M. Khazin, économiste russe: Remarques pertinentes sur la situation grecque…

Il ne faut pas sous estimer ce qui se passe en Grèce, nous assistons à l’anéantissement d’un pays. Tout ce qui se passe dans ce pays, est un prologue à ce qui va nous tomber dessus tôt ou tard. La Grèce sert de laboratoire au plan mondialiste de soumission des nations. On sacrifiera les plus faibles, sans se soucier des peuples, et ce sont eux comme toujours, qui paieront le prix fort.

Par Mikhail Khazin- Le 27 février 2015 – Source vineyardsaker

Il y a un nouveau gouvernement en Grèce. Un gouvernement de gauche qui a une relation plutôt compliquée avec le droit sacré de la propriété privée, en particulier quand il s’ agit de la dette souveraine grecque. En d’autres termes, il se dirige vers le déclenchement d’une grosse crise de la dette dans l’UE (et peut-être avec un impact sur le monde entier). Mais, comme on nous l’a enseigné en 2008, une crise n’apporte pas seulement des problèmes, elle procure aussi de nouvelles opportunités. C’est pourquoi il est important d’avoir une compréhension en profondeur de la politique grecque, en particulier pour être en mesure de reconnaître qui bénéficiera de ces nouvelles opportunités. Pour pouvoir analyser la situation correctement, il est nécessaire d’expliquer un point très important, crucial même pour comprendre les événements qui se déroulent aujourd’hui dans l’UE.

L’accumulation de la dette était un instrument Reaganomics [issu des théories reaganiennes des années 1970] utilisé pour stimuler la demande des consommateurs, d’abord aux Etats-Unis, puis, à partir de 1981 à travers le monde entier. En particulier, en 2008, la dette moyenne des ménages aux États-Unis a plus que doublé par rapport à 1980 (de 60-65% du revenu disponible à plus de 130%). La situation est un peu meilleure dans l’UE, mais en Europe les budgets publics ont été utilisés pour stimuler la demande des consommateurs, entraînant des dettes nationales supérieures. Les États-Unis rattrapent rapidement l’Europe dans ce domaine.

Ces dettes ont été servies en utilisant le refinancement, soutenu par la diminution progressive des coûts d’emprunt (le taux d’intérêt minimal fixé par la Réserve fédérale US est passé de 19% en 1980 à quasiment 0% en 2008). Aujourd’hui, il est impossible de rembourser ces dettes, même avec un taux d’intérêt nul sur le refinancement, sans une forte baisse du niveau de vie pour l’ensemble de la population. Une baisse simultanée dans l’UE et aux Etats-Unis serait nécessaire. Mais c’est inacceptable, ce qui signifie que ces dettes doivent d’une manière ou d’une autre être liquidées. Soit effacées ou remboursées au prix de taux d’inflation élevés.

Je le répète une fois de plus: il est impossible de rembourser la dette qui a été accumulée dans l’économie mondiale, elle ne génère tout simplement pas les flux financiers requis pour une tâche de cette ampleur. Par exemple, le salaire réel moyen aux Etats-Unis n’a pas changé depuis les années 1950. L’accroissement des dépenses ne peut se faire qu’au prix d’une augmentation de la dette des ménages et de la dette nationale, et par la baisse de l’épargne. Ce problème doit être résolu, ou il va se résoudre de lui-même par une crise économique majeure.

Ce problème a déjà été traité. La première expérience a été la restructuration des banques de Chypre. Cette expérience a testé la réaction des déposants au refus des banques de leur restituer leurs fonds (ou plutôt, une partie des fonds). L’expérience a été un succès, les déposants mécontents n’ont pas été en mesure de gagner un seul procès à ce jour. Il est possible que certains d’entre eux aient été en mesure de régler leurs revendications de manière amiable, mais une telle information n’est pas ouvertement disponible.

Cependant, il y a aussi le problème de la dette des États qui, à bien des égards, est beaucoup plus complexe, car il ne s’agit plus de ménages ordinaires mécontents qui n’ont pas vraiment le pouvoir de se défendre face aux banques, mais cette fois il s’agit des conséquences qui vont affecter les grandes banques et les institutions financières. Pour cette raison, toutes les actions liées à la dette nationale doivent être soigneusement planifiées et testées pour éviter tout risque. Et c’est là qu’il serait opportun de rappeler une phrase d’une vieille comédie: «Les expériences les plus dangereuses impliquent les membres les moins précieux de l’équipage

Notez ceci: lorsque Jörg Haider [politicien d’extrême droite, NdT] est entré au gouvernement autrichien, l’Autriche a été mise au ban de l’UE. Une réaction similaire a pu être observée lorsque Jean-Marie Le Pen était présent au second tour de l’élection présidentielle en France en 2002. Il s’agit de politiciens de la droite classiques qui auraient été considérés comme ordinaires dans les années 1950. Qu’en est-il maintenant? Un parti de gauche remporte les élections en Grèce (avec la droite joignant la coalition au pouvoir), mais nous ne voyons aucune réaction de la part de l’establishment politique de l’UE, ils sont silencieux.

Il y a une autre circonstance intéressante. L’accumulation de la dette mondiale a été rendue possible par l’émission de dollars américains. Cette émission était censée être soutenue par de nouveaux actifs, mais, depuis les années 1990, lorsque tous les anciens actifs soviétiques ont finalement été digérés, rien de nouveau qui ait quelque valeur n’a émergé dans le monde. Par conséquent, les mécanismes habituels de redistribution de la monnaie émise ne fonctionnent plus, ceci est un autre aspect de la baisse des revenus des ménages dans la plupart des pays du monde. Cela nous amène à une question importante: comment les Etats-Unis peuvent-ils être contraints à partager avec le reste du monde?

Les vieilles élites, qui ont bénéficié de la redistribution des revenus pendant de nombreuses années, ne peuvent pas le faire, cela doit être fait par les nouvelles personnalités politiques qui font actuellement partie des élites de l’opposition. Il y a des exceptions mineures: comme la Hongrie. Ce petit pays (pour l’instant?) d’Europe orientale utilise ouvertement le chantage en donnant à son gouvernement le contrôle de la Banque centrale hongroise. Cette décision a ensuite été révoquée, mais il est presque impossible d’obtenir tous les détails de la transaction dans les médias. La Grèce est devenue le deuxième pays de l’UE où les élites de l’opposition sont arrivées au pouvoir.

Je soupçonne que ce pays en particulier sera le membre le moins précieux de l’équipage, qui sera utilisé pour tester les mécanismes de défaut sur la dette nationale. La Hongrie ne serait pas un bon choix pour cette opération, le gouvernement a trop de soutiens et sa position semble assez solide. Il serait très difficile pour l’UE de forcer ses politiques en Hongrie.

Revenons sur le point principal: il y a une très forte probabilité que le leadership de l’UE veuille utiliser la Grèce comme un cobaye pour tester les mécanismes d’annulation d’une dette nationale. La Grèce supportera tous les coups et blessures, tandis que le reste de l’UE aura acquis une expérience inestimable dans la façon de minimiser les conséquences négatives importantes d’une telle opération de défaut sur la dette nationale qui finalement devra se produire dans tous les pays à travers le monde. L’objectif principal du nouveau gouvernement grec est d’obtenir la rémunération la plus élevée possible pour la participation à cette expérience.

Je ne voudrais pas donner des conseils au nouveau gouvernement grec mais un homme averti en vaut deux. Surtout que ma spécialité n’est pas la politique mais l’économie. Cependant il est nécessaire de prendre en compte certaines évolutions qui pourraient finir par être très importantes.

Premièrement, dans la mesure où l’opposition des élites sera de plus en plus affirmée dans l’UE, il n’est pas nécessaire d’être vraiment inquiet sur leurs scénarios de confrontation, à la limite du chantage. Ils trouveront leur chemin dans la politique mondiale d’une façon ou d’une autre, si ce n’est demain, ce sera après-demain.

Deuxièmement, il est important de comprendre que ni l’Union européenne, ni le reste du monde, ne se soucient sérieusement de la dette nationale grecque, ils ont juste besoin de tester de nouveaux mécanismes. Lorsque cette tâche sera accomplie, la réaction aux tentatives futures de radier ou de restructurer une dette nationale pourrait être beaucoup plus brutale. C’est pourquoi la solution doit être trouvée sur un cas de première grandeur, il est inutile de tenter des expériences à petite échelle.

Troisièmement, le leadership de l’UE va essayer de contrôler la situation en appliquant une pression sur le gouvernement à partir de la base. En d’autres termes, diverses protestations sociales seront organisées chaque fois qu’il semblera que le nouveau gouvernement grec se comporte mal. Et il doit être prêt pour ces événements.

Quatrièmement, il ne reste plus beaucoup de temps. Divers indicateurs du marché suggèrent que les marchés américains ont atteint des points critiques en termes de surchauffe et une correction considérable est imminente. Et si la crise éclate, il est probable qu’il n’y aura plus de temps pour des opérations complexes.

En conclusion, on peut constater que le nouveau gouvernement grec a en main quelques outils politiques très intéressants qui, sans aucun doute, devraient être utilisés pour améliorer la situation économique du pays. Mais ils doivent être utilisés avec la plus grande prudence pour obtenir le maximum d’avantages et éviter les dangers potentiels.

Mikhail Khazin

Traduit par Mikhael à partir de http://worldcrisis.ru/crisis/1819611 (en russe)

Traduit de l’anglais par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

L’article a été traduit en grec

Voir:

 Tsipras accuse Madrid et Lisbonne de vouloir conduire la Grèce à «une asphyxie financière»

 Grèce: Varoufakis déclare la guerre aux riches et aux évadés fiscaux

 

 

 

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