Le plan secret d’Areva pour se restructurer

Areva n’a pas du tout apprécié à première vue la mise a mort de son projet de 6 EPR en Inde, et donc les sommes perdues étant colossales, il faut bien prendre des décisions pour survivre, ce qui est fait mais pas encore annoncé. Au programme, des fermetures de sites et un dégraissage en règle! Ouch, la société va-t-elle au final se faire atomiser? (jeu de mot pourri mais bien dans le contexte non? ;) )

Pour améliorer sa rentabilité, le groupe nucléaire va tailler dans ses effectifs et fermer des sites. Production d’uranium, fabrication des réacteurs ou retraitement du combustible: l’état des lieux exclusif de l’Expansion.

Le président du directoire d'Areva, Luc Oursel

Le président du directoire d’Areva, Luc Oursel
REUTERS/Yuriko Nakao

On l’appelle PAS – pour Plan d’action stratégique. Lancé dans l’urgence par Luc Oursel, lorsqu’il a pris la direction du groupe nucléaire en juin dernier, ce plan ne sera rendu public qu’en décembre prochain. Et silence radio jusqu’à cette date. Pourtant, une étape vient d’être franchie. « Nous avons fait moitié du travail, commente, anonyme, un cadre dirigeant. Luc Oursel va en donner une première esquisse à ses actionnaires, cette fin de semaine, lors d’un comité stratégique. « Que va-t-il leur annoncer? D’ores et déjà, nous pouvons en donner les grandes lignes.

En savoir plusRetrouvez le plan complet et la carte exclusive des restructurations d’Areva dans le prochain numéro de l’Expansion à paraître mercredi 26 octobre.

De toute évidence, il y aura des réductions d’effectifs et des fermetures de sites – notamment en Allemagne et en Belgique. Et un énorme programme de réductions de coûts et d’investissements va être lancé. Luc Oursel ne s’en cache pas : toutes les activités sont, actuellement, passées à la paille de fer. L’amont, c’est-à-dire la production de combustible (uranium), la fabrication des réacteurs, mais aussi l’aval de la chaîne, à savoir le traitement du combustible usé. Avec, toujours, la même question : que peut-on élaguer ?  » Il n’y a aucun tabou « , assène Luc Oursel, lors des réunions de direction. Revue de détail.

1 – Amont: l’usine belge de Dessel va fermerPour Areva, l’arrêt des réacteurs japonais et allemands a été terrible. Il a privé le groupe français de deux gros clients. La sanction n’a pas tardé : les usines de transformation d’uranium (les sites de la Comurhex, dans l’Aude et la Drôme) vont interrompre leur production en novembre et décembre. Aucun licenciement n’a été évoqué pour l’instant. Ce serait du reste très délicat, à huit mois de l’élection présidentielle. Et les salariés ? En attendant 2012, ils sont priés de prendre des congés ou de suivre une formation.

Pour les sites qu’Areva possède à l’étranger, l’avenir est en revanche moins assuré. Deux filiales pourraient payer un lourd tribut. D’abord, ANF, en Allemagne. Plusieurs sites sont visés : Lingen (fabrication de composants et d’assemblages de combustible), Offenbach et Erlangen (ingénierie). A Areva, on comptait en effet beaucoup sur le marché de la modernisation des réacteurs allemands, estimé à plusieurs centaines de millions d’euros, pour occuper les bataillons d’ingénieurs. En annonçant pour l’Allemagne la sortie du nucléaire, Angela Merkel en a décidé autrement.

Conséquence directe, près de 800 postes, selon nos informations, vont être supprimés sur ces trois sites. « Il y a de nombreux salariés âgés, explique une source interne. Ce sont eux qui seront concernés en premier lieu par le plan. »

En Belgique, c’est la Franco-Belge de fabrication du combustible (FBFC) qui est menacée. Il est pratiquement acquis que l’usine de Dessel, qui produit des assemblages de combustible, fermera ses portes dans les trois ans. Le plan social serait même déjà bouclé… Outre-Atlantique, les nouvelles sont aussi mauvaises. Dans l’état-major d’Areva, on ne donne pas cher du projet d’usine d’enrichissement Eagle Rock, dans l’Idaho, dont la construction devait commencer en 2011. Report ou annulation pure et simple? La décision finale n’a pas encore été prise.

2- Gisement d’uranium namibien : tout est stoppéAu siège du groupe nucléaire, on s’interroge beaucoup sur l’avenir de l’activité minière, récemment filialisée. Dans l’idéal, il faudrait investir plus de 2 milliards d’euros dans cette activité très capitalistique. Hors de question dans le contexte actuel, où l’on cherche à réduire les investissements. Certaines mesures auraient déjà été prises. Le démarrage de l’exploitation du gisement d’uranium d’Imouraren, au Niger, serait reporté après 2013. Plus grave, il est fortement question d’annuler le projet namibien de Trekkopje.  » Nous devons nous adapter à l’évolution de la demande mondiale « , dit-on, en haut lieu, à Areva.

Pour trouver du cash, on évoque, en interne, une mise en Bourse de la branche minière, Areva Mines. Mais ce ne sera pas le cas. L’Etat a plutôt décidé de procéder à une augmentation de capital. Plusieurs pistes sont à l’étude. D’abord, faire entrer un opérateur électrique (coréen, par exemple) dans le capital d’Areva Mines. Il est aussi question d’y inviter des investisseurs financiers (fonds qatari ou chinois). Autre possibilité, la participation d’un groupe minier étranger.  » Nous travaillons aussi sur des combinaisons entre ces différentes formules « , confie-t-on en interne.

Source: lexpansion.lexpress.fr

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