Comment aider la grève contre la casse des retraites ?

Un billet de Serge Marquis de Médiapart. La stagnation menace, la réforme des retraites est actée par l’exécutif, l’universalité des retraites est remise en cause avec le maintient du régime spécial des policiers. Et les autres à quelle sauce seront-ils mangés dans l’imbroglio de cette usine à gaz ? On se demande si ce n’est pas pour préserver le dernier rempart qui reste au gouvernement, contre la grogne populaire qui ne cesse de monter, et se propage dangereusement. Partagez ! Volti

******

Serge Marquis pour la tribune libre du club Médiapart

S’il est important de préserver un front syndical uni là où la force de frappe existe : la SNCF, la RATP, etc., devons-nous pour autant faire dépendre l’issue de cette bataille (de grande envergure) de l’attitude de syndicats corporatistes ou de collaboration comme la CFDT ?

Ce serait prendre le risque de nous retrouver devant la même configuration que ce qui s’est produit lors de la loi travail en 2016 … c’est-à-dire celle d’une défaite.

On ne doit pas exclure non plus qu’à la suite de la défection de ces syndicats-croupions le gouvernement et les directions patronales tentent de laminer les résistances (comme ils ont commencé déjà à le faire en payant grassement des « jaunes ») – à la façon de Thatcher avec les mineurs anglais de 1984-1985. Macron est déjà allé très loin avec les gilets jaunes, il peut aller encore plus loin ; c’est son vrai mandat !

Beaucoup de mécontents dans tous les secteurs savent que ce n’est plus seulement la « réforme » des retraites qui est en cause, c’est tout ce que ce gouvernement fait et l’état de délabrement de la démocratie..

Deux questions se posent alors :

1/ Comment bloquer le pays ?
2/ Comment élargir la bataille à d’autres secteurs du travail ?

La création de comités de soutien locaux, en renfort de la grève, se pose. Qui réuniraient toutes les bonnes volontés. On ne demanderait pas aux gens d’où ils viennent mais comment ils veulent aider.

Premier objectif : s’adresser à la population (notamment par voie d’affiches : heure et lieu des manifs !) pour établir une passerelle entre la population sympathisante et les grévistes. Une proposition d’action : appeler la population à une grève de la consommation (avec des objectifs plus affinés : la grande distribution, des marques particulières… ?), première action de désobéissance pacifique à la portée de tous dans une société de plus en plus ubérisée.

Deuxième objectif : soutenir de l’extérieur les salariés qui pourraient fomenter un mouvement dans leur propre entreprise, en particulier : à la Poste, Orange, les grandes banques… mais aussi du côté des écoles, collèges, lycées et facultés.

Toutes les formations politiques, syndicales, associatives qui soutiennent cette grève doivent rapidement cesser de faire assaut de sigles et mutualiser leurs ressources pour ne pas laisser les grévistes seuls !

La gauche doit cesser son huis-clos et accepter que d’autres, venus d’histoires politiques différentes, rejoignent la lutte. Une nouvelle fois, il faut le dire : Il ne s’agit pas de faire gagner la gauche mais les grévistes, et la population pour qu’elle recouvre sa souveraineté constitutionnelle.

Par ailleurs, est-ce que cette bataille sur les retraites peut unifier le salariat ? Ce n’est pas certain.

Peut-être que ce qui pourrait l’unifier est désormais d’un autre ordre : LA FIN DE CE GOUVERNEMENT.

C’est aux grévistes en premier lieu de l’exprimer. Qu’ils nous disent si c’est là le bon tempo. 

Si c’est la cas, alors il est nécessaire d’en appeler à un gouvernement d’union nationale de transition, qui pourrait convoquer des Etats Généraux de la Démocratie, à l’issue desquels serait proclamée une Assemblée constituante ayant pour objectif la reconstruction nationale du pays, avec notamment un plan d’urgence contre le chômage, la fin de l’austérité, la revalorisation de tous les salaires et minimums sociaux, la nationalisation de toutes les entreprises stratégiques, la transition écologique, une nouvelle politique de la ville, et… ce qui va couler de source : la rupture avec l’UE et l’euro.

Les syndicats auraient bien tort d’en rester aux seules aspirations catégorielles (les « régimes spéciaux ») même si la contre-réforme sur les retraites ne se bornent évidemment pas à cela et touche tous les salariés (encore faut-il les en convaincre…).

Tout comme l’avait montré le syndicat Solidarnosc en Pologne en 1981, quand il n’y a plus de grain à moudre (c’est-à-dire rien à négocier), la politique devient le domaine d’extension naturelle de la lutte. De syndicat venu de Gdansk, il avait dû s’improviser en un mouvement politico-social qui conteste le régime en place.

La seule question en effet qui vaut aujourd’hui pour tous les corps de métier hurlant à la mort, c’est : qui décide en France ? Le peuple ou les forces de l’argent qui squattent l’appareil d’État ?

Entre un Macron perfide au service des riches et une Le Pen politicienne qui a soudainement mis à la trappe ses promesses de rupture avec l’Union européenne et l’euro…, l’élection présidentielle de 2022 ne permettra pas de résoudre ce problème de légitimité du pouvoir.

De ce fait, quelle que soit la perspective de combat que voudront donner aujourd’hui les grévistes (lutte exclusive contre la casse des retraites ou lutte pour le pouvoir ?), tout se ramène depuis plusieurs décennies à cette seule question : qui décide en France ?

Á chacun-e d’y réfléchir et faire avancer ces questions dans les structures collectives où il-elle se trouve…

Serge Marquis

10 commentaires

Laisser un commentaire