Pandémie…et après ?

Nous y sommes, à cet instant de son histoire où l’humanité tout entière se retrouve face à elle-même, confrontée à l’inconnu. Pouvions-nous prédire qu’en ce premier quart du XXIème siècle, notre évolution technologique exponentielle, notre intelligence, dite supérieure à toute autre, ne nous immuniseraient pas des choses d’une nature sauvage et intemporelle, qui nous soumet aujourd’hui aux réalités d’un monde que nous avons jusque-là méprisé ou saccagé ?

Ils ont été et sont toujours nombreux à nous mettre en garde, et depuis longtemps, sur certains de nos choix politico-économiques, mais après tout ce sont les choix de nos dirigeants, ne nous disent-ils pas de continuer coûte que coûte de jouir des plaisirs immédiats ?

Mais avons-nous besoin d’eux pour se dire et se répéter qu’il faut profiter de la vie ? « la vie continue ! » disons-nous chaque fois qu’un drame survient, est-ce du courage ou une conclusion rassurante mais stérile ?

Eh bien profitons, et vive les soldes ! le bonheur en tête de gondole, quant à l’amour… disponible en un clic. Retrouvons vite notre vie d’avant !

Sans perdre de vue les réelles difficultés ou la misère dans lesquelles de nombreuses personnes se débattent, sommes-nous à ce point éteints que le sens de notre existence se réduit à notre pouvoir d’achat ou à l’obtention du dernier gadget à la mode ?

l’idéal serait-il classé au rang des vieux concepts surannés, remplacé par une vision qui se veut réaliste, gouvernée par les chiffres, qui eux, paraît-il, ne mentent pas, guidée par des algorithmes omniprésents qui décident pour nous, une vision qui ne laisse aucune place à l’imagination créatrice, pourtant source inépuisable de liberté et de renouveau ?

 
 

Ne voyons-nous pas que la route choisie, si prometteuse de paix, d’égalité, de ressources infinies, n’est qu’une impasse, un cul de sac dans lequel nous tournons en rond dans un tumulte assourdissant, toujours plus nombreux, animés mais sans âme, aliénés par un désir insatiable d’enrichissement personnelle, immatures dominés par nos peurs infantiles, errants sans raisons d’être, anesthésiés aux vapeurs toxiques du superflu, agités en tous sens à la recherche de solutions hypothétiques pour que, finalement, rien ne change vraiment ?

Cependant ne culpabilisons pas, ce n’est pas très à la mode, et d’ailleurs ne sommes-nous pas des êtres imparfaits par nature ? l’erreur n’est-elle pas humaine ? et puis, ne possédons-nous pas ces facultés inouïes de se pardonner à soi-même, d’oublier, et de recommencer ?

Qu’avons-nous appris ? qu’apprenons-nous de cette pandémie ? est-ce juste un mauvais moment à passer et puis tout sera comme avant… un jour ? sommes-nous à ce point imbus de nous-mêmes, convaincus de notre surpuissance, invulnérables, ou bien si confortablement installés dans nos habitudes que l’enchainement à rythme accéléré des drames humains et environnementaux année après année, nous  échappe, au point que nos inquiétudes exprimées s’arrêtent à l’insupportable frustration devant la disparition de nos plaisirs ou conforts ordinaires et leur légèreté.  

 

 

Dans la lutte contre cette pandémie, de nombreux états, ceux qui le peuvent, dépensent sans compter et les recherches en traitements et vaccins se multiplient. Mais combien d’épidémies sévissent depuis des années dans tant de pays démunis où la pauvreté mène chaque jour des milliers d’enfants, à la souffrance et à la mort ? Pourtant, pour eux, les moyens mis en œuvre dans les domaines de la recherche restent dérisoires au regard de ce qui a été déjà entrepris en quelques mois pour lutter contre la pandémie qui nous frappe. Comprendrons-nous enfin que nous payons le prix de notre indifférence, au mieux de notre passivité ?

Peut-être aussi ne voyons-nous pas ce que chacun d’entre nous pourrait bien y faire, n’est-ce pas au final la faute de nos gouvernants ? et puis nous avons tous nos difficultés, penser que seul je peux changer tout cela serait bien naïf, alors restons spectateurs, croisons les doigts ou prions… on ne sait jamais, et puis il y a des gens de bien sur cette planète qui se préoccupent de tous ces problèmes et agissent, ils pourraient être plus nombreux mais nous sommes avec eux…au balcon.

Notre conscience nous donne la liberté de choisir entre ce qui paraît être bon pour soi et ce qui est réellement bon pour tous, n’est-ce pas la seule voie possible que celle du renoncement à toute décision et à tout choix collectifs ou personnels, quel que soit le domaine, dont nous savons qu’ils pourraient porter atteinte à l’intégrité de l’environnement ou des personnes, à court, moyen ou long terme ? c’est aujourd’hui une évidence, si ce principe n’est pas appliqué de notre propre initiative, nous y seront contraints d’une façon ou d’une autre et toujours plus durement, avec, notamment, toutes les conséquences sur nos libertés dont nous avons d’ores et déjà un aperçu.

Pourrons-nous encore nous offrir le luxe des compromis, des demi-mesures, et pour combien de temps ?

Avec cette pandémie, nos dirigeants ont pris de nombreuses mesures exceptionnelles jusque-là inimaginables, qu’elles fassent toutes l’unanimité ou pas, elles ont été prises pour le bien de tous.

L’humanité n’en est pas moins toujours divisée, comme toujours les intérêts des nations, des communautés et des personnes s’affrontent, les concurrences en tout genre prennent le pas sur la nécessité impérieuse de l’unité, les égos s’expriment comme jamais, chacun se protège… dans son coin.

Une protection illusoire au regard des dangers qui nous attendent et nous menacent tous sans distinction.

Si nous jugeons l’humain finalement incapable d’échapper à sa nature, à ses pulsions, que l’unité spontanée, ou tout au moins consentie, en réponse à ces catastrophes annoncées, présentes et futurs, n’est alors qu’une utopie, n’avons-nous, en dernier recours, qu’à nous en remettre à l’initiative providentielle d’un homme ou d’une femme visionnaires ou simplement lucides, comme l’histoire de l’humanité en a toujours connus ?

Peut-être avons-nous simplement atteint nos limites ? pourtant dépositaires d’une expérience plusieurs fois millénaire, nos réflexes, nos réponses, sont restés les mêmes.

Du feu au numérique nous ne faisons que suivre le chemin du « progrès », inexorable, par lequel une découverte, bénéfique ou non, en amène forcément une autre, mais quel chemin notre conscience a-t-elle pris ? de génération en génération ne léguons-nous pas à nos enfants les mêmes volontés de puissances, la même conception archaïque de la relation à l’autre, le rapport de force ?

Ce concept d’humanité, si précieux, censé faire de nous des êtres toujours meilleurs, a-t-il rejoint, dans la funeste fosse à oubli, ces hommes et ces femmes de tous temps qui ont cru, jusqu’à donner leur vie, à cette grande idée que nous nous faisons de nous-mêmes ?

Sommes-nous voués à l’auto-anéantissement ? Serait-ce une aspiration secrète enfouie dans les entrailles de notre être originel ?

Quoiqu’il en soit, ce sont bien les comportements de chacun d’entre nous, jour après jour, qui donneront tout son sens à l’humanité tout entière…ou pas.

Et puis, notre planète qui abrite la vie, n’est-elle pas un miracle dans cette immensité ? ne mérite-t-elle pas au moins toute notre vigilance ?

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4 commentaires

  • Bonjour les moutons. J’aimerais tant partager l’optimisme de certains amis sur ce fameux retour au monde d’avant qui, entre nous, n’était pas une valeur de référence. Hélas, ce que je vois et entend depuis l’avènement du confinement ne m’incite pas à imaginer un futur heureux…

  • Rainette Rainette

    « Avec cette pandémie, nos dirigeants ont pris de nombreuses mesures exceptionnelles jusque-là inimaginables, qu’elles fassent toutes l’unanimité ou pas, elles ont été prises pour le bien de tous. »

    Heu… j’ai comme un gros doute, là https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_sad.gif N’y aurait-il pas une pointe de naïveté (ou pas) chez l’auteur de cet article ?

    Je crois aussi que, dans la tête de la plupart des gens, il n’y a pas grand chose de changé. Beaucoup vont retourner au grand galop à leurs habitudes. Peut-être quelques uns auront-ils pris conscience qu’ils peuvent agir différemment. Dans mon voisinage certains se tournent vers les AMAP et ont pris plaisir à jardiner. D’autres envisagent de se passer de voyage en avion pour les vacances ou du moins d’en réduire le nombre. C’est un premier pas. Pas facile de changer de vie. https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_unsure.gif

    • Volti Volti

      Ne soyons pas naïfs, rien ne changera si les mougeons participent au maintien du système, malheureusement ils sont nombreux. Si d’autres ont changé leurs habitudes, ils n’en restent pas moins dans le système, pourvu qu’il y ait un « biocop » ou un « naturalia » à proximité. La vague des circuits courts pendant le confinement, a fait long feu, les grandes surfaces font le plein…

  • Avatar CryptoKrom

    C’est aux Décideurs de ce monde qu’il faut faire avaler cet article,
    cette dictature qui nous ordonne…impose de rester idiot et malléable (par tous moyens) a souhaits,
    aveugles de nos actes a cause du pognon…invention humaine toxique,
    sous peine de sanctions.
    Auriez vous préféré qu’on ressorte la guillotine?
    Et comme il y aurat toujours des futurs pourris a naitre…on la garde affutée. Non?

    Qu’est ce que « vous » voulez ?
    Qu’on s’autodictat(ure) nous méme ?
    y’a assez de tarés pervers psychopates addictés au pognon et en quéte de pouvoir parmis nous pour reprendre les rennes des anciens dictateurs toxiques pour ce monde…

    Alors quoi ?
    faut-il probablement supprimer tous les gouvernements et s’auto-gouverner nous mémes si on veux sauver quelque chose ?

    Mais encore, qui sera prét a quitter tout ce confort et facilité de vie acquis ?!
    Le pourcentage sera trés faible.

    Conforts et facilités de vie étant eux mémes sources de pollutions, nuisances…
    Faut-il retourner dans les cavernes ?