La France relance la construction de centrales nucléaires

Par Alexandre Lemoine pour Observateur-Continental

Une catastrophe énergétique menace la France. C’est ainsi que l’Union des industries utilisatrices d’énergie (Uniden) a décrit la situation sur le marché énergétique du pays dans son communiqué. 

C’est l’arrêt d’un tiers des centrales nucléaires françaises sur fond d’envolée des prix du gaz qui est responsable de la crise énergétique, estiment les spécialistes. 15 des 56 unités de production des centrales nucléaires françaises sont actuellement à l’arrêt. Ce qui affecte l’industrie française la rendant non rentable. Les membres de l’Uniden représentent 70% de la consommation industrielle en France (secteur alimentaire, industrie, construction automobile, production de ciment, de chaux, de papier, de verre, bâtiment, énergie, traitement des métaux, transport). 

L’époque du nucléaire civil en France a été inaugurée par Charles de Gaulle, qui avait créé dans les années 1950 le Commissariat à l’énergie atomique dirigé par le prix Nobel Frédéric Joliot-Curie. Le premier réacteur nucléaire français à eau lourde a été lancé trois ans plus tard, le 15 décembre 1948. 

Après la crise pétrolière de 1973, la mise sur l’énergie nucléaire est devenue déterminante en France. À l’heure actuelle, 19 centrales nucléaires françaises avec leurs 56 unités de production produisent les trois quarts de toute l’électricité du pays et fournissent 40.000 emplois. La France occupe la première place mondiale en termes de part de l’énergie nucléaire dans la balance énergétique du pays et la deuxième place de par la quantité d’électricité absolue produite par les centrales nucléaires. 

Ces dernières années, les partenaires européens de la France, avant tout l’Allemagne, faisaient pression sur Paris exigeant de renoncer à l’énergie nucléaire, qu’ils qualifiaient d’obsolète, chère et dangereuse. Au final, le parlement français a adopté en 2015 une loi sur la croissance verte et la réduction d’ici 2025 de la part de l’énergie nucléaire dans la balance énergétique de 70% à 50%. 

L’une des promesses de campagne de François Hollande était la fermeture de la plus ancienne centrale nucléaire française de Fessenheim. À son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a maintenu la ligne de son prédécesseur visant à renoncer à l’énergie nucléaire. En 2018, il a annoncé que 14 réacteurs de 900 MW seraient fermés d’ici 2035. 

Au XXIe siècle, aucun nouveau réacteur nucléaire n’a été mis en service en France. Une grande partie des centrales nucléaires françaises en activité a été construite  entre la fin des années 1970 et le début des années 1980. La durée de service initiale des réacteurs était de 30-40 ans, elle a déjà été prolongée deux fois de 10 ans. Tôt ou tard, il sera nécessaire de retirer du service tout le parc de centrales nucléaires, or les capacités de substitution sont absentes en France. 

Le dernier projet de centrale nucléaire en France – deux unités mises en service à la centrale de Flamanville et un en construction – s’accompagnait de graves accidents. Le lancement de la troisième unité du réacteur européen de troisième génération EPR (European Pressurized Reactor) d’une puissance de 1.650 MW est constamment reporté. 

Il y a deux ans, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) française a fait état lors d’une vérification des centrales nucléaires françaises de « problèmes sur des soudures sur une vingtaine de générateurs de vapeur », susceptibles de conduire à la destruction du générateur. 

Près d’un tiers des réacteurs français sont actuellement à l’arrêt, ce qui a provoqué une « catastrophe énergétique » sur fond d’envolée du prix du gaz. Le président Macron a appelé, en avril 2021, la Commission européenne à inclure les centrales nucléaires dans la taxonomie écologique, c’est-à-dire reconnaître l’énergie nucléaire comme « verte ». La commission a chargé sa branche scientifique, le Centre commun de recherche (CCR), de présenter un rapport en la matière. 

Le rapport du CCR indique que l’énergie nucléaire mérite une « étiquette verte », car « l’analyse n’a révélé aucune preuve scientifiquement fondée que l’énergie nucléaire inflige un plus grand préjudice à la santé de l’homme ou à l’environnement que d’autres technologies de production d’électricité ». 

Après quoi, le problème de la réduction de la part des centrales nucléaires dans la balance énergétique de la France a été réglé, et Emmanuel Macron a commencé à promouvoir l’idée de maintien et de développement de l’énergie nucléaire. En octobre 2021, il a présenté un plan d’investissement de cinq ans « France 2030 » qui, selon Associated Press, fait partie de son programme de préparation pour la présidentielle de 2022. 

Le programme des innovations parle d’investissements dans l’énergie verte à hydrogène afin de réduire l’accent sur l’énergie nucléaire. Les centrales nucléaires françaises participeront activement à l’élaboration d’hydrogène, alors qu’auparavant l’hydrogène « vert » était considéré comme un secteur d’énergie solaire et éolienne. 

En novembre, M. Macron s’est adressé à la nation annonçant des projets de construction de nouvelles centrales nucléaires dans le pays. Son allocution était due à un sondage jugé alarmant par le président, selon Associated Press. Ne faisant pas confiance aux promesses de campagne du chef de l’État, les représentants des secteurs énergivores de l’industrie française ont exigé du gouvernement des mesures « énergiques pour un rétablissement rapide » des capacités des centrales nucléaires françaises et une « mobilisation totale » afin d’empêcher une rupture des chaînes de livraison.                                                                                                                               

L’UE a déjà « réhabilité » les centrales nucléaires et ne tente même pas d’interdire la génération de gaz. La consommation de charbon a également augmenté en Europe. En d’autres termes, les projets de transition énergétique verte rapide échouent. Il est fort probable que sous la pression des industriels les centrales à charbon à base de technologies « propres » soient reconnues « vertes ». Forbes qualifie l’abandon de la génération de charbon d' »exemple d’un choix prématuré et franchement irrationnel d’énergie; les gouvernements faisaient ce choix tentant d’accélérer la transition énergétique, forçant à remplacer des ressources énergétiques fiables et efficaces ». 

Et si le charbon était également « réhabilité », que resterait-il de la transition énergétique verte tant vantée?

Alexandre Lemoine

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24 commentaires

  • jules vallés

    L’éternel retour du réel….

  • Marsi

    Encore une fois on ne traite pas le problème qui est notre manière de vivre. Quand va-t-on enfin comprendre que le toujours plus n’est PAS viable et arrêter de mettre des sparadraps sans efficacité pour continuer coûte que coûte sur notre lancée vers le mur? Le nucléaire ne resoudra pas ce problème profond et en apportera d’autres…

  • Radagast

    C’est marrant mais ça me fait penser aux « Ok boomer »…

    Ils sont où avec le pass sanitaire, bientôt pass vaccinal ?
    Ils sont où avec les nouvelles centrales nucléaires ?
    Ils sont où ceux qui se plaignent du présent que leur a légué les boomers ?
    Ils font quoi pour leur futur, pour le présent de leurs petits enfants ?

    Seraient-ils trop occupés à pleurer sur leur héritage pour penser à celui qu’ils vont laisser ?

    – Papy, papy, dis papy, tu faisais quoi quand le NWO abolissait la liberté ?
    – Je comptais les vues sur tik tok et facebook de mes vidéos ou j’étais super fier d’enlever un bouchon de bouteille avec mes pieds et ou j’envoyais une balle de ping pong dans un gobelet…

    • engel

      « Les chiens ne font pas des chats. »
      Rien n’arrive par hasard…
      Le problème des générations actuelles vient du fait qu’elles furent élevées par, ou dans les concepts, de papy-boomer, destructor/jouisseur.https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_whistle3.gif

      • Wolf-Spirit

        et pourquoi pas dirigés par des mâles blancs chrétiens histoires de faire un super combo

        • engel

          Mr perfide, que voulez-vous dire ?
          …Que je suis excessif ?

          – Pour votre gouverne, c’est de ma génération de merde que je parle.
          …Et j’ai la prétention de l’avoir vécu en direct !

          – A mon corps défendant, cette dérive je l’ai vécu dans mes chairs, dans mon cœur et mon esprit. Certain de la finalité, mais tous s’en foutaient.
          Le mot d’ordre était « jouir quoi qu’il en coute ».

          – J’ai vécu le changement progressif entre la génération de mes parents et la mienne.
          – La mentalité de mes collègues jouisseurs se contrefoutant de tout ce qui n’était pas leur petite personne qui contrastait avec celle des anciens, bien plus généreuse.
          – Le sens du commun, oui bien sûr, mais uniquement pour leurs plus grands profits. Tous socialistes à condition que cela soit avec l’argent des autres.
          – Toujours à ce vanter de leurs vacances d’été (et d’hiver), toujours à vouloir plus posséder que le voisin, plus consommer, plus jeter parce que cela fait riche le changement .

          – Ma génération a dilapidé l’héritage des anciens, dépensé leur propre richesse et comme si cela ne suffisait pas, ils ont hypothéquer le propre futur travail de leurs enfants !
          – L’état catastrophique des dettes étatiques, l’état des ressources industrielles et commerciales, le patrimoine et même l’image de la France, tout a sombré en 50 ans de jouissance et de j’en foutisme collectif.
          – Y a pas à dire, moi et mes collègues, on a fait du bon boulot ! https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_yahoo.gif

          …Et au fait, t’as quel age toi, pour ouvrir ta gueule ainsi ?

          • ciray

            Moi j ai 75 ans et ce que vous dites engel je suis d accord avec vous , On l a pas vu venir sauf peut etre a la fin .. J ai travaille en Centrale Nuc avec EDF a la conduite
            on vivait autour des Centrales et autour c etait la campagne d ou parfois on venait .On s est retrouve propulses dans un monde tellement different . Perso je connaissais le tracteur Freguson et le motoculteur Staub t imagine pas le choc .

  • engel

    Tous cela étaient inéducables, donc prévisibles, donc voulus.

    Tant que les responsables ne seront pas punis et détruits cela continuera…

    Ps: Les linky vous allez enfin comprendre la vraie utilité de cette interrupteur/limitateur. Et ce que veut dire « restrictions imposées dans un souci du bien être collectif ».
    Un peu comme avec les « non-vaccinées »…https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_whistle3.gif

  • moi227

    à t’on pensé à tout ??? pour le démantèlement il va en falloir des petits bras … ne serait ce que pour les 57 réacteurs actuels => bon courage pour les générations futures … :

    a) La France est le 7ème consommateur d’énergie au monde : elle consomme environ 2,5% de l’énergie mondiale pour moins de 1% de la population mondiale.
    b) Le nucléaire représente 17,7 % des 2,5% d’ énergie mondiale consommée par la France , donc 0,44% de l’énergie mondiale.
    c) Si l’on veut garder en France le même niveau d’énergie , donc le même niveau de vie , et supprimer l’énergie fossile ,il faut multiplier par 5 le nombre de réacteurs nucléaires => 56 x 5= 280 réacteurs.
    d) Si l’on ramène ça à la planète => 67Millions habitants France x 120 = 8 milliards d’ habitants => 280*120 = 33600 réacteurs.
    e) Les réserves d’uranium dans le monde sont de 100 ans pour les 444 réacteurs actuels sur la planète.
    f) Si l’on veut le même niveau de vie que la France sur la planète on doit multiplier le stock de réacteurs dans le monde de : 33600/444 = 75
    g) Réserves uranium dans le monde = 100 ans pour 444 réacteurs et donc pour 33600 réacteurs => 100/75 = 1,33 ans de réserve.

  • Sully-Morlandimus

    Dans la rubrique des tocards de chez tocards, le tout électrique pour les véhicules légers VU inclus, c’est synonyme de 16 réacteurs EPR supplémentaires rien que pour ce seul secteur énergétique des déplacements.
    Aucun débat, c’est comme çà, l’UE a décidé de la fin du moteur thermique point à la ligne !
    Quand on est con, on l’est vraiment ici en Frankenland !!

  • Philippe30

    Et les éoliennes alors ça ne souffle plus dans le sens du vent ….
    Pauvres écolos à l’opposé des réalités , l’écologie ne se prône pas par le diktat mais par la raison …

  • Qu’ils fassent des pétroliers et des porte-containers électriqueshttps://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_yahoo.gif.

  • De toute façon, bientôt, il n’y aura plus assez de monde pour consommer de l’électricité, les élites voulant se garder le peu de réserves qui restent. Il y aura bientôt des logements pour tout le monde, puis des logements vides (je ne parle pas de ceux qui le sont à cause de normes locatives draconiennes ou de locataires pas sérieux) et donc moins de consommation.
    Les piqués vont partir pour l’autre monde (pas les placebos, et encore !).
    Le problème sera réglé.
    En attendant, je pense qu’une maison de 250 m2 (ou +) dépense davantage d’énergie qu’une maison de 100 m2, non ? Ce que je veux dire, c’est qu’il nous est demandé des mesures d’économies d’énergie mais il nous est difficile de faire moins, pour la plupart d’entre nous. Tandis que « eux », pardon mais…
    Comme d’hab, quoi !

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