Reflexion! L’Amérique illettrée..

Ne vous fiez pas au titre, il pourrait convenir à n’importe qui, tant les images et les slogans sont les « flashs » qui impriment dans le subconscient, ce que les « manipulateurs » veulent bien y imprimer. Les publicistes l’ont bien compris, puisque une « pub » bien imagée et trois mots percutants, pourront booster les ventes. C’est sur ce principe que sont élaborés les débats publics, les campagnes électorales où, les mots sont choisis pour toucher l’inconscient, d’un maximum de pigeons, en jouant sur les peurs, les joies, les désirs. N’en déplaise à ceux pour qui, la lecture est une perte de temps, ou source d’ennui. Lisez, analysez, pensez par vous mêmes pour ne pas laisser les « manipulateurs » penser à votre place. C’est le moment d’ exercer votre esprit critique et d’analyse, avec la campagne électorale où, les « publics relations » payés à prix d’or, rivalisent d’ardeur, pour que les candidats vous disent et redisent, ce que vous avez envie et voulez entendre..

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Nous vivons dans deux États-Unis. Une partie des États-Unis, maintenant minoritaire, qui fonctionne dans un monde lettré basé sur l’écriture imprimée, qui est en mesure de faire face à la complexité et possède les outils intellectuels pour différencier l’illusion de la vérité. L’autre partie des États-Unis, qui est majoritaire, évolue dans un système de croyance basé sur  la non-réalité.

Cette seconde Amérique est dépendante des images habilement manipulées pour son information. Elle s’est écartée de la culture basée sur l’écriture imprimée. Elle ne sait pas différencier les mensonges de la vérité. Elle est informée par des narratifs et des clichés simplistes et puérils. Elle est assujettie au désarroi par l’ambiguïté, la nuance et l’auto-réflexion. Cette fracture, plus que la race, la classe ou le sexe, plus que le rural ou l’urbain, le croyant ou l’incroyant, «Républicain» ou «Démocrate», a divisé le pays en entités radicalement distinctes, infranchissables et antagonistes.

Il y a plus de 42 millions d’adultes étasuniens − dont 20% détiennent un diplôme d’études secondaires − qui ne peuvent pas lire, ainsi que les 50 millions qui ont un niveau de lecture de CM1/CM2 [9 ou 10 ans]. Près d’un tiers de la population du pays est illettré ou peu lettré. Et leur nombre croît d’environ 2 millions par an. Mais même les soi-disant lettrés rétrogradent en grand nombre, dans une existence basée sur l’image. Un tiers des diplômés du secondaire, ainsi que 42% des diplômés du collège, ne lisent jamais de livre après la fin de leurs études. L’an dernier [2007 – NdT] 80% des familles étasuniennes n’ont pas acheté de livre.

Les illettrés votent rarement, et quand c’est le cas, ils le font sans la capacité de prendre des décisions fondées sur des informations textuelles. Les campagnes politiques étasuniennes ont appris à communiquer dans l’épistémologie réconfortante des images et à contourner les vraies idées et la politique, contre des slogans dérisoires et des narratifs personnels rassurants. La propagande politique a maintenant la mascarade comme idéologie. Les campagnes politiques sont devenues une expérience. Elles ne nécessitent pas de compétences cognitives ou autocritiques. Elles sont conçues pour enflammer les sentiments pseudo-religieux d’euphorie, d’autonomisation et de salut collectif. Les campagnes qui réussissent sont des instruments psychologiques soigneusement fabriqués, qui manipulent l’inconstance de l’humeur du public, ses émotions et ses impulsions, souvent de façon subliminale.

Elles entretiennent une extase publique qui annule l’individualité et favorise un état d’abêtissement. Elles nous plongent dans un éternel présent. Elles répondent à une nation qui vit maintenant dans un état d’amnésie permanente. C’est du style et du récit, pas du contenu ni de l’histoire ou de la réalité, qui informent sur notre politique et nos vies. Nous préférons les illusions heureuses. Et cela fonctionne, parce qu’une très grande proportion de l’électorat étasunien, y compris ceux qui devraient être le mieux informés, donnent aveuglément leurs bulletins de vote pour des slogans, des sourires, des tableaux familiaux joyeux, des narrations, pour l’impression de sincérité et l’attractivité des candidats. Nous confondons ce que nous ressentons avec ce que nous savons.

Les illettrés et semi-illettrés, une fois les campagnes terminées, restent impuissants. Ils ne peuvent toujours pas protéger leurs enfants face à des écoles publiques dysfonctionnelles. Ils ne peuvent toujours pas comprendre le caractère prédateur des offres de prêts bancaires, les subtilités des documents hypothécaires, les accords de carte de crédit et les lignes de crédit renouvelable qui les conduisent aux saisies et aux faillites. Ils s’empêtrent toujours dans les tâches les plus élémentaires de la vie quotidienne, de la lecture des instructions sur les flacons de médicaments au remplissage des formulaires des banques, des documents de location de véhicule, de prestations et d’assurance chômage.

Ils regardent, impuissants et sans comprendre, la disparition de centaines de milliers d’emplois. Ils sont otages des marques. Les marques viennent avec des images et des slogans. Les images et les slogans, c’est tout ce qu’ils comprennent. Beaucoup mangent dans les fast-food, non seulement parce qu’ils ne sont pas chers, mais parce qu’ils peuvent commander à partir d’images plutôt que de menus. Et ceux qui les servent, également semi-illettrés ou illettrés, tapent les commandes sur une caisse enregistreuse où sont dessinés sur le clavier des symboles et des images. Voilà notre nouveau monde.

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Auteur Chris Hedges pour CHI relayé par Le-Saker-Francophone

7 commentaires

  • Natacha Natacha

    Bonjour !
    Voici un article fort bien ècrit et bien traduit. La réalité du Nouveau Monde devrait nous alerter en nous renvoyant le résultat d’une société conduite à l’infantilisation par des tours de passe-passe rhétoriques indignes. Hannah Arendt est un auteur à lire, elle qui aide à interroger les codes. Ses « crise de l’éducation  » et  » crise de la culture donnent à penser ! :)
    L’émotion peut être à l’origine de la pensée. Pour cela il lui faut une structure qui permettra de la transformer et ce squelette est précisément la langue, espace ouvert à la création s’il est peuplé de mots qui lui donnent la puissance pour l’envol, espace qui devient aride voire stérile s’il n’est pas abreuvé ou seulement nourri d’images dénuées de magie, de beauté pour aiguiser les sens.
    Le regard de l’auteur est sévérement réaliste, lui qui s’est promené de par le monde.
    Soyons lecteurs et ouvrons nos fenêtres ! Soyons penseurs et en nous transformant, nous changerons ce monde.
    Belle journée.😀

  • Nez

    Nous avons de la chance de maîtriser et la lecture et l écriture, c est vrai que ceux qui ne les maîtrisent pas, sont plus dépendants des images et surtout des vidéos (c est pour cela qu il faut qu ils sachent arrêter d eux même la télévision ) … mais il y a un autre moyen : c est la relation humaine, le dialogue même si souvent ils ne maîtrisent pas beaucoup de vocabulaire, et surtout les gestes.
    Sachons les aider juste en les comprenant.

    • Prosper

      Par ma formation, je suis à ranger dans la catégorie de ceux que l’on appelle les « diplômés », bardés de sésames pour la réussite financière et souvent imbus d’eux-mêmes et pourtant les leçons de vie les plus fondamentales qui m’ont été données l’ont été par ceux que l’on nomme les « petits », les « déclassés », ceux chez qui la relation humaine a plus de valeur que tout bien matériel. Merci à eux de m’avoir fait grandir en humanité même si le chemin est encore long.

  • Remarquable papier et non moins superbe site. Merci pour le partage.

  • Tyr

    Il conviendrait quand même de nuancer le propos, puisque l’auteur semblerait faire croire que savoir lire protège de la manipulation, ce qui est totalement faux.
    Ne pas savoir lire rend plus fragile, certes, mais vu le nombre de gens avec un grand nombre de diplômes qui avalent la propagande et les mensonges sans sourciller, c’est à remettre en perspective.

    Savoir lire, c’est bien, savoir quoi lire, c’est mieux.

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