Réforme 100% santé : des gagnants et des perdants

Selon l’enquête réalisée par l’IFOP pour le compte de Dentaly.org en novembre 2018, près d’un Français sur deux (45%) a déjà renoncé à des soins dentaires en raison du coût des traitements. Mais ce n’est pas la seule raison au manque d’accès aux soins dentaires : un tiers des Français (31%) affirment, en effet, avoir déjà renoncé à des soins dentaires en raison de la difficulté d’obtenir un rendez-vous dans un délai suffisamment rapide. Et ce constat est tout aussi alarmant dans les domaines de l’optique et des aides auditives, où le reste à charge pour les patients est particulièrement élevé.

C’est principalement pour limiter le renoncement aux soins dans ces trois domaines que la réforme du « reste à charge zéro » ou « 100% santé », promesse de campagne d’Emmanuel Macron en 2017, a été imaginée et commence à se mettre en place progressivement depuis le 1er janvier 2019. Mais le tableau est, comme souvent, loin d’être aussi rose que ce qui était annoncé… Décryptage.

Un dispositif limité aux Français disposant d’une mutuelle

Contrairement à ce que l’on aurait tendance à croire, la réforme 100% santé ne concerne pas tous les Français mais seulement ceux qui possèdent une mutuelle : sans contrat de complémentaire santé, les patients auront encore à faire face à des restes à charge potentiellement conséquents. Près de 2 millions de personnes n’auront donc pas accès à cette prise en charge à 100% et c’est justement ces personnes sans mutuelle qui en auraient le plus besoin…

La santé à deux vitesses en matière de prothèses dentaires

On l’a vu, le renoncement aux soins dentaires est une réalité pour un grand nombre de Français. Pourtant, la réforme 100% santé d’Emmanuel Macron n’a qu’un effet limité sur le reste à charge en matière de prothèses dentaires. En effet, l’évolution de la base de remboursement de la Sécurité sociale sera distincte selon les types de prothèse et selon la localisation de la dent. Dans le panier « 100% santé », figureront ainsi des prothèses en métal pour les molaires et des prothèses en céramique pour les dents plus visibles (incisives, canines et prémolaires). Si le patient souhaite s’offrir des prothèses plus discrètes pour ses dents moins visibles, il devra les payer de sa poche (ou de celle de sa mutuelle)…

La crainte d’une hausse des cotisations des assurances santé

Si la plupart des Français accueillent avec enthousiasme cette nouvelle réforme, un grand nombre d’entre eux craint tout de même une augmentation des cotisations des complémentaires santé qui seraient forcées de majorer d’autres services afin de financer les remboursements. Et bien que les mutuelles se soient engagées à faire des efforts, les risques d’augmentation des cotisations d’ici à 2021 sont réels, en particulier pour les retraités. Autre possibilité, tout aussi inquiétante, les assurances pourraient aussi réduire le champ des garanties…

Vers des prestations low cost ?

Toujours selon l’enquête IFOP-Dentaly, plus d’un Français sur deux estime que le reste à charge zéro risque de conduire à une baisse de la qualité des soins. En matière de prothèses dentaires, on l’a vu, les dents situées dans le fond de la bouche bénéficieront d’une prise en charge totale pour des couronnes métalliques mais pas pour des couronnes en céramique (plus discrètes). En ce qui concerne l’optique, la crainte se porte surtout sur la qualité des montures et des verres proposés dans le panier de soins 100% santé, tandis qu’en matière d’aides auditives, on s’inquiète de la qualité des audioprothèses de classe A.

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