Silence, on achève les agriculteurs. Vincent Held..

Il n’y a pas qu’en France que les agriculteurs sont « oubliés », La Suisse ne fait pas mieux. Partagez ! Volti

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Source : Liliane Held Khawam

En 2018, le quotidien fribourgeois La Liberté n’était pas le seul à parler d’une amélioration de la qualité des eaux… alors, que s’est-il passé depuis  ?

Loin de chercher à calmer les craintes de la population sur la question angoissante des pesticides, le gouvernement suisse l’amplifie en lançant lui-même de fausses alertes. Ceci avec l’aide active de certains grands médias visiblement bien coordonnés avec le pouvoir politique…

Aujourd’hui, diverses techniques permettent de réduire massivement l’emploi des  herbicides et pesticides dans l’agriculture. Et la Suisse est justement à la pointe de cette mouvance high-tech !

Le robot autonome de la firme yverdonnoise Ecorobotix est bien connu de l’administration fédérale, qui en a fait une vidéo promotionnelle en 2017 déjà. D’après la célèbre chaîne d’information américaine CNBC, il permettrait d’utiliser « 20 fois moins d’herbicides »… De quoi « chambouler un marché de 26 milliards de dollars » !
Homologués en juillet 2019, les drones épandeurs promettent de réduire fortement l’utilisation d’engrais et de pesticides grâce à l’intelligence artificielle et au big data. C’est ce qu’expliquent par exemple des scientifiques de l’EPFZ spécialisés dans le « smart farming »

« Prenez le robot-sarcleur, qui est actuellement testé sur des champs de légumes, de maïs et de betteraves. Il rend les herbicides quasiment inutiles ! » (Dr. Frank Burose, directeur du Kompetenznetzwerk Ernährungswirtschaft, un réseau qui collabore avec l’EPFZ, le SECO, l’Agroscope, la Chambre du commerce du canton de Thurgovie, etc.)

(A toutes fins utiles, on rappellera que le glyphosate est précisément un herbicide…)

Il est ainsi particulièrement choquant de constater que loin de chercher à calmer les craintes de la population sur la question angoissante des pesticides, le gouvernement suisse l’amplifie en lançant lui-même de fausses alertes !

Une attitude propre à alimenter la défiance à l’encontre d’un monde paysan suisse déjà fragilisé à l’extrême.

Pris à la gorge financièrement et ciblés par un matraquage administratif qui s’apparente parfois à une véritable persécution , les paysans suisses font en outre l’objet d’une campagne de dénigrement hargneuse de la part de certains médias. Chaque année, des centaines d’entre eux quittent le métier – et des dizaines mettent fin à leurs jours…
Les deux principaux acteurs de la grande distribution suisse, Coop et Migros, misent sur la viande synthétique pour remplacer les produits d’élevage. Rarement mentionnés dans les médias, la viande, les œufs et le lait de laboratoire sont pourtant autorisés à la vente aux États-Unis depuis mars 2019. Ni vu ni connu !

Une guerre aux pesticides… ou au monde paysan ?

Commençons par un bref rappel. En signant son accord de libre-échange avec le Mercosur, la Suisse vient d’accepter l’importation de céréales, d’huiles, de farines, de fruits et de légumes cultivés à l’aide de 200 pesticides interdits en Suisse.

Sans que cela ne suscite l’émoi de nos grands médias, si prompts à dénoncer l’usage des pesticides chez nos propres paysans !

Une cible facile : certains journaux romands sont particulièrement virulents à l’encontre des paysans, pourtant déjà en grande difficulté.

A l’heure où les nouvelles technologies réduisent drastiquement les besoins en main d’œuvre dans l’agriculture, les paysans suisses semblent tout simplement être de trop…

Une fausse « alerte aux pesticides » lancée par… l’Office fédéral de l’agriculture !

Un modèle d’habileté. Un coup de maître. Un chef d’œuvre. La fausse « alerte aux pesticides » lancée en août 2018 par l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) – placé sous la responsabilité de Guy Parmelin – force l’admiration.

En mettant subitement sous surveillance une molécule résiduelle du chlorothalonil (un produit pourtant utilisé depuis les années 1970 !), l’Office fédéral de l’agriculture a lancé une hystérie médiatique autour de la « pollution aux pesticides » de nos réserves d’eau. Les plus grands médias affirmant bientôt d’une seule voix que « 170’000 Suisses boivent de l’eau polluée aux pesticides » !

« Ces échantillons [contaminés] proviennent [des] régions où l’on mène une activité agricole intensive. » La Radio télévision suisse (RTS) n’aura pas été en reste pour entretenir l’hystérie générale… et désigner une cible : les paysans.

Dupés, les Suisses ont eu l’impression que la qualité de leur eau potable était en train de se dégrader… alors que l’on avait simplement commencé à surveiller des produits qui ne l’étaient pas auparavant ! Et ce depuis cinquante ans !

A titre de comparaison, un professeur de géographie physique de l’Université de Lausanne avait expliqué l’année dernière encore que l’on assistait à « une amélioration assez nette de la qualité de l’eau » en Suisse… Tout un monde de différence !

Le meilleur ennemi des paysans suisses. Le ministre de l’économie Guy Parmelin, vigneron-encaveur de formation, est très attentif à cultiver son style « terroir ». Ce qui ne l’empêche pas d’enchaîner les mauvais coups à l’encontre des paysans !
Augmenter les charges sociales des paysans  au nom de la lutte pour « les droits des femmes d’agriculteurs ». Une trouvaille élégante du gouvernement suisse pour mettre un peu plus sous pression une profession déjà asphyxiée financièrement.

On précisera que la fausse alerte a été lancée à un moment un peu particulier, puisque l’Office fédéral de l’agriculture (qui est subordonné à Guy Parmelin), n’a plus de directeur depuis juin dernier…

La fausse « alerte aux pesticides » d’août-septembre 2019 : une coproduction entre Guy Parmelin, le canton de Zurich – et Tamedia !

Résumé de l’action, qui débute le jour de la fête nationale :

  • 1er août 2019 : le Département fédéral de l’économie, dirigé par Guy Parmelin, met sous surveillance le chlorothalonil, en le désignant comme « substance approuvée qui doit être réévaluée » ;
  • 6 août 2019 : l’Office fédéral de l’agriculture change le statut d’un résidu du chlorothalonil (l’acide sulphonique de chlorothalonil), qui devient subitement un « métabolite pertinent » (c’est-à-dire à surveiller) ; ceci non pas suite à une étude scientifique quelconque, mais en application d’une directive de l’Union européenne ! Or, comme nous l’avons déjà expliqué, le chlorothalonil était utilisé depuis 50 ans… la molécule n’est pas nouvelle, c’est juste sa classification qui a changé !
  • 15 août 2019 : l’Office fédéral de l’environnement présente son étude sur « l’état des eaux souterraines en Suisse » – la première depuis une dizaine d’années ! Si elle n’est pas réellement abordée dans l’étude, la question du chlorothalonil est mise en évidence au cours d’une conférence de presse « alarmiste ». Le même jour, de grands journaux romands du groupe Tamedia (24heures / Tribune de Genève / Le Matin) commencent à alerter sur les risques des « résidus de chlorothalonil ».

Pendant ce temps, les journaux alémaniques – qui étaient pourtant présents à la même conférence de presse, gardent le silence. Ils vont attendre deux semaines pour se joindre à « l’alerte au chlorothalonil ». Ceci suite à des « révélations » communiquées par les autorités cantonales zurichoises…

Un spin médiatique dans le spin médiatique : l’alerte au chlorothalonil lancée par l’administration du canton de Zurich, avec deux semaines de retard par rapport à la presse romande…
  • 4 septembre 2019 : publication dans le TagesAnzeiger (également détenu par Tamedia) d’une liste de communes « contaminée » par « l’acide sulphonique de chlorothalonil », sur la base d’un document fourni par l’administration du canton de Zurich. Subitement, toute la Suisse alémanique est en alerte maximale. Le lendemain, la télévision d’État SRF parle d’une population « désécurisée »! Un « appel au calme » des autorités zurichoises scandalise de nombreux Internautes, qui y voient une volonté d’étouffer une affaire particulièrement grave… (là, il faut dire bien joué à nos spécialistes de la com’)
  • 6 septembre 2019 : Publication par l’Association des chimistes cantonaux suisses d’une étude sur les pesticides dans l’eau potable suite à une « campagne » nationale démarrée en début d’année. C’est cette étude qui va révéler l’ampleur de la « contamination » des eaux suisses par « l’acide sulphonique de chlorothalonil ». L’occasion pour la mécanique médiatique d’en remettre une bonne couche !
Résultat : un mois plus tard, l’angoisse est toujours intacte. Chapeau les spin doctors !

Ironie de l’histoire, l’absurdité de cette campagne de terreur a été révélée dès le départ par dans les colonnes du 24heures et de la Tribune de Genève… deux titre qui ont  pourtant largement contribué à créer la psychose en Suisse romande !

« Ce printemps, un «blockbuster» de notre industrie agrochimique, le chlorothalonil, utilisé depuis cinquante ans contre les moisissures et pourritures de toutes sortes, a été déclaré dangereux par l’Union européenne. Berne a dû suivre en urgence, alors que jusqu’à il y a quelques semaines, ce produit était considéré comme inoffensif. Ce revirement soudain prend de court les paysans. » (24heures/TDG, 15.08.2019)$

Nos paysans n’ont certainement pas fini d’en voir de toutes les couleurs.

Vincent Held via Liliane Held Khawam

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