À Rouen, l’eau potable menacée par un dépôt géant de pesticides…

Si vous habitez la région, voilà le projet décidé par la préfecture de Seine-Maritime. Il faudrait exiger la construction sur le site, d’un logement pour le préfet et les siens. Il sera sur place pour témoigner, de la pureté de l’eau et de la sûreté de ce centre géant de stockage de pesticides, puisqu’il n’a pas tenu compte du rapport géologique.

© Julie Lallouët-Geffroy/Reporterre

À Vieux-Manoir (Seine-Maritime), au nord de Rouen, le site de stockage de la société Odièvre héberge aujourd’hui 100 tonnes de produits phytosanitaires. La coopérative agricole Cap Seine, propriétaire d’Odièvre, a entrepris des travaux pour faire passer ce seuil à 4.000 tonnes, ce qui classera le site en Seveso seuil haut. Les militants écologistes et riverains s’opposent à ce projet depuis le début, le jugeant contradictoire avec la volonté du gouvernement de réduire la consommation de ces substances dans l’Hexagone, mais aussi parce qu’ils s’inquiètent des conséquences sanitaires et environnementales. Et il y a de quoi.

Alors que la préfecture se penchait sur l’étude d’impact et d’autres documents justifiant la construction de cette nouvelle plateforme de pesticides, elle a sollicité le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) pour en savoir plus sur les conséquences éventuelles pour la qualité des eaux qui approvisionnent la métropole de Rouen. Ce rapport a été rendu aux autorités le 6 juin 2017. Le 21 du même mois, la préfecture signait l’autorisation d’exploitation du site.

« Ceci conduirait à mettre en péril l’alimentation en eau potable du secteur, et notamment au niveau de la métropole Rouen Normandie »

Ce rapport du BRGM, aucun militant n’a pu le consulter pendant des mois, à croire qu’il s’était perdu entre les services. À force de sollicitations auprès des autorités, puis de la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada), les associations Vieux-Manoir en colère, celle de défense et de promotion des cinq communes du plateau de Buchy et France nature environnement ont obtenu sa divulgation.

Voici sa conclusion : « Dans l’état des connaissances actuelles, il ressort que le risque est a priori élevé, que des polluants introduits dans le sous-sol au droit du site du Projet Odièvre, se retrouvent à court, moyen ou long terme dans plusieurs captages destinés à l’alimentation en eau potable situés en aval, en particulier dans ceux situés dans les vallées du Crevon, du Haut-Cailly, voire du Robec. Ceci conduirait à mettre en péril l’alimentation en eau potable du secteur, et notamment au niveau de la métropole Rouen Normandie. »

En entrant dans le détail du rapport, on apprend que l’on ne sait rien de la géologie précise des sols du secteur où se construit l’infrastructure de stockage de pesticides. La région, en particulier ce secteur, se caractérise par un sol de craie, où le karst est très présent. Autrement dit, le sol normand est un gruyère et des cavités s’y forment, s’y déplacent. Des pans de maisons s’effondrent d’ailleurs parfois à cause de cela.

En cas de pollution chimique, les substances pourraient s’infiltrer rapidement dans les sols et dans les nappes phréatiques, jusqu’à atteindre les stations de traitement en eau potable de la métropole de Rouen, qui compte 500.000 habitants.

Le rapport du BRGM préconise donc, et à plusieurs reprises, de réaliser une étude complète de la composition des sols, de recenser de façon exhaustive les cavités existantes et de mettre en place un dispositif de suivi pour s’assurer que des cavités ne se forment pas, rendant les systèmes de prévention des risques du site inefficaces, en l’occurrence un bassin d’infiltration et un autre de rétention.

Seveso « seuil haut », la dénomination correspondant aux sites à risque d’accidents majeurs

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Lire l’article complet de Julie Lallouët-Geffroy pour Reporterre

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