Ukraine – Les « souris » accusées d’avoir mangé le stock stratégique de céréales

Ça n’est pas tous les jours que l’on peut se laisser aller à rire par les temps qui courent. Profitons en avec cet article complètement délirant des autorités ukrainiennes. Vu le tonnage des stocks annoncés, l’Ukraine ferait face à une attaque de souris pour le moins gigantesques. Le départ pour un scénariste en mal d’idée, d’un film d’horreur de série « Z » ? Sauf que, sans stock stratégique, c’est la population qui se trouvera en grande difficulté en cas de crise. Vendre les stocks et accuser les souris, il fallait oser… Partagez ! Volti

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Christelle Néant pour Donbass-Insider

Lundi 1er juin 2020, Mikhaïl Apostol, conseiller du ministre de l’Intérieur ukrainien, a écrit sur son mur Facebook qu’à la suite d’un audit, il s’est avéré que l’équivalent de 2 700 wagons de céréales d’une valeur de plus de 800 millions de hryvnias (environ 27,6 millions d’euros) manquaient dans la réserve stratégique d’État de l’Ukraine. Et sans se démonter devant l’absurdité de ses propos Apostol a accusé les « souris » d’être responsables de ce trou énorme dans la réserve stratégique de céréales du pays !

Les « souris mutantes » dévoreuses de réserves de céréales

Lorsqu’on lit les déclarations d’officiels ukrainiens, il n’est pas rare de devoir se pincer pour vérifier qu’on ne rêve pas, tant elles sont souvent mensongères ou délirantes. Mais avec cette déclaration d’Apostol, il faut espérer qu’on a touché le fond. Parce que s’ils arrivent à pondre plus délirant que ça à Kiev, il est vraiment temps de penser à reconvertir le pays en école du cirque géante.

Voici la traduction du post de Mikhaïl Apostol à propos des souris dévoreuses de stock stratégique de céréales de l’Ukraine.

«Environ 2 700 wagons de céréales, qui auraient dû se trouver dans la réserve d’État, ont été « mangés par les souris ». Le montant des pertes se monte à plus de 800 millions de hryvnias. Cette absence a été révélée lors d’un audit, selon l’ancien chef de la réserve d’État, Iaroslav Pogorely. Les souris gloutonnes s’en sont pris également à la réserve d’État de Tchertkov, dans la région de Ternopol. Là elles ont vidé les entrepôts de céréales pour une quantité équivalente à 150 wagons. »

Il faut croire que les souris en Ukraine sont soit des souris mutantes (venant de la zone de Tchernobyl) ultra-voraces, soit elles sont des milliards. Parce qu’à une moyenne de 70 tonnes de céréales par wagon, et en sachant qu’une souris mange en moyenne 3 g de céréales par jour, il aurait fallu qu’elles soient un bon milliard pour détruire en deux mois les 189 000 tonnes de céréales qui manquent dans la réserve stratégique de l’Ukraine !

Surtout qu’elles ne se sont pas attaquées qu’aux céréales ces « souris », l’huile, l’alcool, les masques médicaux et les boîtes de conserve ont aussi été la cible de ces « rongeurs mutants ». Si les souris ukrainiennes arrivent à ouvrir les boîtes de conserve avec leurs dents, et se mettent à picoler c’est qu’il est temps de s’inquiéter pour la survie de l’espèce humaine et d’aller regarder de plus près ce qui se passe dans la zone de Tchernobyl avant que d’autres animaux « mutent » de la même manière !

L’Ukraine a vendu ses céréales en pleine pandémie de coronavirus

Devant l’absurdité du bouc émissaire désigné par les officiels ukrainiens, il faut plutôt regarder ce que l’Ukraine a fait de ses céréales ces derniers mois pour comprendre ce qui s’est réellement passé.

En pleine épidémie de coronavirus, l’Ukraine a continué à vendre ses céréales à l’étranger, dépassant très largement les quotas, et même dépassant de près de près de 20 % les exportations de l’an passé à la même période, alors que d’autres pays comme la Russie limitaient leurs exportations de céréales pour assurer l’approvisionnement du marché intérieur en pleine pandémie.

La question qui se pose alors est de savoir pourquoi l’Ukraine a vendu ses céréales au lieu de les stocker pour faire face à la demande accrue de nourriture et au risque de mauvaises récoltes cette année suite aux mesures prises pour endiguer le coronavirus, et aux problèmes de météo ? La réponse tient trois mots : hausse du prix.

L’épidémie de coronavirus a provoqué une hausse du prix des céréales, et il semble que certains en Ukraine ont jugé qu’il était plus intéressant de vendre les réserves de céréales produites par le pays quand le prix est au plus haut, plutôt que de les garder dans les stocks pour faire face à une éventuelle pénurie.

La question est désormais de savoir qui sont les « souris » qui ont écoulé ces stocks. La corruption étant galopante en Ukraine, il est possible, comme pour les armes qui disparaissent des entrepôts, qu’il s’agisse de vente illégale par les gens chargés de gérer ces stocks. Ou il se peut même que ce soit le gouvernement ukrainien qui a vendu ses stocks stratégiques en douce pour faire rentrer des devises étrangères dont le pays a absolument besoin vu l’état désastreux de son économie.

En avril, le directeur général du centre pour les réformes agraires tirait la sonnette d’alarme sur ces exportations massives de céréales par l’Ukraine en pleine pandémie de coronavirus, et demandait de limiter ces dernières, pour assurer l’approvisionnement du marché intérieur.

Et en mai, lorsque le Conseil National de Sécurité et de Défense a demandé au Cabinet des ministres de vérifier l’état de la réserve stratégique et de la remplir, le résultat de l’audit a révélé l’ampleur de la catastrophe : il ne restait alors que 3 % des stocks ! Et ces 3 % restant sont constitués de céréales de mauvaise qualité, même pas utilisables pour produire du pain ou des pâtes.

L’ancien chef de la Réserve d’État, Pogorely a dénoncé les vols de stocks, qui selon les documents sont dans les entrepôts mais qui ont en réalité été vendus, et les astuces utilisées par les « souris gloutonnes » pour cacher leurs larcins.

« J’ai trouvé un réservoir de produits pétroliers intéressant. Si vous frappez dessus, il résonne comme s’il était vide, si vous prenez un échantillon de produits pétroliers, le réservoir semble plein. Finalement, il s’est avéré que sous la fenêtre de la jauge se trouvait un tuyau soudé, et que seul ce tuyau était rempli de produits pétroliers, et que le reste du réservoir était vide. Voilà le genre d’inventions », a déclaré M. Pogorely.

Il a aussi lié son licenciement à son conflit avec le ministre du développement économique, du commerce et de l’agriculture, Igor Petrachko, qui était, d’après lui, très intéressé par l’achat et la vente des céréales de la réserve d’État, via des schémas de corruption, liés à l’ancien travail du ministre.

« Dans un mois, la récolte des céréales d’hiver commencera et, étant donné le lieu de travail précédent de M. le ministre, je suis sûr que la réserve d’État sera obligée d’acheter des céréales à un prix gonflé à l’exploitation agricole « Ukrlandfarming », dont le propriétaire est Oleg Bakhmatiouk (Petrachko travaillait auparavant comme directeur général adjoint de « Ukrlandfarming » – NDLR) Pour mettre en œuvre ce programme, le ministre a besoin que la Réserve d’État de l’Ukraine, le Fonds agraire et la Compagnie nationale des aliments et des céréales de l’Ukraine soient dirigés par des personnes sous son contrôle », a déclaré l’ancien chef de la Réserve d’État.

Via ce schéma de corruption, les entrepôts de la réserve d’État seront remplies de produits de mauvaise qualité, payés à des prix artificiellement gonflés via le budget de l’Ukraine, qui seront ensuite « mangés » par les « souris ».

Avec un tel système, la réserve d’État de céréales de l’Ukraine devient un trou noir qui pourrait absorber la totalité du budget du pays tout en restant éternellement vide. Là il faudrait 60 milliards de hryvnia (environ 2 milliards d’euros) pour remplir correctement ces réserves d’État. Or l’Ukraine n’a pas une telle somme, et le pays est tellement endetté qu’on voit mal comment il pourrait financer ce remplissage des réserves stratégiques.

Le problème c’est que ces réserves sont vitales pour que le pays puisse faire face à d’éventuelles mauvaises récoltes ou autres imprévus. Sans réserves stratégiques de céréales, le pays est exposé à un risque majeur de catastrophe et de pénurie alimentaire au moindre aléa. Et je doute que les « souris » qui se sont engraissées en « dévorant » les réserves de céréales suffiront à nourrir la population de l’Ukraine en cas de catastrophe alimentaire.

Christelle Néant

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