⚡️ VENDEZ !

Mea culpa

Chers lecteurs,

Tout d’abord, je vous prie de m’excuser, la semaine dernière, je vous ai posé un lapin. Je compte bien me rattraper et j’espère que vous ne m’en tiendrez pas trop rigueur.

Raoul de Beaumanoir faisant pénitence auprès des lecteurs

Je vous avais dit voilà deux semaines que nous parlerions de Telsa. Et nous allons en parler, mais la situation boursière actuelle me conduit à élargir un peu le propos que je voulais tenir initialement.

Car, il est temps de s’attaquer tout de même à une grosse imposture du monde de la finance actuelle. Vous l’aurez compris, lecteurs, cette semaine, je vais vous expliquer pourquoi un investisseur sérieux doit faire preuve d’une extrême prudence surtout s’il a des positions ouvertes sur le marché actions (spolier alert : vendez).

Bien sûr, dire « vendez » est un peu audacieux, chaque valeur est particulière, chaque investisseur à son profil, chacun dispose d’une aversion au risque différente. Néanmoins, aucun investisseur n’évolue dans un monde magique, hors de la réalité macroéconomique.

Or, que nous enseigne l’histoire des crises ? Ce n’est jamais la crise en elle-même qui provoque les cassures, économiques, sociales ou politiques. Les périodes ou la société craque, ce sont en général les après-crises, souvent immédiates. Une fois encore, tout est relatif, il faut prendre les choses non pas en unités de temps, mais en séquences. Une séquence peut durer deux jours, deux mois, ou deux ans.

Et, c’est là, lecteurs, que cela devient intéressant pour vous, l’histoire nous enseigne quelques critères qui permettent de deviner un peu à quel moment de la séquence nous nous trouvons.

La situation géopolitique est tendue

 

Raoul de Beaumanoir s’adressant à la situation internationale, 2021, colorisée.

Le premier critère, et le plus important, ce sont les rivalités géopolitiques. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’économie ne dicte pas le politique, mais bien l’inverse. C’est donc le critère le plus important à considérer pour savoir si nous sommes à la veille d’une panique, d’une cassure historique mondiale ou nationale qui peut prendre des formes très diverses. Ce qui m’amène à réfuter d’emblée la théorie libérale selon laquelle le commerce stoppe la guerre. L’Allemagne était le premier partenaire commercial de la France en 1870 et en 1914. L’Angleterre était également l’un des principaux clients de la France en 1757, au moment de la déclaration de la guerre de Sept Ans. On pourrait ainsi égrainer les exemples par dizaines.

Actuellement, nous voyons bien que la rivalité sino-américaine est en train de structurer le paramètre géopolitique de notre étude des crises. Objectivement, le risque de conflit direct armé est très faible, pour de nombreuses raisons. Les deux belligérants potentiels disposent de l’arme nucléaire. Au reste, si la supériorité tactique est évidente en faveur des États-Unis qui disposent d’un écrasant avantage en termes de domination des airs et de la mer, c’est une guerre ingagnable sur le plan stratégique. Du côté de la Chine, personne n’a intérêt à n’être qu’un gros Afghanistan, ce serait sacrifier inutilement les milliards d’investissements consentis depuis maintenant 20 ans pour faire de la Chine une puissance de premier plan.

En revanche, il y a une multiplication claire de zones de frictions, partout dans le monde, résultant de ce nouvel ordre international émergent. Sur le modèle de ceux que l’on a pu observer pendant la Guerre froide. L’Afrique est redevenue une zone de compétition d’influence entre puissances, bien que l’on y surestime le poids de la Chine, il est clair que les USA ont une considération moindre vis-à-vis de ce continent. L’imperium de l’OTAN s’affirme clairement face à un éventuel partenariat sino-russe, qui n’est lui-même pas exempt d’arrière-pensée et de pièges, particulièrement pour la Russie, dont la population décline, et dont le PIB est égal à celui de l’Italie.

Sur le critère géopolitique, donc, nous sommes dans une grande période de flou, mais le risque de conflit mondial armé semble tout de même très faible.

L’état de l’économie mondiale arrive naturellement en second, et là, les choses sont beaucoup plus claires. C’est une catastrophe.

D’abord, nous sommes en crise de surproduction mondiale, nous produisons trop de tout. La Chine est particulièrement touchée par le problème, et cela explique ses efforts considérables pour rediriger les débouchés de sa production vers son marché intérieur. Et oui, lecteurs, car, il faut le savoir, la Chine est bel et bien un colosse aux pieds d’argile. Ce pays est le premier producteur mondial d’acier. Il produit plus que les second, troisième et quatrième producteurs réunis. Sauf que… seule la moitié des aciéries chinoises sont rentables, le reste étant sous perfusion étatique.

Cadre de contenu incorporé

Sur le plan boursier, nous sommes dans une situation où les performances financières du marché n’ont absolument plus rien à voir avec l’état de l’économie réelle. C’est déjà arrivé dans l’histoire, et c’est généralement le ferment des crises financières les plus violentes.

Voici un graphique qui vous montre grossièrement l’évolution des cours du CAC40 :

 

Source : https://www.boursier.com/

Les marchés ont déraillé

Nous n’allons pas rentrer dans une analyse technique, ce n’est pas mon métier ni ma spécialité, mais nous pouvons quand même tirer quelques conclusions logiques.

En admettant que les marchés financiers soient corrélés aux performances de l’économie réelle, les cours de ce graphique nous diraient que nous sommes en aussi bonne santé économique en 2021, que juste avant l’éclatement de la bulle des dotcom. Ou que cela va mieux qu’avant l’éclatement de la bulle des surprimes. Je vous sens lever un peu les sourcils avec scepticisme, lecteurs. Et vous avez raison. Si quelqu’un ose vous soutenir que l’économie réelle ne cesse de battre des records qui correspondent à ces résultats boursiers, c’est soit qu’il a quelque chose à vous vendre, soit que c’est un imbécile.

Analysons un peu la période 2007-2018, soit la période d’avant covid. Vous voyez bien que le recouvrement des avaries de la crise de 2008 n’a pas été sans heurts, on voit très bien que le creux entre 2011 et 2013 casse nettement la reprise. Il s’agit en grande partie de l’action de la BCE dirigée par Jean-Claude Trichet, qui avait estimé à l’époque qu’après des années de politiques accommodantes pour faciliter la reprise, il fallait normaliser la politique monétaire. Vous voyez ici, déjà, se confirmer notre théorie que les sorties de crises sont souvent plus brutales que les crises elle-même. Les banquiers centraux se sont bien gardés de recommencer, et c’est la raison pour laquelle vous voyez ce long fleuve tranquille jusqu’à la crise du Covid.

Vous observez également que la reprise après le krach covid s’est faite extrêmement rapidement. Nous sommes revenus sur des niveaux de valorisation proches de ceux de 2001 que l’on n’avait jamais récupérés depuis l’éclatement de la bulle internet.

L’évaluation réelle de la dette

 

                                                      Ils n’ont pas reçu le mémo

Autre indicateur de la catastrophe à venir, la dette. Oui, la dette, parlons uniquement du cas français. Contrairement aux journalistes, ici, nous faisons notre travail sérieusement et donc, pour vous donner un véritable aperçu de l’état lamentable des finances publiques, je ne calcule JAMAIS la dette en termes de ratio dette/PIB. Ce ratio est totalement imbécile, en fait, il est d’inspiration communiste, car il met dans la tête des gens que toute la richesse produite sur le territoire national appartient in fine à l’État et donc qu’il pourra la prendre pour combler les trous, ce qu’il fait déjà en vous massacrant à coup d’impôts.

Il faut calculer le déficit en fonctions des recettes et des dépenses. Et là, surprise, vous comprenez mieux pourquoi on ne vous donne pas ces chiffres-là. En ratio dette/PIB le chiffre du déficit public en période normale -mettons le Covid à part, histoire de ne pas jouer les malins- nous tournons autour de 3%. Ça va, 3%, ce n’est pas beaucoup. On peut encore régler le problème. Après tout, me diront ceux d’entre vous qui sont dans une situation financière délicate, si j’étais moi aussi à 3% de déficit, ma vie serait paradisiaque.

Oui, mais non. Parce que, comme je vous l’ai dit, il ne s’agit pas de 3% de vos revenus. Pour filer la métaphore, là, c’est comme si vous aviez 3% de déficit par rapport au chiffre d’affaire global de l’entreprise dans laquelle vous travaillez, or, vous conviendrez avec moi que tout cet argent ne vous appartient pas.

Prenons maintenant les chiffres réels, les chiffres qui nous disent ce que l’État gagne, et ce qu’il dépense.

Voici les recettes de l’État en 2018 :

  • 150 milliards de TVA
  • 26 milliards d’impôts sur les sociétés
  • 73 milliards d’impôts sur le revenu
  • 14 milliards de TICPE
  • 20 milliards d’euros libellés « autres recettes fiscales »
  • 14 milliards de revenus non fiscaux.

Soit, pour l’année 2018, 297 milliards d’euros.

Les dépenses, maintenant, pour l’année 2018 :

  • Education : 71 milliards (avec les résultats qu’on connait.)
  • Défense, 42 milliards (avec le succès qu’on connait.)
  • Recherche et enseignement supérieur : 27 milliards (Interdiction de rire.)
  • Cohésion des territoires (Mais qu’est-ce que ça veut dire ?) : 17 milliards
  • Solidarité, insertion et égalité des chances : 19 milliards
  • Travail et emploi : 15 milliards (cher pour 10% de chômage.)
  • Sécurités (sic) : 19 milliards
  • Ecologie, développement et mobilités durables : 11 milliards
  • Justice : 9 milliards
  • « Autres » : 92 milliards.

Soit, pour l’année 2018 : 322 milliards d’euros. Soit un déficit de 25 milliards d’euros.

L’État dépense donc 8% de plus que ce qu’il ne gagne pour l’année 2018. Et j’avertis, lecteurs, que j’ai pris là l’une des années les plus favorables, et de très loin. Au reste, si l’on prend l’encours de la dette en nombre d’années du revenu de l’État, ce que l’on appelle en finance publique la capacité de désendettement, on s’aperçoit que celle-ci représente 6 ans de recettes.

Pour vous donner un ordre de grandeur, nous allons essayer de modéliser la situation financière globale de l’état français comme s’il était un ménage au salaire net médian qui est d’environ 1700 euros.

Donc, nous aurions une dette représentant 6 ans de revenus. Soit 122 400 euros.

Pour notre salaire de 1700 euros, nous dépenserions environ 8% de plus que ce que nous gagnons, soit 1836 euros. Et ce, tous les mois, depuis plusieurs années, avec, a priori, une trajectoire qui ne va pas s’arranger.

Vous l’aurez compris, lecteurs, pour un particulier, à ce stade, vous avez déjà un dossier de surendettement sur la tête et les huissiers là où vous voudrez.

Dites-vous maintenant que la situation française est applicable à tous les grands pays occidentaux en dehors de l’Allemagne. Savez-vous comment cela finit en général ?

Quelles conséquences ?

 

Une des conséquences lointaines de la guerre de Sept Ans : la Révolution américaine. Ici, la signature de la Déclaration d’Indépendance en 1776

Je parlais plus tôt de la guerre de Sept Ans. Ce conflit a été remporté par l’Angleterre, nous y avons perdu notre restant de Canada, mais l’Angleterre en est sortie endettée jusqu’au cou. La banqueroute a été écartée, quelqu’un devait donc payer. Qui ? Mais c’est simple ma bonne dame, les colons des 13 colonies ! Et là vous voyez où je veux en venir, lecteurs, car le problème de la dette héritée de la guerre de Sept Ans est directement à l’origine de la Révolution américaine, tout comme l’état des finances de la monarchie a été une cause majeure de la Révolution française. C’est-à-dire, au final, deux guerres civiles.

Nous sommes actuellement sous la double menace de marchés complètement administrés et toxiques, et des États plombés par la dette. Pour moi, c’est clair, les actions, sont à fuir, toutes les conditions du krach de sortie de crise sont réunies. Ça arrivera peut-être dans cinq ans, mais en bourse, on perd toujours moins à prendre ses profits trop tôt, que de vendre une seconde trop tard quand tout le monde se jette du haut des immeubles.

Moi, j’ai pris mes profits, et je dors tranquillement la nuit, en partant sur des supports d’investissement plus saints. Vous avez sur ce site toutes les solutions pour vous couvrir, utilisez-les !

La semaine prochaine, nous parlerons plus en détail de la théorie économique du marché et des prix.

D’ici là, lecteurs, je vous souhaite, tout le bonheur du monde !

 

La Conclusion de Raoul de Beaumanoir sur la situation actuelle

Bien à vous,

Raoul de Beaumanoir

Raoul de Beaumanoir pour Géopolitique Profonde

Un commentaire

  • Bormes

    Je suis bien d’accord il faut être en dehors des actions, ca va peter…

    Maintenant, sur quels actifs se positionner , c est également compliqué…

    L inflation va détruire la monnaie,
    Ou plutôt la création monétaire en folie depuis 2008 va bientôt détruire ces memes monnaies

    Rien ne résistera au tsunami qui s annonce, et seuls les biens physique auront une valeur residuel,

    Restera probablement aussi les actions des gros groupes, mais j imagine qu une forte devaluation de ces actifs par la crise sera le moyen pour ces gros groupes de sortir les petits actionnaires au plus bas et de racheter leurs actions a vil prix.

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