seul espoir est que le système s’effondre avant d’atteindre ce cap fatidique !
    Qui peut faire mieux que Ted Kaczynski ?
    Je le cite:
    La révolution industrielle et ses conséquences ont été un désastre pour la race humaine. Elle a accru la durée de vie dans les pays « avancés », mais a déstabilisé la société, a rendu la vie aliénante, a soumis les êtres humains a des humiliations, a permis l’extension de la souffrance mentale (et de la souffrance physique dans les pays du Tiers-Monde) et a infligé des dommages terribles à la biosphère. Le développement constant de la Technologie ne fera qu’aggraver la situation. Ce qu’auront à subir les hommes et la biosphère sera de pire en pire ; le chaos social et les souffrances mentales s’accroîtront, et il est possible qu’il en aille de même pour les souffrances physiques, y compris dans les pays « avancés ».

    2. (en) Le système techno-industriel peut survivre ou s’effondrer. S’il survit, il PEUT éventuellement parvenir à assurer un faible niveau de souffrances mentales et physiques, mais seulement après être passé par une longue et douloureuse période d’ajustements, et après avoir réduit les êtres humains et toutes les créatures vivantes à de simples rouages, des produits calibrés de la machine sociale.

    En outre, si le système perdure, les conséquences sont inéluctables : Il n’y a aucun moyen de réformer ou modifier le système de façon à l’empêcher de dépouiller les hommes de leur dignité et de leur autonomie.

    3. (en) Si le système s’effondre, les conséquences seront dramatiques. Mais plus le système se développera, plus désastreux seront les effets de sa destruction, et donc il vaut mieux qu’il s’effondre au plus vite…

    La société industrielle et son avenir.

  • 108

    Difficile tellement c’est en développement dans les mœurs, de l’industrie du jeu vidéo, au cinéma, à la médecine, alors dans les mentalités et les imaginaires …