Les réacteurs nucléaires naturels existaient déjà il y a 2 milliards d’années au Gabon…

Vu le titre, il était un peu normal de lire l’article attentivement, article que je n’ai pas trop bien compris, les termes étant assez « techniques ». A mon humble avis, j’ai eu la désagréable impression, qu’il y avait une intention, de nous faire accepter l’enfouissement des déchets radioactifs, ( ça n’engage que moi). Est ce que le terme « réacteurs nucléaires naturels » est bien approprié? Il n’est pas question de mettre en doute, la compétance de l’auteur de l’article, qui possède un bagage que nous n’avons pas pour la plupart, mais la vulgarisation de la science, passe par la simplification des termes pour les lecteurs lambda. Votre avis est le bienvenue…

film-cauchemar-du-nucleaire-arteNos premiers réacteurs nucléaires datent des années 1950… et suivent de près de 2 milliards d’années les 17 « réacteurs » naturels qui ont fonctionné de manière stable pendant 100 000 à 500 000 ans sur une période d’environ un million d’années. Ils produisirent de l’énergie avec des rendements modestes (100 kilowatts en moyenne par réacteur, bien inférieurs aux réacteurs actuels produisant 1 à 1,5 gigawatt, soit au moins 1 000 fois plus).

Ces réacteurs se sont formés entre 12 et 250 m de profondeur dans les couches gréseuses du Paléoprotérozoïque[1] du bassin sédimentaire de Franceville au sud du Gabon à Oklo (16 réacteurs) et à 30 km au SE d’Oklo à Bangombé (un seul réacteur) suite à une série de processus géologiques aléatoires qui ont mené à un enrichissement de l’uranium. La taille de ces réacteurs est variable, le plus grand, situé à 18 m de profondeur, formant une lentille épaisse de 20 à 50 cm sur 12 m de longueur. Leur « cœur » consistait en une couche de 5 à 20 cm d’épaisseur d’uraninite (40 à 60% d’UO2) emballée dans des argiles d’altération formées à 400° C suite à la fission nucléaire. Les produits radioactifs (plutonium, thorium, plomb…) sont pour la plupart restés à proximité des réacteurs depuis 2 milliards d’années, sans causer de dommages particuliers (l’encaissant n’a été affecté que sur quelques centimètres à quelques mètres), ce qui montrerait que le stockage géologique des déchets radioactifs est possible sur de longues périodes de temps.

Les conditions de fonctionnement de ces réacteurs naturels étaient semblables aux actuels basés sur la production des neutrons rapides. Ces derniers sont ralentis par un modérateur (eau ou graphite) et un agent refroidissant (eau) permettant l’entretien de la réaction de fission de l’235U, un des trois isotopes[2] uranifères présents sur la Terre (0,720 % de l’uranium naturel) avec l’238U (99,275 %) et l’234U (0,005%). L’235U étant peu abondant par rapport à l’isotope 238U doit donc être artificiellement enrichi (3 à 4 %) afin d’être utilisé comme combustible dans les centrales nucléaires actuelles. La réaction peut être spontanément initiée par l’238U. La réaction de fission en chaîne nécessite également des absorbeurs de neutrons (cadmium, iridium, carbure de bore) sous forme de barres mises en contact avec le combustible (il s’agit de barres de contrôle permettant de museler la réaction en chaîne). Il y a 2 milliards d’années le taux d’235U présent dans l’uranium naturel avec l’238U était beaucoup plus important qu’aujourd’hui car la vitesse de désintégration de l’235U est six fois plus rapide que celle de l’238U, l’uranium naturel pouvait ainsi être à la base d’une réaction en chaîne spontanée. Finalement il faut quatre conditions pour qu’un réacteur naturel puisse exister :

  1. une couche sédimentaire suffisamment épaisse (quelques décimètres) permettant à l’238U d’initier la réaction,
  2. suffisamment d’235U pour entretenir la fission,
  3. un élément modérateur ralentissant les neutrons produits et
  4. une absence d’éléments trop absorbeurs de neutrons qui arrêteraient la réaction de fission.

Comment toutes ces conditions furent-elles réunies à Oklo il y a 2 milliards d’années ? À la formation de la Terre (4,57 Ga)[1], l’235U était plus abondant (30 %) et suite à la désintégration radioactive, son abondance passa à 3,6 % au Paléoprotérozoïque (2,0 Ga), suffisante pour engendrer une fission nucléaire auto-entretenue à condition que cet uranium soit assez concentré, qu’il y ait une substance modératrice probablement l’eau et qu’il n’y ait pas d’autres absorbeurs de neutrons à proximité. En 1972 le BRGM[3] était à la recherche d’uranium pour les centrales françaises. Il découvrit au Gabon un minerai anormalement appauvri en 235U, avec une valeur de 0,717% – parfois encore plus faible dans certains échantillons – au lieu de 0,720% qui est la teneur naturelle de cet isotope. Cette différence qui paraît minime est en fait considérable et est liée à une consommation d’235U dans les réacteurs nucléaires naturels. L’235U n’a pu se concentrer plus tôt (c’est à dire entre 4 et 2 Ga) à cause du manque d’oxygène, les conditions réductrices qui régnaient à cette époque empêchant la mobilité de l’uranium. L’oxygène apparu vers 2,4 Ga1 avec le développement des cyanobactéries et de la photosynthèse provoqua l’oxydation de la plupart des minéraux. C’est ce qui se passa à Oklo, dans la partie supérieure d’une couche d’un grès marin qui contenait de faibles quantités de minéraux uranifères (monazite, thorite, uraninite). Ce grès était localement affecté d’un réseau dense de fractures perméables qui fut infiltré latéralement et verticalement d’eaux oxydantes (très salines avec des températures de 100-170° C et des pressions de 800-1200 bars), qui provoquèrent la dissolution des minéraux ; ces eaux s’acidifièrent, et l’uranium étant plus facilement mobilisable dans ces conditions fut concentré (entre 20 et 60 %) et précipité à proximité, dans la couche de grès sous forme de phosphates et silicates à des températures de 400° C. La fission nucléaire démarra dès que la concentration en uranium atteignit 10 %. Ainsi deux des quatre conditions étaient réunies :

  1. concentration suffisante d’uranium naturel et
  2. avec également suffisamment d’235U.

Les deux autres conditions furent aussi réunies :

  1. l’hydrogène de l’eau qui percolait en continu dans le grès perméable joua un rôle de modérateur de neutrons, de même que les argiles et
  2. il n’y avait pas d’absorbeur important (par exemple le chlore) qui aurait pu arrêter la réaction de fission.

Aujourd’hui tout l’uranium ayant été exploité (28 000 tonnes ont été extraites de 1961 à 1999) il ne reste plus rien de ces anciens réacteurs, leur encaissant ayant été inondé et étant donc inaccessible. D’autres accumulations d’uranium étaient également présentes régionalement mais la convergence de toutes les conditions requises n’a pas permis la mise en route de réacteurs naturels supplémentaires. De tels réacteurs naturels ne peuvent plus se former aujourd’hui – et ce depuis ceux de Oklo – la teneur en 235U étant devenue trop faible. De même aucune bombe atomique à l’uranium n’a jamais pu se former naturellement depuis la formation de la Terre, l’isotope 235U n’étant jamais assez concentré (il faut au minimum 60 %, idéalement plus de 90 % de cet isotope, rappelons que sa concentration naturelle est de 0,720%), de plus il n’était pas mobilisable avant 2,4 à 2,2 Ga.

Notes

  1. Le Paléoprotérozoïque s’étend de 2,5 à 1,6 milliards d’années. (« Ga »). La formation de la Terre date de 4,568 Ga ± 0,003 Ga, les premiers organismes « développés » (métazoaires) apparaissent au Cambrien il y a 0.541 Ga ± 1 Ma, les premières bactéries à l’Archéen il y a 3,8 Ga. Le Précambrien est divisé en Hadéen, Archéen et Protérozoïque (ce dernier divisé en Paléo-, Méso- et Néoprotérozoïque). Le Paléoprotérozoïque voit l’avènement du « Grand Evénement d’Oxydation » il y a 2,4 Ga avec la production d’oxygène (dont la teneur dans l’atmosphère passa de 1 % à au moins 15 %) par les cyanobactéries.
  2. Définit les atomes qui ont le même numéro atomique, mais des masses différentes (c’est le nombre de neutrons qui diffère).
  3. Bureau de Recherches Géologiques et Minières basé à Orléans.

Rédacteur

Alain Préat, géologue, professeur à l’Université Libre de Bruxelles, département des Sciences de la Terre et de l’Environnement. – Version abrégée dans SPS n° 312

Auteur

Revue Science et pseudo-sciences

Source Notre-Planète-Info

Voir aussi:

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 Cartes et données actualisées

17 commentaires

  • Bonjour,
    Voici mon sentiment sur le commentaire de notre hôte:
    Il n’y a rien de nouveau dans le fait que des processus de fission nucléaire aient eu lieu dans le passé géologique de la terre. Je ne pense pas que cet article ait pour but la promotion de l’enfouissement des déchets et d’ailleurs il nous apprend que ces couches géologiques remontent à 2 milliards d’années. Ceci renforce un peu plus l’idée que pour envisager l’enfouissement, il faut garantir avant tout la stabilité géologique sur de grandes périodes. Le problème est que cette garantie reste basée sur des prévisions soumises aux aléas de la nature sans parler des intérêts financiers qui poussent toujours vers les solutions à moindres frais. N’oublions pas qu’il y a 2 milliards d’années, une pollution radiologique n’avait pas de conséquence et que si le hasard a bien fait les choses en ce temps, les hommes sont souvent dangereux dans les options qu’ils prennent en voulant imiter la nature.

  • Maverick Maverick

    Houlà … C’est pas récent, j’avais pas encore d’acné quand j’en ai entendu parler :-)
    Ce qui peut arriver naturellement n’a rien à voir avec la façon dont les Hommes le font maintenant : Du temps des romains, le pétrole se ramassait là où il affleurait, maintenant ça coûte des milliards, on fait la guerre et on a des pollutions du genre Deepwater Horizon ou Amoco Cadiz … :-(

  • Zugzwang

    L’article est intéressant. Personnellement, j’ai sauté tous les termes techniques et les chiffres, il ne reste qu’un texte explicatif sur « comment se sont créés les réacteurs géologiques ».

    Je ne pense pas non plus que ce texte soit une plaidoirie en faveur du nucléaire ou de l’enfouissement des déchets car le texte est surtout explicatif et évite d’imposer des idées toutes faites. J’ai par exemple « tiqué » sur cette phrase du texte :

    « Les produits radioactifs (…) sont pour la plupart restés à proximité des réacteurs depuis 2 milliards d’années, sans causer de dommages particuliers (…), ce qui montrerait que le stockage géologique des déchets radioactifs est possible sur de longues périodes de temps ».

    « Montrerait » est une forme conditionnelle qui n’affirme rien.

    Car si cette phrase était une affirmation, on pourrait alors élargir l’idée ainsi :

    « Puisque les réacteurs nucléaires existent depuis 2 milliards d’années sans créer de problème, alors il ne peut pas y avoir de problème avec nos installations nucléaires ».

    L’auteur est resté prudent, je pense qu’il a bien fait. Comme dit Maverick, « Ce qui peut arriver naturellement n’a rien à voir avec la façon dont les Hommes le font maintenant ».

    Pour le reste, je trouve le processus géologique intéressant.

  • Natacha Natacha

    La géologie ne cautionne pas le comportement arrogant et irresponsable de l’homme du XXIème siècle.

  • Lislotte

    L’article entretien la confusion. Il ne s’agit pas de réacteurs nucléaires tels que nous les connaissons, mais de phénomènes géologiques de formation des roches.

    Il faut aussi lire la note 1. sous l’article. La vie n’existait pas à l’époque, les premiers organismes vivants, microscopiques, sont apparus un milliard et demi d’année plus tard.

    La radioactivité est toujours présente naturellement dans de nombreux sols, mais tant qu’on ne va pas creuser et manipuler ces roches à longueur de journée, en surface elle est minime et pas dangereuse pour ceux qui vivent au-dessus.

    Rien à voir avec les centrales nucléaires actuelles, construite par des gens incapables d’en maîtriser le fonctionnement et les conséquences – on le sait depuis Tchernobyl et Fukushima. Ils ne savent pas quoi faire des déchets, ils se basent sur le principe que « la science trouvera bien une solution un jour ». Alors en attendant, ils les stockent en profondeur, sous terre ou sous mer, dans des contenants qui à court terme s’oxydent ou s’effritent, libérant une radioactivité qui n’a plus rien à voir avec celle des roches du précambrien – parce que beaucoup plus concentrée – et potentiellement dangereuse (le sarcophage de Tchernobyl a du être reconstruit plusieurs fois).

    Mais bah, tant qu’il y a du profit à se faire, hein.

    • PhildeFer

      ….les premiers organismes vivants, microscopiques, sont apparus un milliard et demi d’année plus tard….

      euh… le matin ou l’après-midi? ;-)

  • Sana-Kan

    Bonjour, je ne vais que peu intervenir sur ce site, mais en tant que géologue ce sujet m’interpelle, alors je vais essayer de faire de la vulgarisation de vulgarisation.

    Pourquoi est-ce qu’on appelle « réacteurs nucléaires naturels » ce qu’il s’est passé à Oklo il y a 2 milliards d’années ?
    Parce qu’il y a eu de la fission d’atomes d’uranium, ce qui n’arrive normalement que dans nos réacteurs, ou dans les bombes nucléaires. L’uranium est naturellement radioactif, mais à part dans certaines conditions bien précises, il ne fissionne pas. La radioactivité naturelle de l’uranium est causée par des « désintégrations » : de temps en temps un noyau d’uranium va perdre une toute petite partie de sa masse en émettant un particule et un rayonnement (les radiations). Lors d’un fission, un noyau d’uranium est bombardé par un neutron et va se briser en deux parties de masse à peu près égale, en émettant d’autres neutrons qui risquent de casser d’autres noyaux (c’est une réaction en chaîne). Pour les simples désintégrations, il n’y a pas de réaction en chaîne, chaque noyau d’uranium ayant la même probabilité de subir une désintégration, peu importe ce que font ses copains autour de lui.

    Quelle variété d’uranium est fissible ?
    L’uranium est composé majoritairement de deux variétés différentes (la troisième on s’en fout) : l’uranium 238 (238U, 99.3% de tout l’uranium), et l’uranium 235 (235U, 0.7% de tout l’unranium). Seul 235U est fissible, c’est à dire qu’il se brise quand il reçoit un neutron dans la tête. 238U n’est pas fissible, s’il se prend un neutron il va l’absorber (et ainsi se transformer en un autre élément). C’est pour cela qu’on enrichi notre uranium en 235U pour le combustible de nos réacteurs (à 3% de 235U contre 0.7% dans l’uranium naturel). 235U se désintègre plus vite que 238U, si bien qu’à l’époque de la formation de la Terre il y en avait beaucoup plus qu’aujourd’hui (30% de tout l’uranium, comme c’est précisé dans l’article). Du coup, les réactions de fissions devaient être plus faciles dans le passé. Sauf qu’avant 2.4 milliards d’années l’uranium ne pouvait pas se concentrer suffisamment.

    Pourquoi l’uranium ne pouvait pas se concentrer avant 2.4 milliards d’années ?
    L’uranium peut présenter deux états d’oxydation différent ; U4+ et U6+. Sous sa forme réduite (U4+), l’uranium est extrêmement peu mobile, il est insoluble dans l’eau et ne pas pas bouger des minéraux dans lesquels il est présent, et même si ces derniers sont altérés, il ne va pas bouger du sol dans lequel il se trouve. Sous sa forme oxydée (U6+), il est au contraire extrêmement mobile et est dissout très facilement dans l’eau. Avant 2.4 milliards d’années, l’atmosphère de la Terre ne contenant pas d’oxygène et était réductrice, si bien que l’uranium était très peu mobile et ne pouvait pas se concentrer. Après 2.4 milliards d’années, l’atmosphère a commencé à devenir oxydante, ainsi que l’eau circulant à la surface de la Terre. Cette eau oxydante circulant dans les sédiments contenant de l’uranium pouvait dissoudre cet uranium et ainsi le transporter. Si cette eau chargée en uranium rencontrait un milieu réducteur (comme des roches riches en matière organique par exemple), l’uranium revenait sous sa forme réduite et ne bougeait plus. C’est ainsi que l’uranium pouvait (et peut encore) s’accumuler par la circulation d’eau oxydante sur une barrière réductrice.

    Pourquoi il ne pouvait y avoir de réacteur nucléaires naturels après 2 milliards d’années ?
    Comme on l’a vu, 235U se désintègre plus vite que 238U, et autour de 2 milliards d’années, l’uranium contenant encore 3% de 235U. Mais cette proportion a continué à aller en diminuant, et après 2 milliards d’années l’uranium ne contenait tout simplement plus assez de 235U (c’est pour ça qu’on est obligé de l’enrichir aujourd’hui).
    Du coup, la fenêtre temporelle durant laquelle de la fission a été possible a été assez courte : avant 2.4 Ga, il ne pouvait pas y avoir de gisements d’uranium très concentré, et après 2.0 Ga, il n’y avait plus assez de 235U.

    Après l’article parle de deux autres conditions pour qu’il y ait fission : la présence d’un modérateur (quelque chose qui va ralentir les neutrons expulsés par les noyaux ayant fissionnés : si les neutrons sont trop rapides, ils vont traverser les autres noyaux d’uranium sans les « voir »), et l’absence de trop d’éléments absorbeurs de neutrons. Ce qui était le cas dans les sédiments d’Oklo.

    Pourquoi tout cela est intéressant dans la problématique de l’enfouissement des déchets nucléaires ?
    Les réacteurs naturels d’Oklo ont produit une petite quantité de ce qui constitue nos déchets nucléaires, des éléments lourds extrêmement radioactifs comme du plutonium, du neptunium, du curium, de l’américium, etc… Et des éléments plus légers comme de l’iode radioactif, du césium, du strontium, etc… On étudie les réacteurs d’Oklo pour savoir jusqu’où ont voyagé ces éléments très dangereux, et il apparaîtrait qu’ils n’ont pas été très loin, ce qui nous conforte dans l’idée qu’il est possible de parvenir à les piéger durant de longues périodes de temps.
    Après si vous voulez je pourrais entrer dans les détails de ce qui est envisagé pour l’enfouissement des déchets nucléaires français… A moins dire ceci : par rapport à Oklo, nos déchets sont bien sûr beaucoup plus concentrés, mais la période de temps durant lesquels ils devront rester immobiles est beaucoup plus courte : 100000 ans. Ce qui paraît très long à notre échelle, mais qui est extrêmement court à l’échelle des mouvements géologiques.
    D’ailleurs je vous conseille de regarder le documentaire « Into Eternity » de Michael Madsen, qui parle du centre d’enfouissement des déchets nucléaires finlandais (qui est très différent du notre).

    Désolé pour ce long message, j’espère qu’ainsi l’article vous paraîtra plus clair, sinon c’est que je suis moi aussi un mauvais vulgarisateur ^^

    • voltigeur voltigeur

      Mes sincères remerciements pour ce clair exposé.
      Il est donc possible, en prenant exemple sur dame Nature, de
      stocker des éléments dangereux, pour une très longue période,
      quand nous aurons compris le processus?
      Quand est il des mouvements sismiques, et le risque d’écrasement des contenants?
      La profondeur sera t-elle suffisante pour piéger les radio-éléments?
      Merci s’il y a une réponse, à ces questions dictées par la logique,
      d’une Terre vivante et en mouvement constant.
      Très heureuse d’avoir un spécialiste ;)

      • Sana-Kan

        Je suis heureux d’avoir été suffisamment clair ^^
        Prendre exemple sur ce qu’il s’est passé à Oklo, je ne suis pas sûr que ce soit très pertinent vu que la situation était différente, et ces éléments très radioactifs beaucoup moins concentré que ce qu’on va faire. Je n’ai pas lu les articles des scientifiques qui travaillent sur la mobilité de ces éléments à Oklo, mais je crois que ce qu’on étudie c’est le comportement de ces éléments dont nous n’avons pas l’habitude.
        Les éléments très lourds qu’on trouve dans nos déchets (plutonium, neptunium, etc…) n’existent pas dans la nature (à part à une époque à Oklo), donc on connait assez peu leur comportement dans les sols. Et les éléments légers, même si on connait leur comportement chimique théorique, celui-ci risque d’être un peu différents dans les déchets nucléaires du fait de leur forte radioactivité… Etudier Oklo permet donc d’en savoir un peu plus sur le comportement de ces éléments dans le sol et les roches.

        Sur les mouvements sismiques, aucun problème, la période considérée (100000 ans) étant extrêmement courte à l’échelle des mouvements et déformations géologiques.

        Je vais entrer plus dans les détails de ce qui est envisagé sur le site de l’ANDRA à Bure, le futur centre d’enfouissement de déchets nucléaires français, cela devrait donner certaines réponses à vos questions.
        Ce qui est envisagé à Bure, ce sont les barrières successives pour empêcher la mobilité des éléments radioactifs.
        Première barrière : le verre dans lequel sont dilués les déchets. Je ne sais plus du tout au bout de combien de temps le verre sera totalement altéré…
        Seconde barrière : les conteneurs cylindriques en acier dans lesquels se trouvent les blocs de verre. Cette barrière est négligeable, l’acier s’altérant assez rapidement (un siècle je crois, peut-être un peu plus). les finlandais envisagent des conteneurs en cuivre, beaucoup plus résistant.
        Troisième barrière : le béton des tunnels dans lesquels on insère les conteneurs. Pareil ,le béton ne dure pas éternellement et peut même poser certains problèmes… En effet le béton peut libérer de l’eau très basique et donc très corrosive en s’altérant et l’ANDRA étudie beaucoup l’impact de ces eaux sur la quatrième barrière.
        Quatrième barrière : des argiles de synthèse entourant les tunnels en béton. C’est vraisemblablement la barrière la plus importante. Les argiles de façon générale sont des minéraux très fins formant des roches très imperméables. Certaines argiles sont également très absorbantes et vont piéger les ions contenus dans l’eau qui parviendrait à circuler (très lentement) entre les grains d’argile. Les argiles de synthèse envisagées sont évidemment ultra-imperméables et ultra-absorbantes, et l’eau au sein de ces argiles serait virtuellement immobile pendant les 100000 ans envisagés. Le problème est que ces argiles de synthèse pourraient être altérés par les eaux issues de l’altération des bétons, ainsi que par la forte radioactivité des éléments qu’elles pourraient finir par absorber (la radioactivité détruisant le l’organisation des atomes au sein des minéraux).
        Cinquième et dernière barrière : la couche d’argiles naturelle dans laquelle est creusé le site de l’ANDRA. Couche d’argile moins imperméable et moins absorbante que les argiles de synthèse, mais l’eau y circulant néanmoins extrêmement lentement, et étant surtout beaucoup plus épaisse que les autres barrières. Quand toutes les barrières précédentes seront détruites, la radioactivité aura réduit en intensité, et les éléments radioactifs devraient être suffisamment dilués pour ne pas altérer de façon significative cette couche d’argiles naturelle.

        Ce sont de vieux souvenirs, alors j’espère que je ne dis pas trop de conneries, mais en gros ça devrait être ça.

        Après le site de l’ANDRA est prévu pour être réversible les 100 premières années, au cas où on trouverait quelque chose de mieux. Et en l’occurrence la plus grande partie de ces déchets devraient être éliminée par passage dans un de nos futurs surgénérateurs (réacteurs nucléaires de 4ème génération). Sauf si ces derniers sont abandonnés (ce qui m’étonnerait). Et toute façon même si on en éliminera ainsi la plus grande partie, il en restera toujours un peu…

        Je tiens à préciser aussi, les déchets dont il est questions ici sont les HAVL (Haute Activité Vie Longue = qui déchirent leur race pendant trouzmillions d’années). On parle toujours d’eux mais techniquement ce ne sont pas les plus problématiques… Ils sont certes très dangereux mais les volumes concernés sont absolument misérables (quelques milliers de mètres-cubes, dans cet ordre d’idée). Les plus problématiques doivent être les moyenne-activité-vie-longue, moins dangereux mais aux volumes plus conséquents. Je crois qu’il y a 6 classes en tout, dont les hate-activité-vie-courte, pour lesquels on a juste à attendre qu’ils ne soient pratiquement plus radioactifs (moins d’un siècle), et les faible-activité, qui ne représentent pas de danger.

        J’avais oublié ta remarque sur la profondeur. Elle compte finalement assez peu, du moment qu’au final les éléments restent bien sagement dans la couche d’argiles naturelle. De plus, on ne peut pas enterrer les déchets trop profondément à cause de l’élévation de la température à l’intérieur de la terre (en moyenne on gagne 30°C par kilomètre de profondeur). Les déchets chauffant déjà bien assez, et on ne veut surtout pas que l’eau contenue dans les roche se mette à bouillir (c’est pour ça que malgré les faibles volumes concernés, on est obligé d’étaler ces déchets sur d’assez grands volumes pour que la température des roches reste très en-dessous de 100°C).

        Au final le problème n’est pas tellement la mobilité des éléments radioactifs parce que les précautions prises sont absolument démentes… Non, le problème vient encore une fois du facteur humain, ou comment empêcher nos descendants d’aller fouiller pour voir ce qu’on a pu enterrer dans ces endroits ^^

      • voltigeur voltigeur

        Je suis ravie de ces explications claires et précises.
        Merci Sana-Kan :)
        C’est ta dernière phrase qui m’interpelle le plus.
        En effet, comment être sûrs que nos descendants n’iront pas
        fouiller par curiosité, en supposant qu’il n’y ait plus de trace
        des mises en garde, qui je l’espère seront disséminées un peu partout
        en tenant compte justement de la possible disparition
        des supports de ces mises en garde? Est il possible de tout
        prévoir?

      • Sana-Kan

        Cette question est le thème principal du film « Into Eternity », et en gros il y a deux écoles :
        – Soit on place des avertissements au-dessus des centres d’enfouissement, mais alors comment rester compréhensible sur tant de millénaires ? A quel point le langage va changer ? Doit-on représenter ces avertissements par des dessins, avec des gens qui souffrent par exemple ? Ceci dit les avertissements et autres malédictions écrites sur les murs des tombes des Pharaons ne nous ont pas vraiment empêché d’aller voir plus loin, bien au contraire…
        – Soit on fait tout pour oublier les emplacements de ces centres (le film insiste sur la notion de ne surtout pas oublier qu’il faut oublier). Pas de traces en surface, par d’archives… Et surtout dans des endroits absolument inintéressants du point de vue minier ^^
        Cela donne le tournis, de devoir réfléchir sur une période de 100 millénaires… Et il y a beaucoup de scientifiques qui réfléchissent très sérieusement à ces questions complètement dingues.

  • dereco

    Connu depuis plus de 20 ans ! !

    La radioactivité naturelle était énorme aux début de la terre nouvelle il y a 4,5 milliards d’années, et il ne reste que les éléments à durée de vie de plus du Milliard d’années, comme Thorium Uranium, qui forment en se désintégrant des éléments comme le radium.
    Notre vie, multicellulaire, fragile, n’est devenue possible que plus de 4 milliards d’années après, avec O2, ni trop froid, ni trop chaud, sans CO2, etc.. !!
    http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_sad.gif
    Aussi il faut la protéger car on pourrait revenir très vite des milliards d’années en arrière, trop radioactif, trop de CO2, trop chaud, etc..
    et la vie prend des millions d’années voire des milliards pour se rétablir !!

  • jonnysenvatenpaix

    Je suis à la fois surpris du surgissement de ce sujet ici, et très intéressé, je cherche en particulier à échanger avec des géologues. J’arrive sur ce même sujet par d’autres voies, tandis que je suis un lecteur assidu des informations de la dissidence, dissidence qui existe aussi dans le domaine des sciences.

    Je viens sur ce sujet depuis les travaux de Corentin Louis Kervran, en particulier sur le chapitre de la genèse du granite. Pour Kervran, et pour Georges Choubert qui en rend compte lors d’un colloque international de géologie à Moscou à propos des granites de l’ouest africain en 1965, il y aurait nécessité à concevoir l’intervention de réactions nucléaires, à basse énergie, pour expliquer la formation des granites, notamment concernant les variations de composition chimique de ces granites avec les roches mères, puisqu’on serait incapable de déterminer sinon les apports et les départs sur les éléments variants. C’est la thèse de la palingenèse nucléaire des granites.

    Il est d’ailleurs fait mention du rôle des particules alpha dans les réacteurs de type Oklo, comme le précisent Kuroda et Noetzlin avant lui, hors justement il en est beaucoup question dans les phénomènes de transmutations naturelles telles qu’étudiées par Kervran, et non reconnue par la science institutionnalisée.

    Pour ceux qui ne voient pas trop ou tout cela peut bien mener, sachez que les travaux de Kervran mènent assez vite sur la question de la fusion froide de Pons et Fleischman, une menace pour l’industrie pétrolière, cela mène aussi à la question d’une origine abiotique possible du pétrole, encore une menace puisque le pétrole est supposé se raréfier, et encore à la mystérieuse alchimie, si bien que la menace porte non seulement sur l’or noir, mais aussi sur l’or jaune. Et d’autres points scientifiques encore.

    On peut me contacter normalement en allant sur la carte des moutons enragés, je suis près de Rodez.