Crise bancaire: on a pas fini de rire

Voici un excellent article que j’avais gardé sous le coude mais n’avais pas prit le temps de « l’importer » ici pour vous le proposer, je le fais donc aujourd’hui partiellement car celui-ci est relativement long mais aussi très complet et important, à lire absolument!!! Nous avons donc à travers lui un panorama de la situation, chacun pourra faire sa petite analyse, mais là encore, pas de surprise quand à l’avenir, cela s’annonce rock’n roll!

114942_600Cela fait un moment qu’on n’a pas reparlé d’économie, tout simplement parce que la banqueroute généralisée qui se déroule en ce moment, eh bien on l’avait prévue depuis 2007, et depuis aucun indicateur ne permet d’être optimiste. Faisons donc le point, avec un petit tour d’Europe de l’austérité et de la dette, de l’Espagne à l’Irlande, et un peu aux Etats Unis. Parce que ce scénario, on nous l’avait déjà fait l’été dernier quand la Grèce a été ruinée.

 

Aujourd’hui il s‘agit de prêter 100 milliards aux banques espagnoles, tandis qu’on demande aux citoyens d’économiser 102 milliards d’euros d’ici 2014, à ajouter aux précédentes mesures. En octobre, le pays devra rembourser un prêt de 28 milliards, mais le Trésor n’a que 30 milliards dans ses caisses, et les échéances suivantes poseront un sérieux problème. Début juillet, après que l’Espagne ait demandé le renflouement de ses banques début juin[1], l’Europe avait débloqué 30 milliards d’euros pour recapitaliser les banques espagnoles, et pas l’Etat contrairement à ce que certains médias TV racontent.

Concernant le plan de rigueur de 65 milliards, les économies sont attendues d’une hausse de la TVA à 21% (+3%), et par des baisses des allocations chômage ou des retraites comme le demandaient le FMI et la Commission européenne. On va aussi économiser dans l’administration (3,5 milliards espérés). Cependant, ce poste recouvre une mesure très intéressante : la baisse de 20% des subventions aux partis politiques et aux syndicats, et une diminution de 30% des émoluments d’une catégorie d’élus locaux. On n’en est pas encore à supprimer le Sénat, comme la Belgique en prend le chemin, mais on va probablement y arriver. Les primes de certains fonctionnaires seront aussi fortement réduites.

Evidemment, on obéit aussi au FMI et à la Commission européenne qui appliquent toujours les mêmes mesures improductives (on le sait depuis que le FMI a coulé plusieurs pays d’Asie et d’Amérique latine dans les années 90 et 2000 avec ses plans d’ajustements structurels) en demandant toujours « plus d’austérité». Accessoirement, le FMI, qui ne participe pas à l’aide à l’Espagne, a quand-même demandé lui aussi plus d’austérité, tout en indiquant que la récession va se poursuivre en 2013. Et encore, le Fmi est connu pour son optimisme à toute épreuve en matière de pronostics économiques.

Même si l’Europe et les banquiers ont réussi à rendre quasiment incompréhensibles les « plans de sauvetage » (qui intervient, pour combien, envers qui, que demande-t-on en échange, à qui, quel est le résultat concret de ces mesures ?), le clampin moyen comprend que :

  1. On demande des efforts considérables à la population,
  2. On renfloue les banques.

En ce qui concerne le point 2, on connaît le refrain : il faut sauver les banques sinon c’est le chaos économique –et donc social. On discutera plus tard sur cette assertion digne des pires sophistes. Surtout qu’en Espagne, ce sont les banques, surtout les Caisses d’Epargne régionales qui sont sous financées et gavées de titres pourris[2], pas l’Etat. Mais, comme

crise espagnel’Etat les a renflouées (et cela n’a pas suffi puisque l’Europe continue à le faire à hauteur de 100 milliards), il se retrouve aussi surendetté. En plus, le gouvernement espagnol a été bien trop complaisant avec ses banques, et d’après certains spécialistes l’Espagne « a restructuré dans l’opacité son secteur bancaire, cachant les chiffres des créances douteuses et des besoins en recapitalisation aux marchés »

Et où en est la Grèce, à qui on a appliqué ces mesures depuis bientôt trois ans ? Dans le mur, et pour un bon moment.

On peut aussi ajouter qu’en Espagne, un pays où les régions sont autonomes, on a décentralisé les circuits de financement, et de nombreuses régions comme la Catalogne se trouvent hyper endettées. La région de Valence a ainsi demandé 20 milliards d’euros pour rembourser ses dettes, tandis que la région de Barcelone cumulerait de son côté 42 milliards de dettes.

Accessoirement, on peut être étonné de la réaction nationaliste des Allemands qui estiment devoir payer pour les autres (mais la France est en 2e position) après avoir imposé leurs règles, leur euro, leur système monétaire suicidaire au reste de l’Europe.

Bref, revenons à ce sauvetage de l’Espagne qui bat son plein (même si on parle seulement d’une aide pour l’instant[3]), alors que celui de la Grèce n’est pas terminé. Et celui de l’Espagne, 4e économie de zone euro, n’est pas près de finir car les banques sont des gouffres sans fin, et les finances publiques, plombées par les plans d’austérité, n’ont aucune chance de revenir à un niveau acceptable dans les années à venir. Et pour cause, certains estiment que ledit sauvetage devrait couter au moins 300 milliards pour être vaguement efficace. L’équation est simple : pour que l’Etat finance les banques, on demande aux citoyens « faire des sacrifices ». Le même refrain que Balladur dans les années 90…

Et comme la Grèce, l’Espagne est entrée dans le cercle vicieux des économies à la petite semaine imposées par l’Europe, le FMI et les banques : pour rétablir un vague équilibre budgétaire, le gouvernement a coupé sec dans les dépenses publiques (donc baisse des allocations, du chômage etc.) tout en augmentant les impôts qui pèsent sur la classe moyenne. Du coup, la récession est inévitable, et plus le PIB baisse, plus les comptes du pays sont dans le rouge. Et plus l’Europe, le FMI et les banques demandent que le pays se serre la ceinture…

En cette fin du mois de juillet, il est donc question que la BCE rachète la dette espagnole puisque les spéculateurs n’en veulent plus tant elle est risquée. D’ailleurs, on sait déjà que le pays ne pourra jamais tout rembourser, surtout avec des taux d’intérêt à 10 ans de 7,5%[4].

En ce qui concerne l’Espagne, on peut parier que d’ici quelques semaines ou quelques mois, il faudra un plan d’envergure pour que le pays continue à emprunter pour filer l’argent à ses banques. Du coup, l’Europe va devoir trouver un moyen de faire passer ça devant les « Marchés », pour que l’euro passe ce cap. Jusqu’au prochain. Mais, déjà, on nous parle de créer une « structure de défaisance », c’est-à-dire une « bad bank », dans laquelle les banques mettraient tous leurs actifs pourris, avec garantie du gouvernement. L’Irlande avait fait pareil avec la NAMA, tandis qu’aux Etats Unis c’est la FED qui a servi de bad bank.

De leur côté, les spéculateurs recommencent, comme ils l’ont fait avec la Grèce, à parier sur une banqueroute du pays, c’est-à-dire un non remboursement de la dette. Cela, en pariant à la baisse sur les titres de dette via les CDS (credit defaut swap, des sortes d’assurances contre un défaut de paiement de la dette du pays). Ceux-ci deviennent très prisés, et plus on en achète, moins la dette espagnole sera rentable (car trop risquée) et on s’achemine vers une défiance et un non remboursement.

 

crise-italieItalie

Le cas de l’Italie est très similaire à celui de l’Espagne : les banques sont dans la ligne de mire à cause de leur exposition sur les dettes d’autres pays comme la Grèce ou le Portugal, par exemple. 15 banques italiennes de taille moyenne viennent ainsi d’être dégradées par Standard & Poors. Et comme « les Marchés » paniquent, ils n’achètent plus de dette italienne, ou alors réclament de forts rendements, donc des taux d’intérêt élevés. Les banques françaises, par exemple, sont occupées à revendre leurs titres de dette italienne, qui s’élevait à 120% du PIB fin 2011 (1.950 milliards d’euros).

La thérapie de choc n’est pas très originale, puisque le pays a du revendre pour 30 milliards d’actifs, pendant qu’on diminuait les dépenses publiques (60 milliards + 33 milliards + 26 milliards en juillet) et qu’on augmentait les taxes. Tout cela a « déprimé l’activité », nous dit-on, le PIB diminue[5] et les agences de notation continuent de dégrader la dette italienne, mais on continue. Les retraites ont diminué[6], on a augmenté les taxes, dont la TVA à 21% (et peut-être bientôt 22%), les impôts locaux, gelé les salaires des fonctionnaires et diminué leur nombre de 10%, on a privatisé l’énergie, les transports, l’eau, et le traitement des déchets qui étaient à charge des collectivités locales, on va baisser les crédits aux hôpitaux, supprimer des tribunaux, des services publics et des administrations. Là aussi, le gouvernement parle de « chasse au gaspillage ».

D’un autre côté, on baisse les « charges sociales » sur les entreprises pour développer encore plus d’emplois précaires et mal payés. Il est également question de faciliter les licenciements au maximum.

Pour l’Italie aussi, certains parlent déjà d’une sortie de l’euro : «Selon les projections de Bank of America/Merrill Lynch, l’Italie et l’Irlande auraient le plus intérêt à quitter la zone euro et adopter leur propre monnaie », nous dit La Tribune.

 

Grèce

Regardons maintenant la Grèce, dont on ne parle plus beaucoup et c’est bien dommage. Car il s‘avère que après quatre ans de crise et de renflouements, « le pays est incapable d’honorer ses engagements budgétaires et financiers, nécessitant une nouvelle restructuration de sa dette ». Tiens donc, les plans de sauvetage successifs n’auraient servi à rien, et on continue à appliquer les mêmes théories à l’Espagne ? Evidemment, on va nous dire que les vilains grecs ne se sont pas

crise-grece-L-5di_zlassez saignés, mais les classes moyennes ont déjà basculé dans la précarité. Que faut-il de plus ? Un pays d’esclaves payés un bol de riz par jour ?

De fait, le PIB grec pourrait chuter de 7% cette année, alors qu’on espérait moins 5% « seulement ». Il faut donc réaliser 11,5 milliards d’économies, et accélérer le rythme des privatisations[7], taxer encore plus les électeurs (pas les armateurs, cela va de soi), en gros baisser les dépenses et augmentées les rentrées d’argent. Et comme c’était prévisible depuis le début, la Grèce ne peut pas payer sa dette, et il va falloir la réduire davantage encore. La dette grecque est ainsi passée de 160% à 120% du PIB en 2010 par un coup de baguette magique[8], et en mars 2012 on a encore laissé tomber 100 milliards. Mais, on n’y est pas encore. Et voilà que le FMI menace de se retirer du jeu, laissant l’Europe seule pour éponger la dette dite grecque, mais qui est aujourd’hui  détenue en partie par l’Europe via la BCE et le FESF, mais aussi par les banques et les fonds de pension, qui voyaient dans ce produit hautement spéculatif un moyen de se faire de l’argent facilement.

Après un bon paquet de milliards versés inutilement, voilà que « la sortie de l’euro fait un peu moins peur ». Ce qui passait pour une catastrophe il y a deux ans est devenu une réalité : l’euro nuit à la Grèce, et vice versa. On pourrait dire que ça aussi, c’était prévisible depuis le début. Au passage, rappelons qu’il y a un an, nos brillants économistes croyaient encore que le déficit grec pourrait passer sous les 3% en 2014 ! Une autre blague : en 2007, l’OCDE félicitait la Grèce pour avoir « assaini les finances publiques » et réduit la dette publique…  Comme quoi, les chiffres ne veulent vraiment rien dire, surtout quand ils émanent de Goldman Sachs.

Depuis, la Grèce a drastiquement baissé les diverses allocations, chômages et retraites, les dépenses de santé, d’éducation, a privatisé ses services publics, baissé les salaires, augmenté les taxes, et la situation s’aggrave. Il n’y a qu’un économiste libéral pour croire, comme le lui disent ses livres, qu’une telle recette pourrait être efficace. Ces mesures suppriment toute marge de manœuvre au pays pour pouvoir se rétablir, et la population tombe dans la misère par pans entiers.  Car sans argent, pas d’investissement, et pas de réduction du chômage, des inégalités, de renforcement de l’enseignement et de la recherche. Sarko en savait quelque chose, avec son paquet fiscal improductif. A la clé, une baisse de la consommation, de la production, de l’emploi et évidemment des recettes fiscales pendant que le coût social (pauvreté, chômage) augmente.

D’ailleurs, le problème c’est qu’il n’y a pas que le coût social qui augmente, la charge de la dette augmente elle aussi, si bien que la situation du pays ne peut pas se redresser.

Aujourd’hui, donc, la Grèce peut sortir de l’euro[9] sans que les banques n’y perdent trop de plumes : l’Europe a racheté une bonne partie de leurs titres pourris, et les banques ont sorti du pays une grande partie de leur fric (3/5e nous dit la BIRD). Après s’être engraissés sur la bête, les banques et fonds spéculatifs refilent la carcasse aux contribuables européens. D’après Le Figaro du 26 juillet, «Il y a un an, une grande partie de la dette publique était encore détenue par le secteur privé. Ce n’est plus le cas, explique Fabrice Montagné, économiste à Barclays. Moins exposés, les marchés ont moins peur d’une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro.» Autrement dit : on a transféré la dette des banques (dette constituée par les titres pourris de dette grecque notamment) aux Etats.

Source et article complet: dondevamos

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