Faillite de la démocratie occidentale : une dérive totalitaire à son point d’achèvement

La (brève) campagne pour le référendum grec aura achevé de faire tomber les derniers oripeaux de l’idée démocratique à l’occidentale. Et confirmé la dérive clairement totalitaire d’une élite dirigeante aux abois.

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La machine de la terreur (“Quotidien des Rédacteurs” du 2 juillet 2015)

A-t-on jamais vu pareil déchaînement contre un gouvernement ayant décidé de consulter ses citoyens quant au chemin délicat qu’il entendait emprunter ?

  • Intrusion grossière dans un processus démocratique avec des appels, que dis-je, des injonctions à voter oui de la part des autorités européennes :

« Un non des Grecs au référendum serait un non à l’Europe » (Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne).

  • Menaces ouvertes de représailles en cas de vote contraire à ces injonctions, comme celle de Jeroen Djisselbloem, président de l’Eurogroupe, avertissant que toute négociation serait close si la Grèce vote « non ».
  • Appel sans phare à un coup d’État : Martin Schultz, président du Parlement européen, ne vient-il pas d’exprimer son souhait de « voir la fin de l’ère Syriza en cas de victoire du « oui »aux réformes, pour qu’un gouvernement de technocrates puisse être formé » ?
  • Mensonges éhontés pour appuyer des arguments comme cette déclaration du ministre français Sapin invoquant de prétendues interventions de pays jaloux des « largesses » accordées par le FMI à la Grèce (affirmations solennellement démenties par les intéressés, l’Argentine et le Brésil, ceux-là prenant au contraire fait et cause… pour le gouvernement Tsipras !).
  • Pressions intérieures tout aussi brutales comme ce chantage révélé par Panagiotis Grigoriou sur son site Greek Crisis : en juin, des entreprises privées grecques n’ont payé que la moitié des salaires de leurs employés, en menaçant ces derniers de s’exposer à des licenciements massifs en cas de victoire du « non ».

La répression comme ultime méthode de gouvernement

Mais ces dangereuses dérives ne se limitent pas au seul cas grec. Celui-ci n’est au contraire que le point d’achèvement de l’idée démocratique à l’occidentale. Car il faut avoir les yeux et l’esprit sérieusement crottés pour ne pas en avoir vu se multiplier les signes de plus en plus criants de la tentation totalitaire :

  • La remise en cause sans complexe de tous les résultats électoraux « non conformes » : après le référendum français de juin 2005, les législatives grecques de janvier 2015 avaient déjà fait l’objet de ces remises en cause à peine voilées.
  • La militarisation galopante de l’espace démocratique : non seulement en Ukraine et dans les ex-pays dits de l’Est, mais également sur toutes les Zad récalcitrantes et dans tous les quartiers « échauffés » (cf. l’équipement des Robocops policiers abondamment déployés par les autorités en poste).
  • La multiplication des mesures répressives et liberticides : mises sur écoutes de tous les citoyens, limitation draconienne du droit de manifester comme en Espagne, répression féroce contre tous les lanceurs d’alerte tels Julian Assange ou Edward Snowden…
  • L’assujettissement complet des moyens d’informations devenus purs instruments de propagande au service de la pensée unique, comme on a pu encore le vérifier avec la curée médiatique contre le référendum grec, tant dans les pays satellites européens qu’en Grèce même où TOUS les médias privés se sont faits les hérauts du « oui ».

Des ennemis

Cette fuite en avant totalitaire, qui ne prend même plus soin de se draper dans les oripeaux de l’apparence démocratique, illustre bien plus un désarroi qu’une position de force des dirigeants occidentaux. Ceux-là n’ont tout bonnement plus d’autres moyens, ni financiers, ni économiques, ni politiques, encore moins sociaux, d’assurer leur autorité auprès de leurs ouailles.

Pas d’autres moyens non plus, et c’est peut-être le plus important, de préserver les intérêts très privés de leurs commanditaires. Car là où les citoyens russes et chinois ont encore des chefs d’État, les populations occidentales n’ont plus depuis longtemps que les VRP appointés des lobbies de ces intérêts privés.

Dès lors, le spectacle démocratique n’a plus pour but que de valider le degré de soumission des majorités à leurs maîtres. Et l’effondrement de pratiquement tous les fondamentaux du système occidental néolibéral ne peut conduire qu’au chaos politique.

Le fossé est désormais définitif entre les citoyens et ceux qu’on ose plus appeler leurs « représentants ». Quel qu’en soit l’issue, le résultat du référendum grec témoignera vite de cette rupture irréductible. Car quoi qu’en dise Alexis Tsipras, une victoire du « non » n’infléchira en rien la position inflexible de la Troïka. D’adversaires politiques, ceux-là sont clairement devenus des ennemis.

Source: Arretsurinfo.ch

 

15 commentaires

  • Blackice

    ils ont du mal avec la democrassie les technocrates de Bruxelles. c’est sur.
    en tout cas, si le oui l’emporte que les Grecs ne viennent pas se plaindre si ont leur réduit les pensions de retraite de 20% ou leurs salaires de même TVA a 21% etc..etc..
    ils ont une occasion unique de faire trembler cette Europe ultra libérale du fric et des requins banksters qui étouffe les peuples.
    beaucoup d’autres nations aimerait pouvoir s’exprimer et donner leur avis sur la question.
    en tout cas, si demain les Grecs votent oui. qu’ils ne viennent pas se plaindre.

    • verisheep

      Un peu simpliste comme raisonnement: si d’aventure le résultat du référendum est « oui »,ça ne signifiera pas que tous les grecs ont fait ce choix pour autant…
      Et si ce référendum avait lieu en France, je suis prêt à parier que le résultat serait un « oui » massif.

      Je n’ai pas voté Sarkozy puis Hollande (ni rien d’autre d’ailleurs), et même si la majorité des français l’on fait (ce qui objectivement est faux si on tient compte de l’abstention et du vote blanc) je pense pouvoir légitimement me plaindre de la politique menée soit-disant en mon nom par ces deux ordures.

      • Le veilleur

        Les Français l’on fait en 2005, ils ont voté NON mais à quoi ça a servit de voter si tout est décidé d’avance pour nous imposer le OUI.

        Ils vont faire comme avec le référendum d’Ecosse, ils vont truquer les votes et tout continuera comme avant jusqu’à la déchéance totale de l’Europe. Mais je garde une lueur d’espoir en espérant que je me trompe et que les Grecs voteront NON.

      • engel

        Verisheep,
        Dans une démocratie majoritaire, la « décision du peuple » c’est plus de la moitié et non un consensus absolu de tous!

        Dès lors dans le langage courant, le terme « les grecs » désigne l’ensemble des citoyens dans sa composant collective dénommée « peuple » et non, chaque individu à titre personnel.

        Donc, les grecs seront bien responsables.
        ..Du moins, tout autant que le sont les français d’avoir acceptés passivement de se faire violés par un traité constitutionnel européen pourtant démocratiquement et majoritairement refusé. http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_sad.gif

      • verisheep

        Engel, cette réponse me surprend de ta part.
        Une « démocratie majoritaire » serait un système ou le peuple décide à la majorité des lois auxquelles il consent à obéir, ce n’est pas le cas du système électoral ploutocratique actuel…

        « en tout cas, si demain les Grecs votent oui. qu’ils ne viennent pas se plaindre »
        Si on suit le raisonnement de Blackice, ce blog n’a pas lieu d’être, puis-qu’étant en « démocratie majoritaire » nous sommes collectivement responsables des dérives qui y sont dénoncées; donc qu’on ne viennent pas se plaindre!

        L’assemblée nationale élue à la majorité ayant investi Pétain des pleins pouvoirs en 40, les français étaient de ce point de vue collectivement responsables du régime de Vichy; la Résistance française était donc illégitime?
        Le peuple américain est-il responsable de Guantánamo?
        Le peuple français est-il responsable de la destruction de la Libye?
        Si 51% d’un groupe donné a un comportement criminel, doit-on, au nom de la responsabilité collective du groupe, mettre en tôle les 49% n’ayant participé d’aucune manière à ces agissements ?
        http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_unsure.gif

        Ce n’est pas ma façon de voir les choses: cette notion de responsabilité collective d’un peuple, parce qu’elle présuppose une homogénéité sociale parfaite, ne me semble pas pertinente. Elle est d’ailleurs à la base de la plupart des doctrines racistes.

        Nous ne sommes pas responsables des actions commises ou des décisions votés par d’autres.
        Il est au contraire légitime et nécessaire de pouvoir les contester.

  • Planete bleu Planete bleu

    Très beau discourt d’Alexis Tsipras à son peuple

    Alexis Tsipras : « La liberté demande de la vertu et de l’audace

    http://www.humanite.fr/alexis-tsipras-la-liberte-demande-de-la-vertu-et-de-laudace-578699

  • Un constat de plus, précis et juste mais non surprenant, de ce qu’est réellement l’UE.
    En annexe et directement en rapport: http://www.youtube.com/watch?v=KAxV2OE9SYI .

  • samlours94

    Les Grecs demain vont voter OUI, c’est du sur et certain hélas.
    Quand votre patron menace de ne plus vous payer votre salaire en cas de NON à ce référendum, alors de deux choses l’une : soit vous vous pliez comme un animal bien dressé, soit vous lui dites d’aller se faire foutre !
    Les Grecs, comme tous les peuples, vont étaler demain au grand jour leur lâcheté et leur soumission au pire des systèmes. Et ceci, le parti au pouvoir Syriza le savait au moment même où il a pris ce pouvoir et en ceci il est complice de ce qui va arriver! Demain nous saurons alors de quoi se compose un peuple en pourcentage et même ceux qui ne se seront pas déplacés devront être comptabilisés dans les OUI forcément!La vraie question d’un référendum à ce moment de déliquescence d’un pays comme la Grèce était : Voulez vous OUI ou NON sortir de l’€ et de l’UE ? En posant d’emblée une question batarde, Syriza démontre hélas sa connivence avec le IV è Reich Européen !!!
    Mais au delà du résultat de ce référendum, gardons à l’esprit qu’il s’agit pour les dictatures formant l’UE de tester en grandeur nature ce qu’ils feront aux autres peuples ensuite. L’Espagne, l’Irlande, l’Italie suivront puis ce sera la France qui subira les mêmes exigences de ces ordures qui nous gouvernent.
    Et même si en France, Mme Lepen par miracle venait à prendre le pouvoir, elle ne nous sortirait pas pour autant de ce piège, bien au contraire ! Les seuls partis qui seront crédibles en France dorénavant seront ceux qui proposeront SANS AMBIGUITÉ la sortie pure et simple de cette dictature !
    Pour le fun, j’adorerais que le peuple Grec se trouve des couilles …mais je n’y crois pas un seul instant !

    • Grand marabout Grand marabout

      toute l’europe est dans une nasse financière
      http://fr.sott.net/article/25934-Le-Trou-Noir-Financier-origine-et-destinee
      via le saker:
      Et comme les pays de la périphérie sont maintenant financièrement trop faible pour résister, ils peuvent facilement être transformés en fourrage à trou noir.

      Cela se fait par la vente à la découpe du pays avec une dette extérieure qui ne pourra jamais être remboursée, puis en forçant à continuer à payer cette dette en en faisant une condition impérative pour maintenir la bouée de sauvetage financière, qui garde les banques ouvertes, les distributeurs automatiques de billets remplis, les lumières allumées, etc…[tout ce que vous avez aimé précédemment, NdT].
      Pour être en mesure d’effectuer les paiements, le pays est contraint de démanteler son économie et sa société à travers l’imposition de l’austérité, de tout privatiser, en vue d’en faire des garanties pour plus de prêts, et d’abandonner sa souveraineté à des organisations transnationales, comme le FMI et la BCE, qui sont directement impliquées dans les soins et l’alimentation du trou noir.

    • Jujusmart

      Vous, vous ne croyez pas en la force de survie d’un peuple, moi par contre, je ne crois pas du tout que ce referendum se passera sans fraude.
      Si le non l’emporte, il deviendra un oui à quelques suffrages près !
      On a tué JFK pour moins que ça ! Tsapiras est toujours en vie, l’Europe est tranquille, elle sait que ce qu’elle veut elle l’aura par la triche

      • Jujusmart

        Autre remarque : personne ne remarque que depuis quelques années, dans nos pays européens, chaque fois qu’il y a élection, c’est quasi du 50/50 ? On est préparé depuis des années à croire que le peuple est divisé. Juste moitié/moitié.
        Pourquoi ? Il est plus facile d’arranger des suffrages quand les gens ne se posent pas de questions et sont persuadés que 1 sur 2 pense le contraire de lui.
        Mais dans la réalité, quand on parle avec son entourage, si on veut faire un échantillonnage, est-on vraiment divisé en 2 ? Non. Il y a quelques « aveugles » et quelques « arrivistes » dans chaque groupe, mais la majorité pense pareil. Sauf dans les urnes où ce serait 50/50 ? Allez … Bêeeee

      • engel

        Une autre option et simple hypothèse:

        Et si ce référendum avait l’aval des très grands maîtres marionnettistes en chef?

        ..Ne pas oublier que cet Euro est une machination faite sciemment pour ne pas fonctionner et affaiblir « l’ancien monde ».

        Ordo…

    • engel

      Raison ou tort demain nous saurons.
      Le peuple est « lâche et con » et c’est justement pour cela qu’il est parfois imprévisiblement surprenant.

  • Thierry92 Thierry92

    C’est au tour des grecs d’envoyer l’europe se faire voir chez Goldmann-sachs. Et aux institutions européenne de payer la vaseline avec le défaut grec. Le montage financier qui a servi a faire entrer la Grèce dans l’ue a été fait par les banques. Donc normal que les banques s’assoient dessus.

  • Thierry92 Thierry92

    Extrait de l’article de sputnik.

    Les adversaires de l’actuel gouvernement grec cherchent à dénaturer l’essence du référendum du 5 juillet en substituant à la question de l’attitude envers l’ultimatum des créanciers la question de la présence de la Grèce dans l’UE, estime Christoforos Vernardakis, secrétaire général chargé de coordonner le travail du gouvernement.

    « Ils s’efforcent de dénaturer l’essence du référendum. La Grèce est membre de l’Union européenne. Il ne s’agit pas de la voir quitter un jour cette organisation », a déclaré M. Vernardakis.

    http://fr.sputniknews.com/international/20150704/1016843630.html

    Donc une fois de plus Norbert a raison . Asselineau nous l’a bien dit.