Oncologues américains et français dénoncent l’inflation injustifiée du coût des traitements vendus par les laboratoires pharmaceutiques

Le cancer? Juste une histoire de gros sous, la santé du patient est secondaire…

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«On ne peut plus continuer, le système va exploser», met en garde le professeur Jean-Paul Vernant dans son petit bureau de la Pitié-Salpêtrière. Ce cancérologue, avait été, en 2013, l’auteur du rapport préfigurant le quatrième plan national contre le cancer, centré sur la lutte contre les inégalités. Alors que se tient ce jeudi la Journée mondiale contre le cancer, ce médecin semble un peu perdu. Voilà des mois que lui et quelques autres s’alarment de l’explosion des prix des traitements contre cette maladie. La directrice de l’Institut national contre le cancer (Inca), Agnès Buzyn, qui va prendre ces jours-ci la direction de la Haute Autorité de santé, ne dit pas autre chose : «C’est le paradoxe, on a des médicaments qui marchent de mieux en mieux, mais nous ne pourrons plus continuer à les rembourser à des prix aussi élevés. Il faut imaginer collectivement un nouveau système pour faire baisser les prix.

Car à terme, cela ne sera plus tenable financièrement.»

Le mois dernier, c’est la Ligue nationale contre le cancer qui, dans un appel solennel, a lancé la fronde : «Nous sommes face à des prix injustes et exorbitants des médicaments innovants qui menacent notre système de santé et créent des inégalités entre les malades.»

Les prix s’emballent

Le constat est impressionnant. Dans le monde, le coût des médicaments contre le cancer représentait en 2004 24 milliards de dollars (21,7 milliards d’euros). En 2008, 40 milliards. Et en 2014, 80 milliards sur les 650 milliards de dollars du coût global des médicaments. Si rien n’est fait, en 2020, ils représenteront 155 milliards de dollars, soit un doublement en six ans. Un exemple : «La prochaine molécule qui devrait arriver en France contre le traitement du mélanome, appelée Keytruda, coûterait plus de 100 000 euros par an pour chaque patient traité», précise la Ligue. «100 000 euros de traitement, c’est trois fois le revenu moyen d’un ménage en France. Cela pose un problème économique, éthique et d’équité», dit Franck Chauvin, administrateur de la Ligue.

Pourquoi cette explosion des tarifs ?

Hier, schématiquement, ce qui définissait le prix d’un médicament était le coût de la recherche et du développement pour le concevoir. «Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, la recherche, c’est moins de 15 % des budgets, le marketing représentant au moins le double», fait remarquer Jean-Paul Vernant. Nous sommes dans une autre logique. Les «big pharma» (les grandes industries pharmaceutiques) justifient le prix proposé par le service rendu par leurs produits. Exemple : le laboratoire américain Gilead, qui a proposé des nouveaux médicaments contre l’hépatite C, met en avant le fait que ses molécules vont éviter des cirrhoses, des cancers du foie et des hospitalisations. «C’est une logique absurde», tempête le professeur Vernant. «Si un tel raisonnement avait été tenu il y a quelques années, le prix du vaccin contre la polio aurait été énorme.»

Deuxième critère : le prix est lié à la capacité de payer de celui qui achète. Pour dire simplement, plus le pays est riche, plus le patient peut payer pour quelques mois de vie en plus.

Exemple de ces dérives : une molécule pour une forme particulière de leucémie a été mise sur le marché, il y a cinq ans, au prix de 30 000 dollars par an et par patient. En 2015, elle est vendue 80 000 dollars aux Etats-Unis. «Cette hausse n’a aucune autre raison que le fait que le patient peut payer», s’alarment des oncologues américains dans un texte commun. Parallèlement, les outils de production se sont simplifiés.

 

 

Source: Libération via 2012un-nouveau-paradigme.com

 

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