Chômeurs inconnus de Pôle emploi : « Jamais mieux servi que par soi-même »

De toute manière, la véritable utilité du pôle-emploi peut être remise en cause car l’outil est inefficace, très mal exploité, et dépend quand même directement des décisions politiques concernant l’emploi dans ce pays, et de ce côté là, nous sommes face à un florilège exceptionnel de grand n’importe quoi! Reste la débrouille, encore faut-il accepter le fait que la solution ne se trouve pas dans celles apportées par le système…

Découragés, « débrouillards » ou radiés, ces chômeurs invisibles ne sont pas comptabilisés dans les chiffres fournis par Pôle emploi, qu’ils évitent.

Devant un Pôle emploi du XIXe arrondissement de Paris, le 17 août 2010 (Audrey Cerdan/Rue89)

Frédéric (un pseudo) n’est plus inscrit à Pôle emploi depuis quatre ou cinq ans. « Ça ne m’intéresse pas d’aller à des rendez-vous qui ne servent à rien. Ils ne m’ont jamais trouvé un travail », affirme le trentenaire.

Il préfère chercher de son côté l’emploi rêvé : un job dans la botanique. Et vient de terminer un CDD d’appoint de deux mois comme veilleur de nuit, dégoté grâce à un voisin. Si Frédéric était inscrit à Pôle emploi, il pourrait prétendre à une allocation… « Mais si d’autres peuvent en profiter… », balaie-t-il.

L’homme fait partie des milliers de chômeurs invisibles. Ceux qui cherchent un travail mais ne sont pas comptabilisés dans les chiffres fournis par Pôle emploi, chaque fin de mois.

Qui sont-ils ? Rue89 a reçu des e-mails de découragés, « débrouillards » ou radiés qui ont répondu à notre appel à témoins. Si, toutes catégories confondues, on recense plus de 5 millions de demandeurs d’emploi en France (dont 3,2 millions dans la catégorie A), ceux-là ont disparu des radars. Ou n’ont même jamais été comptabilisés.

« Jamais mieux servi que par soi-même »

Pôle emploi ? Lucile (un pseudo) préfère la débrouille : « On n’est jamais mieux servi que par soi-même. » La Bordelaise de 25 ans se réfère à son compagnon qui a « toujours eu des ennuis avec ce service ». Quand il cherchait dans la métallurgie, on lui a proposé un contrat dans la vente, appuie-t-elle.

Certains amis de Lucile ont mené seuls leur recherche de travail ou de formation : « Là encore, Pôle emploi est très fort pour proposer des formations pas du tout en accord avec leur profil professionnel. »

En attendant, celle qui a décroché son diplôme de mode en juin dernier, « taff au billet » (une expression de sa grand-mère) : des petits travaux de couture qui lui rapportent 500 euros par mois.

« Se retrouver dans cette situation, ça endurcit le moral. On se serre la ceinture, ça ne fait pas de mal, au contraire. On redécouvre la solidarité entre les personnes, on devient économe, on se prépare au monde réel. »

« Ce qui est drôle », écrit Lucile, « c’est que je n’ai jamais été aussi heureuse dans ma vie qu’aujourd’hui ».

Pierre, dans la zone grise

Pierre, 23 ans, a lui bien cliqué sur « m’inscrire », sur Pole-emploi.fr, indiquant ensuite qu’il occupait déjà un emploi. Un « CDI étudiant » de caissier, 15 heures pour 430 euros net par mois, histoire de continuer de régler son loyer. Il n’a pas réussi à aller plus loin sur le site :

« Vous devez être disponible pour rechercher un emploi. Nous vous invitons à vous reconnecter sur Pole-emploi.fr lorsque vous le serez. »


Capture d’un message sur Pole-emploi.fr

Le Rennais, qui vient de terminer son école d’audiovisuel, cherche pourtant un travail à temps complet dans son domaine, « sans relâche » et partout en France. Pas tout à fait chômeur pour les stats, Pierre fait partie d’une zone grise :

« Je n’ai donc pas accès à Pôle emploi du fait que j’ai un “CDI” étudiant. Si je quitte mon emploi pour avoir accès à Pôle emploi, je me retrouve sans aucune source de revenu. De plus, dans mon domaine (le son), il est certain que Pôle emploi ne m’aidera pas vraiment dans ma recherche. »

Pour Catherine (un pseudo), 39 ans, bouder Pôle emploi est un choix. Licenciée économique, cette dernière réseaute dans l’espoir de trouver un contrat. Arrivée en fin de droits, elle ne touche plus d’allocations. Quand on lui demande, l’ex-cadre n’est d’ailleurs plus sûre d’avoir été radiée : Catherine ne s’est simplement plus actualisée. Et insiste :

« Sans droits, il n’y a pas d’intérêts à être inscrit à Pôle emploi. »

« J’ai craqué et j’ai quitté la pièce »

Lise (un pseudo), 22 ans, a « craqué » au bout de plusieurs mois. Elle a quitté Pôle emploi l’été dernier, durant une formation qu’on lui avait proposée :

« J’y suis allée, me disant que je n’avais rien à perdre. Mais devant la personne qui m’expliquait que j’étais là pour apprendre à rédiger un CV et une lettre de motivation, j’ai craqué. J’ai refusé de continuer et j’ai quitté la pièce. »

Source et article complet sur rue89.com

C’est donc une bonne occasion pour dépoussiérer un peu un article de juillet 2012 publié ici…

Une agence Pôle emploi de Dijon, le 29 février 2009.

Le marché du placement privé de chômeurs est-il en train de dérailler ? Certains jours, Laurent (tous les prénoms ont été modifiés), conseiller d’insertion professionnelle en région parisienne, n’est pas loin de le penser. “Je suis écœuré, ça atteint du jamais-vu”, lâche-t-il, après être passé par de nombreuses entreprises du secteur. Son employeur actuel, le cabinet Initiative, lui demande parfois de recevoir au même moment dans deux villes différentes d’Ile-de-France, d’éponger lui-même son bureau dans lequel l’eau s’est infiltrée après les nuits de pluie, ou de réparer l’électricité. D’autres employés ont dû payer de leur poche les factures de téléphone ou monter eux-mêmes les meubles.

Entre toutes ces tâches, Laurent tente de faire son job : remotiver des chômeurs éloignés de l’emploi et, si possible, leur retrouver un travail. “Sauf qu’avec 100 demandeurs d’emploi à suivre et 35 heures dans une semaine, je ne vois pas comment je peux leur proposer un rendez-vous d’une heure chacun.” Tout cela en contrat de professionnalisation, pour à peine plus de 1 800 euros brut par mois, un salaire parmi les plus bas du secteur.

“ENTRETIENS DANS DES APPARTEMENTS”

L’histoire d’Initiative se confond avec celle de beaucoup d’autres opérateurs privés de placement (OPP), le nom donné à ces entreprises qui font du placement des chômeurs un business. Basée à Gap (Hautes-Alpes), cette petite entreprise remporte en février un gros marché de Pôle emploi en Ile-de-France et doit ouvrir seize agences en trente jours, à près de 700 kilomètres de son siège.

“Nous passions les entretiens dans des appartements”, se souvient une conseillère, qui a été licenciée avant la fin de sa période d’essai. “J’ai été recrutée uniquement par mail, je n’ai jamais passé d’entretien”, assure Marie, également licenciée depuis. Entre les départs volontaires et les licenciements, près de dix personnes, sur la trentaine recrutée en février, ont quitté l’entreprise, estiment les salariés interrogés par Le Monde – Franz Rubichon, le gérant d’Initiative, ayant refusé de répondre sur ce point.

Le partenaire d’Initiative pour ce nouveau marché, l’école de commerce niçoise Esccom, a jeté l’éponge juste après avoir commencé les prestations. “Il y avait un vrai décalage entre le cahier des charges et le fonctionnement de terrain”, répond, par mail, Jean-Pierre Buccino, son responsable de la formation continue. Sans compter, ajoute-t-il, “une certitude côté charges fixes et une incertitude côté recettes”, la rémunération de l’entreprise étant dépendante des flux de chômeurs envoyés par Pôle emploi. Après ce départ, Pôle emploi envoie son directeur qualité contrôler certains sites parisiens. “Il était effaré par nos conditions de travail. Il s’est étonné qu’on puisse être payé aussi peu”, affirme Marie. Mais rien n’a changé.

“Nous sommes parfaitement en mesure de répondre aux demandes de Pôle emploi”, défend pourtant le gérant d’Initiative, qui admet tout juste “avoir pris du retard en Ile-de-France en raison de la difficulté de trouver et d’aménager des locaux satisfaisants”. Il réfute que les contrats de professionnalisation lui permettent de bénéficier de larges exonérations de cotisations sociales: “Nous les utilisons parce qu’ils permettent de financer des formations bien plus lourdes que pour des contrats classiques.”

Pourtant, Pôle emploi impose à tous les prestataires que les conseillers recrutés aient trois ans d’expérience… La direction de Pôle emploi affirme de son côté n’avoir pour l’instant aucune critique à adresser à Initiative. “Nous ne vérifions pas la nature des contrats de travail, ils peuvent très bien recruter en contrat de professionnalisation”, explique-t-on. Face au départ d’Esccom, remplacé depuis par un sous-traitant, Pôle emploi avoue également son impuissance.

“LES PRIX ONT BAISSÉ DE PLUS DE 50 % DEPUIS 2005″

“Le cas Initiative est symptomatique d’un marché qui devient un véritable Far West”, s’inquiètent Benoît Bermond et Olivier Febvre, représentants de l’Union régionale francilienne des organismes de formations (UROF), qui regroupe surtout les acteurs associatifs du marché. “Les prix ne cessent de baisser, estiment-ils. Des entreprises apparaissent sur le marché, remportent des appels d’offres, passent de 30 à 300 personnes, entrent en Bourse et finissent en liquidation. Tout cela en quelques années.”

Deux grosses entreprises du secteur, CLAF et Assofac, sont actuellement placées en redressement judiciaire. “Les prix ont baissé de plus de 50 % depuis 2005. Il y un incroyable dumping social”, assure de son côté Estelle Sauvat, directrice de Sodie, un gros cabinet qui a perdu bon nombre des derniers appels. Impossible de savoir combien a proposé Initiative pour remporter celui d’Ile-de-France. “Ces données sont confidentielles, mais nous éliminons systématiquement les offres anormalement basses”, assure simplement la direction de Pôle emploi.

Sic…
Source et article complet: Le monde via Realinfos

 

Le souci n’est pas nouveau, un livre existe sur le sujet, une petite mise en bouche est possible bien sur avec l’interview de son auteure Fabienne Brutus. Vous pensiez que cela n’allait pas dans ce pays, mais êtes-vous prêts à entendre la vérité? Par exemple, on fait baisser les statistiques quand au nombre de chômeurs d’une manière simple, en comptabilisant ceux de 1ère catégorie uniquement, sachant qu’il y a 8 catégories, et c’est sans compter sur ceux qui ne font même plus partie du système. Les 10% environ de chômeurs parmi les actifs de ce pays ne sont pas loin des 20% en fait, et pas besoin de reprocher cela à un gouvernement en particulier, c’est la succession de ceux-ci ainsi que leur complicité qui a mené à un seuil aussi critique. Autre fait dénoncé, celui qui décroche un contrat en CDI d’une heure/semaine reste un demandeur d’emploi, travailler 4 heures/mois ne fait pas un travail, hors le bénéficiaire de ce CDI ne sera plus compté comme chômeur dans les statistiques. Ceci n’étant que deux des points énoncés et dénoncés dans la vidéo, je vous laisse découvrir les autres, de la folie pure cachée à un public « moutonnisé » et donc peu informé de la réalité qui se cache derrière le voile de fumée.


Au passage, un grand merci à Blueman pour son travail exceptionnel en nous proposant ses « vidéos remarquables » qui reste une base de donnée fantastique au niveau infos. Vous pouvez trouver les références et la présentation du livre de Fabienne Brutus sur cette page.

17 commentaires

  • lumpenproletariat

    Oui mais pour toucher la gamelle difficile de ne pas être inscrit.

  • karbonn

    A titre personnel, tous mes potes qui ont cherchés un boulot et surtout qui en ont trouvé un, ne sont jamais passés par cette merd*.
    C’est une pure arnaque remplie d’incompétents notoires.
    Encore un organisme à dissoudre et à remplacer par un formulaire HTML. Quelques milliards économisés pour vraiment pas cher.

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  • Fenrir

    Encore une fois, Les Copains, vous généraliser à partir de votre expérience personnelle, et je ne crois que les participants ici, aient, (hormis pour des détails) besoin des services d’un conseiller de l’emploi pour améliorer leurs techniques de recherches d’emplois. Quoique ?
    Mais croyez-vous que l’ensemble des individus qui utilisent les services de Pôle Emploi soient dans ce cas…
    Naturellement, vous et tous vos potes n’ont jamais consultés, ni utilisés les offres de Pôle Emploi. Ni utilisés ses services pour trouver ou financer une formation,…..
    Non, ça, « jamais »…

  • Perso Pôle Emploi j’y crois pas. Je me suis laissé faire radié, comme ça je suis tranquille. De toute façon ils ne servent pas à grand choses ces temps ci. Donc, pour moi c’est Tchô Pôle Emploi !!!

    http://sentinellededieu.blogspot.fr/

  • dl

    moi j’ai toujours eu du boulot grâce a mon relationnel, si vous comptez sur pole emploi pour avoir du taf, c’est pas la peine,
    idem pour une formation.
    pole emploi ne sert a rien, a part vous faire chier, et essayer de contrôler votre vie.

  • sebzero83

    Malheureusement, je suis assez d’accord avec l’ensemble des commentaires ici présent. P.Emploi n’est qu’une marionnette permettant à l’Etat d’avoir des chiffres qui ne sont pas représentatifs de la réalité, qui plus est. Ils ne connaissent pas leur métier, il ne connaissent pas NOS métiers, pour preuve 2 anecdotes :
    – obligation pour une personne de venir sur une formation pour apprendre à rédiger des CV et Lettres de motivation, alors que cette personne est…formatrice professionnelle dans la réinsertion socio pro.
    – réponse négative à une télécandidature, motif :  » votre profil ne correspond pas au poste » , diplome de la personne : moniteur éducateur. Poste à pourvoir…moniteur éducateur. Et pour cette anecdote, le plus drôle…c’est que finalement, la personne a eu le poste car elle a démarché SANS pole Emploi…

    Incompétents, tout le temps « débordés », ils ne sont qu’une petite main inutile qui permet à l’Etat de dire « Biensur qu’on vous aide, si vous ne trouvez pas de boulot, c’est entièrement de votre faute, nous on vous fourni Pole Emploi… »

  • jean-edouard

    L’emploi est de plus en plus réservé aux gens pistonnés par divers réseaux.

    Pour créer des emplois, il faut avancer l’âge de la retraite pour permettre aux jeunes de travailler.

  • patator patator

    H.S.

    Orage très impressionnant cette nuit sur la loire !! on aurait dit des explosions !! j’avais jamais entendu ça ! était-ce du à l’activité solaire ? j’ai cru que c’était une attaque ou alors la centrale de Cruas qui explosait !!!!

    fin du HS

    Pôle emploi est une fumisterie !! un jour j’ai pété un câble là bas !! du coup il m’ont interdit de remettre les pieds ! tous se faisait ensuite par téléphone et internet !!
    ils m’ont jamais trouvé du boulot !! je me suis toujours démerdé tous seul !! ah si une fois ils m’ont proposé un poste de chauffeur de bus alors que je n’ai pas le permis !!! à l’époque, si je refusais ce poste, ils me radiait de pôle emploi !!

  • quidam31

    Si vous avez une tonne de devoirs et d’obligations devant pôle emploi, lui n’en a aucune envers vous. Leurs salariés le sont à vie et ne sont donc pas concernés par la recherche d’emploi.

    Si le mandat pour lequel les contribuables les paient était soumis à une obligation de résultats et que chaque chômeur à qui l’on demande des comptes puisse également en demander aux personnes soit-disant chargées de leur dossier, cette institution de pacotille pourrait commencer à être utile aux citoyens.

    Du haut jusqu’en bas de la hiérarchie il faudrait rappeler à tous ces privilégiés que « service public » signifie qu’ils sont au service du public et non pas le contraire.
    Et qu’à ce titre ils pourraient bien se retrouver avec eux dans la file d’attente si le mandat qui leur est confié n’est pas correctement rempli.

    Mais pour cela il faudrait donner au public le statut de citoyen et pas seulement celui de votant ;-)

    • carlusmagnus carlusmagnus

      Les salariés de pole emploi sont, pour la plupart, des chômeurs avec boulot fictif.
      C’est toujours un plaisir de voir quelqu’un de moins qualifié que soit avec un boulot donner des conseils pour en trouver.
      Je croise les doigts pour ne jamais avoir à y pointer.

  • laspirateur

    Le nombre de « chômeurs inconnus » devraient être en expansion, car si l’on veut s’accorder avec le discours de Hollande la grosse coche qui nous prône une baisse du chômage, il faudra commencer par modifier les chiffres!