Création monétaire et démocratie

Régis Chamagne, auteur du blog regischamagne.fr et nouveau membre de la monnaie libre en Occitanie, nous offre un regard clair, précis et accessible sur la création monétaire.

De la monnaie dette à la monnaie libre, pour reprendre le pouvoir sur la création monétaire, il n’y a qu’un pas. Le ferez-vous pour vous et pour les générations futures ?

Bonne lecture – M.G.

Le banquier autrichien Mayer Anselm Rothchild (1803 – 1874) a déclaré : « Donnez-moi le droit d’émettre et de contrôler l’argent d’une nation, et alors peu m’importe qui fera les lois. »

En somme, ce que dit ce banquier, c’est que la création et le contrôle de la monnaie constituent le véritable instrument de gouvernement d’une nation. Celui qui crée et contrôle la monnaie d’une nation peut décider de favoriser les secteurs, les activités, les personnalités de son choix, et pas les autres. Il peut par exemple décider d’émettre de la monnaie pour construire un système médiatique puissant afin de diffuser les idées qu’il veut promouvoir. Ce système médiatique peut aussi faire la promotion des individus qu’il veut placer aux postes officiels. Et un beau matin, vous êtes tout surpris de voir un type tel que Micron-Jupiler à l’Élysée. Vous êtes surpris, mais pas ceux qui créent et contrôlent la monnaie.

Comment se crée la monnaie ?

John Kenneth Galbraith (1908 – 2006), conseiller économique de plusieurs présidents des États-Unis, a déclaré : «  Le processus par lequel les banques créent de l’argent est si simple que l’esprit résiste à y croire. » Et Graham F. Towers, directeur de la Banque du Canada de 1934 à 1954, de préciser : « Chaque foi qu’une banque accorde un prêt, un nouveau crédit bancaire est créé – ce sont de nouveaux dépôts – de l’argent entièrement nouveau. »

La monnaie, c’est de la dette

Les banques créent tout simplement l’argent qu’elles prêtent, à partir de rien, sur la promesse de remboursement des emprunteurs, de leur emprunt plus les intérêts. Quand vous empruntez 100 à une banque, elle écrit 100 sur votre compte, et en miroir, elle écrit -100 sur le sien. Mais vous devez des intérêts de 5 % par an. Vous êtes donc asservi à votre banque qui gagne 5 chaque année, sans travail, tandis que devez travailler pour récupérer ces 5. La banque peut décider de réinjecter ces 5 dans l’économie pour vous faire travailler à son profit indéfiniment. Elle peut aussi décider de les stocker. Il y a alors des intérêts manquant dans l’économie et au bout de vingt ans, vous êtes en faillite. Il y aura négociation et la banque pourra acheter à vil prix tout ce qu’elle estime comme étant la base économique de la prochaine génération d’êtres humains.

Le film d’animation de Paul Grignon explique de façon très pédagogique le mécanisme de la création monétaire.

L’exemple que j’ai utilisé est tiré du livre de Stéphane Laborde « La théorie relative de la monnaie » disponible à cette adresse.

Même les États ?

Qu’en est-il des États ? On pourrait s’imaginer que la monnaie est créée par les États, tant cette fonction est régalienne. Ce n’est plus vrai en France depuis 1973, depuis la loi que l’on a appelé Pompidou-Giscard-Rothchild, loi entérinée par l’article 104 du Traité de Maastricht et transposée dans l’article 123 du Traité sur le Fonctionnement de l’UE. L’État français s’est interdit tout recours à des emprunts sans intérêt auprès de la Banque de France, donc toute création monétaire. Pour se financer, il doit emprunter auprès des banques privées avec intérêts. Cette année, le service de la dette, c’est-à-dire le remboursement du capital et des intérêts, devrait se monter à 161,2 milliards d’euros. C’est le premier poste budgétaire de l’État mais curieusement il ne fait pas l’objet de grands débats à l’Assemblée Nationale. En 2018, l’État prévoit d’emprunter 200 milliards.

Création monétaire et démocratie

Si l’on revient à la première citation de Mayer Anselm Rothchild, il semble alors évident qu’il y a un lien ombilical entre la création monétaire et la démocratie, la véritable démocratie. A minima, le peuple, par l’intermédiaire de ses représentants, doit récupérer le premier instrument fondamental de sa souveraineté : la capacité de battre monnaie. C’est du reste inscrit dans les orientations politiques de LF. Ce faisant, le pouvoir de création monétaire reviendrait à la nation, espace naturel de l’exercice de la démocratie. Néanmoins dans ce cas, il y aurait toujours confiscation de la décision par quelques uns, selon des codes pas toujours transparents ni compréhensibles par tous. Cette asymétrie peut en revanche être effacée dans le cas d’une monnaie libre. La théorie relative de la monnaie (TRM) développée par Stéphane Laborde explique tout cela.

La monnaie libre rend libre

Sommairement, l’idée est que la monnaie est créée par tous les individus de la zone monétaire, à travers le mécanisme de dividende universel. Chaque jour, chaque individu de la zone monétaire se voit crédité d’une certaine somme d’argent. Cette somme, la même pour tous, est de la création monétaire pure qui est distribué à chacun. C’est le dividende universel. Il évolue dans le temps car son calcul est une fonction mathématique qui dépend de l’espérance de vie des humains de la zone considérée, de la masse monétaire de la zone (l’argent en circulation) et du nombre d’individus. C’est donc bien l’être humain qui est au centre de cette forme de création monétaire, philosophiquement et mathématiquement. Les conséquences de la mise en place d’une telle monnaie serait qu’il n’y aurait plus de pauvreté d’une part, et probablement plus de super-riches d’autre part. Cela engendrerait d’autres types de comportements, basés sur les échanges et sur la loi de l’offre et de la demande véritable, non biaisée.

Le vrai pas de côté

Une telle monnaie existe déjà depuis un an. Elle a été développée par des mathématiciens et des informaticiens. Elle se nomme la june (symbole Ğ1). On peut ouvrir un compte sur ce site par exemple.

La raison d’être d’une monnaie-dette, ce sont les intérêts de la dette tandis que la raison d’être d’une monnaie libre, c’est l’être humain.

Régis Chamagne

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☛ Régis CHAMAGNE donnera une conférence à Montpellier samedi 10 février 2018 à 16h au Dôme, organisée par l’Université Réelle. Thème de la conférence : Le système peut-il s’effondrer ? En fin de conférence il évoquera la monnaie libre …

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