Jiang Xueqin est un intellectuel et vulgarisateur sino-canadien surtout connu pour sa chaîne YouTube Predictive History, où il analyse les grandes dynamiques géopolitiques et historiques à long terme. Il a enseigné en Chine et s’est fait connaître par une approche mêlant histoire comparée, théorie des civilisations, stratégie militaire et économie politique. Son idée centrale est que les sociétés suivent des cycles historiques relativement prévisibles, notamment autour des conflits entre puissances dominantes et puissances montantes.
Dans l’entretien avec Glenn Diesen intitulé « Nous sommes déjà en pleine Troisième Guerre mondiale », Jiang défend l’idée que la Troisième Guerre mondiale n’est pas un événement futur soudain, mais un processus déjà en cours.
Voici les grands axes de son propos :
- Il considère que le conflit actuel dépasse largement la guerre en Ukraine. Selon lui, il s’agit d’une confrontation systémique entre le bloc occidental dirigé par les États-Unis et un ensemble de puissances révisionnistes ou émergentes, principalement la Chine, la Russie et leurs partenaires.
- Pour Jiang, cette “guerre mondiale” est hybride : elle combine guerre économique, sanctions, guerre technologique, guerre informationnelle, cyber-conflits, affrontements par procuration et réarmement massif. Il affirme que les sociétés occidentales continuent à penser la guerre comme un affrontement militaire classique alors que la logique du conflit a déjà changé.
- Il insiste beaucoup sur la rivalité sino-américaine. Selon lui, la question décisive n’est pas seulement l’Ukraine mais le maintien ou non de l’hégémonie américaine face à la montée de la Chine. Il voit Taïwan comme le point de friction potentiellement le plus dangereux.
- Jiang soutient également que les élites occidentales sous-estiment la profondeur de la transformation géopolitique en cours : dédollarisation partielle, réorganisation des chaînes industrielles, montée des BRICS, fragmentation du système international.
- Un autre thème important de la discussion est l’idée de “mobilisation civilisationnelle”. Il estime que les grandes puissances sont déjà entrées dans une logique de préparation prolongée : réindustrialisation militaire, contrôle des ressources stratégiques, autonomie énergétique et souveraineté technologique.
- Il explique enfin que le risque n’est pas seulement un conflit nucléaire immédiat, mais une escalade progressive et cumulative. Dans sa vision, le danger vient du fait que chaque crise régionale — Ukraine, mer de Chine, Moyen-Orient — s’inscrit dans un même affrontement global.

