Le combat dangereux de Francia Marquez contre l’exploitation minière en Colombie..

Quand la dernière rivière sera empoisonnée, le dernier poisson péché, le dernier arbre abattu, alors, ils s’apercevront que l’argent ne se mange pas. Dixit Sitting Bull. On le sait depuis toujours mais….

Francia Marquez, en mai 2017

À 36 ans, l’afro-colombienne Francia Marquez a reçu le prix Goldman pour l’environnement. Une reconnaissance internationale pour son combat contre les mines d’or illégales qui détruisent l’environnement et la vie des habitants du nord de la région colombienne du Cauca.

  • Cali (Colombie), reportage

Francia Marquez peut entrer dans une colère noire si vous la qualifiez « d’héroïne » . « Líder » passe un peu mieux, et encore, la moue et l’agacement ne s’effacent pas. Toute la lumière jetée sur elle l’a mise mal à l’aise. Celle qui a fait campagne pendant des mois pour les élections législatives de mars dernier dans les rues de Cali, troisième ville de Colombie, le répète : son combat est collectif. « Je n’ai jamais été seule dans mes luttes, pour élever la voix ou dénoncer. Je travaille toujours avec différentes associations des droits de l’homme », souligne-t-elle. Francia Marquez est une femme d’action et de terrain. Avant d’être une défenseuse (**Note: défenderesse**) de l’environnement reconnu par le prix Goldman, en avril, elle est une des figures nationales des luttes afro-colombiennes. Elle participe à toutes les manifestations ou réunions avec le gouvernement pour dénoncer et défendre les droits de son peuple et de ses territoires. Elle a notamment participé aux négociations de paix à La Havane entre le gouvernement et les Farc en 2016.

Cette petite femme discrète de 36 ans se décrit comme une simple étudiante en droit de l’université de Cali. Francia Marquez vient de Yolombo, un village appartenant à la communauté de La Toma, dans le nord de la région du Cauca. Dans les montagnes de la cordillère des Andes occidentale, elle a grandi sur des terres ancestrales appartenant aux Afro-colombiens, descendants d’esclaves installés dès 1636. La population vit de l’exploitation artisanale des mines d’or, de l’agriculture, de la pêche dans les fleuves des alentours et de l’artisanat. Francia Marquez a vécu d’une enfance paisible au cœur d’une biodiversité riche, aidant sa famille à la mine comme aux champs. Sa mère est un pilier de la communauté, sage-femme là où il n’y a pas de médecin, soignant par les plantes, et elle a transmis ce savoir-faire à sa fille. Parmi ses onze frères et sœurs, Francia Marquez a décidé de se consacrer à l’art et à la culture de sa communauté. À 14 ans, elle a remporté une bourse pour étudier l’art dramatique et la chanson. « J’étais une jeune fille pleine de vie, toujours en train de chanter et de danser dans les fêtes du village, j’étais douée et je voulais en faire mon métier », sourit-elle, nostalgique.

Un scandale environnemental qui se joue sous les yeux impassibles des autorités locales 

En 2002, elle a vu arriver les paramilitaires puis les multinationales dans ses montagnes, tous attirés par l’exploitation minière à grande échelle. « Le gouvernement a autorisé des forages et donné des concessions aux grandes entreprises. Mais en 2009, ça a été la décision de trop : le gouvernement a demandé à notre communauté de partir ! J’ai alors décidé de m’engager auprès de notre conseil communautaire, notre instance de décision collective », explique-t-elle. Cet engagement était plus fort qu’elle. « La lutte est dans mes gènes, la lutte de mes ancêtres, des esclaves. J’ai senti que je devais le faire pour honorer leur mémoire. Ils se sont battus pour cette terre, pour notre liberté. Nous avons la responsabilité de sauvegarder cet héritage, pour ma famille et pour les générations futures, afin qu’elles puissent vivre en paix et dans de meilleures conditions que nous. » À 28 ans, la jeune femme s’est informée, se tournant vers des associations afro-colombiennes à Cali et entreprenant des études de droit. Forte de ses connaissances, elle a monté un recours en justice auprès de la Cour constitutionnelle colombienne.

La Constitution de 1991 protège les droits des minorités ethniques du pays et leur territoire. « Elle oblige le gouvernement ou un investisseur privé à nous consulter avant tout projet sur nos terres. Or, nous n’avons jamais été consultés. La Cour constitutionnelle a donc reconnu notre demande et le gouvernement a été obligé de reculer et d’annuler les autorisations d’exploitation minière. Mais cela n’a pas empêché les groupes armés paramilitaires de continuer et de multiplier les mines illégales », dit-elle encore. Pour cette amoureuse de la nature, c’est un scandale environnemental et sanitaire qui se joue sous les yeux des autorités locales qui, selon elle, restent corrompues.

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Auteur Sarah Nabli pour ReporTerre

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