Faut-il s’attendre au retour de l’armée américaine en Asie centrale?

Source Observateur-Continental

Les États-Unis disposaient, il n’y a pas si longtemps, de bases militaires en Asie centrale. Mais à présent, il dépendra de savoir si le profit tiré sera supérieur aux pertes inévitables que subiront les pays d’Asie centrale à cause du mécontentement de Moscou et de Pékin. En dix ans, l’Asie centrale a cessé de croire que les États-Unis sont prêts à devenir un contrepoids à la Russie et à la Chine dans la région. 

Washington ne souhaiterait pas perdre entièrement le contrôle de la région et, selon les médias, compte transférer une partie de son contingent dans des pays voisins d’Afghanistan. L’Asie centrale est perçue par le commandement américain comme l’option la plus pratique. 

Historiquement cette option semble assez naturelle, car les militaires américains étaient présents dans la région entre 2001 et 2014. Cependant, la situation a significativement changé depuis, avant tout les relations des États-Unis se sont considérablement détériorées avec les deux principaux partenaires extérieurs de l’Asie centrale, la Russie et la Chine, qui ne se réjouiront certainement pas du retour américain dans la région. 

L’Afghanistan partage la frontière avec six pays: l’Iran, le Pakistan, la Chine, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan. Mais aujourd’hui aucune base américaine n’est installée dans ces pays, et aucun de ces pays ne pourrait être qualifié d’allié proche des États-Unis. 

L’Iran et la Chine ne le seront jamais. Le Pakistan dépend désormais trop de la Chine pour oser une telle démarche. Le Turkménistan n’a certainement pas l’intention de renoncer à sa ligne isolationniste. Le Kazakhstan ne convient pas non seulement à cause de son éloignement de l’Afghanistan, mais également à cause des liens étroits avec la Russie. 

Ce qui laisse peu d’options: le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. Des fuites dans les médias américains confirment que le Pentagone étudie ces deux pays à titre de candidats potentiels pour y déployer de nouvelles bases. 

Des sources du Wall Street Journal confirment que ces deux anciennes républiques soviétiques sont prioritaires pour les stratèges américains à cause de leur proximité territoriale d’Afghanistan. Cependant, un tel scénario se complique par une vaste présence de la Russie dans la région, par un rôle grandissant de la Chine, ainsi que par la tension dans les relations entre ces deux pays et les États-Unis. 

Il serait possible d’y ajouter le Kirghizistan, qui n’a pas été mentionné dans les publications américaines, mais qui se situe assez près des frontières afghanes pour être considéré comme un candidat potentiel. 

Ces scénarios n’ont rien d’impossible, les États-Unis possédaient déjà des bases dans cette région auparavant. Mais maintenant tout dépendra de deux facteurs. Premièrement, de l’ampleur de la présence militaire potentielle des Américains. Et deuxièmement, du profit financier et politique de cette présence pour les pays d’accueil. Plus exactement de savoir si ce profit sera supérieur aux pertes inévitables subies par les pays en question à cause du mécontentement de Moscou et de Pékin. 

Washington devra encore prouver aux pays d’Asie centrale que la coopération avec les États-Unis pourra compenser l’irritation inévitable des deux voisins influents. Ce qui ne sera pas facile puisqu’en dix ans l’Asie centrale a définitivement cessé de croire que les États-Unis sont prêts à devenir un contrepoids à la Russie et à la Chine dans la région. 

D’autres options de déploiement des forces sont également à l’étude, notamment dans des pays du Golfe plus éloignés ou à bord de navires américains. 

Jeudi 16 septembre, à Douchanbé s’est déroulée une réunion des ministres des Affaires étrangères, de la Défense et des secrétaires des Conseils de sécurité des États membres de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC). Hormis la Russie, l’OTSC inclut l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan. L’Afghanistan était au centre de l’attention. Les membres de l’alliance militaro-politique ont exprimé leur préoccupation quant à la situation dans ce pays. Sachant que pour la première fois ils ont été unanimes en se prononçant contre le déploiement sur leur territoire des sites d’infrastructure militaire des États-Unis et d’autres pays de l’Otan retirés d’Afghanistan. L’Ouzbékistan et le Turkménistan ne font pas partie de l’OTSC. Mais les autorités ouzbèkes se sont déjà prononcées contre le déploiement de quelconque base étrangère sur leur territoire. Alors que le Turkménistan n’a même pas été contacté par les États-Unis.

Alexandre Lemoine

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