Toi aussi joue avec les valeurs de la république, et deviens un post-Charlie [Reflets]

Oh, chocking ! C’est très mal ce détournement d’image, vraiment, très mal… Il y a un risque à la publier ou c’est encore autorisé dans le pays de la liberté d’expression ?

Soyons bien clairs : s’il est encore possible d’écrire ce que l’on veut sur Reflets, il n’est pas certain que la chose soit définitivement acquise. Il s’en est fallu de peu qu’un amendement de la Loi Macron ne vienne permettre la condamnation de tout journaliste dévoilant des secrets « d’affaires » dérangeants. En langage clair : nous avons failli être interdit de parler de ce que les entreprises aimeraient cacher à la connaissance du public. Il s’en est fallu de peu. Gardons à l’esprit, que, le plus souvent, ce sont les populations elles-mêmes qui demandent à ce que l’on réduise leurs libertés.

Un récent sondage l’indique (51% pour la réduction des libertés en général, 36% contre), et l’histoire le démontre. C’est sur ce constat, que ce billet d’humeur (puisque c’en est un) s’est lancé, après avoir lu certains commentaires proférés sous un article intitulé « l’école autorise une seule liberté d’expression : celle de Najat« . Ces commentaires ne peuvent être simplement ignorés ou écartés d’un revers de main. Ces commentaires sont… comment dire… inquiétants. Fâcheux aussi. Parce qu’ils révèlent de nombreuses choses, et l’une d’entre elles est évidente : la société est hystérique, et le politique en profite pour instrumentaliser la plupart de ceux qui la constituent. Un peu de remise en perspective, même ironique, semble donc tout à fait indiquée. Que cela plaise ou non aux « grands défenseurs(ses) » de l’EN et de cette sacrée Najat, qui franchement, n’en rate pas une, tout en surfant, comme toujours — dans le sens du vent.

Reprenons depuis le début : Charlie, c’est pas l’école, et BFMTV non plus…

Au Maroc aussi, ça déconne sec sur l’ambiance française. (journal, Al Watan Al Ane : « Les Français vont-ils faire renaître les camps de concentration d’Hitler pour exterminer les musulmans ? »)

Voilà où nous en sommes, chers concitoyens : un meurtre de masse, des chaînes de télévision qui se « déchaînent » en quasi 24/24 et au final, un grand « raout mondial » qui se conclue à Paris (et en province) pour déclarer « Je suis Charlie », et que vraiment « il faut la défendre la liberté d’expression » et pis aussi toutes les belles valeurs de la France. (ces valeurs, qui lui permettent, à la France, de continuer à faire plein de saloperies à travers la planète via ses entreprises championnes : Dassault, EADS et Lagardère, Amesys, Qosmos, complétez la liste. Tous des amis de la liberté d’expression par les armes. Sans compter les autres, autour de l’uranium, pétrole, mais ce serait trop long).

Une minute de silence est donc imposée à l’école, suite à l’événement. Une minute de silence ? Mais pourquoi ? Avec des élèves de 6, 7, 8 ou 9 ans ? Qui ont compris quoi de cette violence inouïe, et au travail de Charlie Hebdo ? Cette minute de silence est déclarée « sacrée » et ne doit pas être perturbée. Commémoration. Célébration. Avec des gosses ! Très vite survient le bâton : ceux qui perturbent la minute de silence peuvent avoir des problèmes, ceux qui mettent en cause l’événement sont mis à l’index. Pas une tête ne doit dépasser… Alors qu’aucun adulte n’a eu encore le temps de prendre le recul nécessaire pour comprendre toutes les intrications sociales, culturelles, économiques, politiques, de cette affaire…

Reprenons un  peu les choses : je suis dans un pays libre (it’s a free country), paraît-il… Comment un Etat, peut-il décider que mes gamins doivent comprendre un crime, effectuer une minute de silence, ne pas pouvoir discuter de celui-ci, et me laisser entendre dans le même temps que je suis libre ? Un enfant a été convoqué par la police, parce qu’il avait parlé à l’école. Simplement parlé. Des mots. De simples mots. A l’école. « Je suis avec les terroristes« , aurait-il dit. Et même plus, pourquoi pas ? Il a le droit de le faire, même si c’est une affirmation choquante. Parce que dans un pays libre, on ne convoque pas des enfants au commissariat pour les mots de ce même enfant de 8 ans. Quels qu’ils soient. Charlie n’est pas l’école. Et l’école est là pour protéger les enfants de la violence, pas pour la faire commémorer. L’école est là pour écouter, discuter, former, pas pour envoyer les enfants chez les flics. D’ailleurs, on ne lit pas Charlie Hebdo à l’école. Normal, Charlie, c’est crado et plus que limite la plupart du temps — depuis que Philippe Val est passé par là quelques années. Tendance raciste : pour preuve, les sites les plus fachos reprennent souvent des caricatures de Charlie. Celles qui tapent le plus sur l’arabe-musulman. Même si des gens très bien, écrivaient, dessinaient, des choses très bien elles aussi dans cet hebdomadaire. Au milieu du reste.

Des gens pensent que Charlie Hebdo, « ils l’ont bien cherché »

Oui. C’est un fait. Des gens pensent ça. D’autres pensent que c’est un complot. Ca s’appelle la liberté de penser. L’information circule à la vitesse qu’offrent les tuyaux des internets : très rapidement. La population n’est pas homogène. Tout le monde n’a pas les mêmes possibilités de compréhension, la même histoire personnelle, familiale, la même grille de lecture, le même pognon, le même environnement. En pays de France, ça s’appelle « les inégalités ». C’est drôle, parce que ça crée d’un côté, des donneurs de leçons qui voudraient que tout le monde suive leurs règles et leur façon de penser, et de l’autre, des gens qui, par exemple, haïssent profondément la société injuste dans laquelle ils sont obligés de vivre. Et prennent le contre-pied de celle-ci, autant qu’il est possible de le faire.

Les enfants protégés des conditions de vie déplorables que cette société peut générer, n’ont pas de problèmes pour « accepter » le meurtre de Charlie et des clients de l’Hyper Casher : leurs parents vont les protéger, leur expliquer le minimum qu’ils doivent comprendre sur le sujet, et ils vont bien gentiment les faire se plier au jeu d’une minute de silence. Les autres vont entendre des choses différentes chez eux, parce que c’est dur, chez eux. Très dur. Et on n’aime pas les donneurs de leçons, qu’ils soient en tailleur Chanel, ou en jean moulant, (ou autre tenue vestimentaire plutôt chic que les donneurs de leçons ont tendance à porter) chez ces enfants là. On peut penser que Charlie Hebdo sont des racistes, dans une partie de la population. Se demander pourquoi la police nationale tutoie les parents de certains, et pas d’autres. Bref, la parole anti-Charlie n’est certainement pas une parole pro-djihadiste ou d’apologie du terrorisme, elle est plutôt une parole d’exclus, de minorités — qui — si elles sont d’habitude silencieuses — expriment là leur détestation de ce pays qui les méprise et les maltraite depuis fort longtemps.

Les valeurs, tu sais où tu peux te les mettre ?

La liberté de Manuel, c’est de lire Charlie Hebdo. Mas si tu n’aimes pas Charlie, et prends la liberté de le faire savoir, fais gaffe : tu risques de te retrouver devant un juge pour apologie du terrorisme.

Alors, quand la Ministre de l’Education nationale vient expliquer qu’il faut faire respecter les valeurs de la République, par l’autorité si nécessaire, chacun est en droit de se questionner. Imposer des valeurs ? Par la force ? Comment fait-on pour faire rentrer dans le crâne des enfants les « valeurs de la République » qui ne sont pas respectées la plupart du temps, par ceux-là mêmes qui les brandissent ? Ne faudrait-il pas commencer par montrer l’exemple ? Najat est-elle bien placée pour cela ? Et les les profs, « tous Charlie », et point barre ? La réponse actuelle  donnée à un prof de philosophie de Poitiers qui a eu le malheur de créer un débat avec ses élèves, est plus qu’inquiétante : le prof est suspendu, une enquête pour apologie du terrorisme est ouverte. (lire article du Libé du 30 janvier 2015)

Oublierait-on Cahuzac, Thévenoud, les frasques sexuelles présidentielles (et leur résolution exemplaire en termes de valeurs…), le conseiller d’Hollande aux 100 paires de godasses de luxe cirées par des domestiques payés aux frais du contribuable ?

Un gouvernement dont la politique se résume à chercher à faire des économies sur le dos des acquis sociaux de la population — alors qu’il s’est fait élire sur l’inverse — peut-il vraiment venir faire la leçon sur les « valeurs de la République » dans ces conditions ? Les banlieues pourries, peu, ou parfois pas desservies par les transports en commun, abandonnées à leur sort depuis des décennies devraient donc applaudir le traitement médiatique du problème par Najat Vallaud-Belkacem — causé par des élèves résistant à la propagande nationaliste actuelle ? Très franchement…

Une société totalitaire ne se déclare jamais totalitaire. Une société policière, avec un pouvoir inquisiteur, ne s’en vante jamais. Un pouvoir politique aux abois, sans projet, à la solde de lobbies divers et variés ne l’avoue jamais. En revanche, s’il est vraiment corrompu, ce pouvoir politique s’emparera du moindre événement inquiétant et violent pour accroître sa capacité à dominer par la force. En brandissant des valeurs, bien entendu, et selon lui, pour le bien du plus plus grand nombre. Il faut lire ce petit article de La dépêche, qui développe le « grand chambardement » de la police municipale de Toulouse : des brigades AMI sont mises en place. AMI ? Action Marginalité Insertion…C’est très tendance ça. Et ne pose aucun problème, bien entendu…

Pour finir, à l’attention de ceux qui défendent la thèse selon laquelle il est normal que l’enfant de 8 ans, à Nice, soit convoqué chez les flics pour apologie du terrorisme, et en hommage à Wolinski, pour qui j’ai toujours eu un grand attachement, sachez une chose : je vous pisse à la raie…

(…) Le post-Charlie est un individu qui est nation et patrie, loi morale soudant en lui individus et générations dans une tradition, dans une mission qui suspend la tendance de la vie à s’enfermer dans le cercle étroit du plaisir, pour instaurer dans le devoir une forme supérieure d’existence affranchie des limites de l’espace et du temps; existence où l’individu par l’abnégation, le sacrifice des intérêts particuliers, par la mort même, réalise cette forme d’existence toute spiritualisée où réside sa pleine valeur d’homme. Conception spiritualiste donc …antipositiviste mais positive !

Le post-charlisme veut l’homme actif, engagé dans l’action de toutes ses énergies. Il conçoit l’existence comme une lutte, convaincu qu’il appartient à l’homme de se conquérir une vie véritablement digne de lui en créant lui-même d’abord les instruments, nécessaires à cette édification. D’où la valeur suprême de la culture sous toutes ses formes et l’importance primordiale de l’éducation.

D’où également la valeur du travail par lequel l’homme triomphe de la nature et crée un monde humanisé. La vie telle que la conçoit le post-charlisme est sérieuse, austère, religieuse…. Le post-charlisme est une conception historique selon laquelle l’homme n’est ce qu’il est que dans le cadre du groupe familial et social, dans celui de la nation et de l’histoire que contribuent à forger tous les peuples. Hors de l’histoire, l’Homme n’est rien. Anti-individualiste, le post-charlisme est pour l’Etat et il est pour l’individu dans la mesure où celui-ci coïncide avec l’Etat… Le post-charlisme réaffirme l’Etat comme la vraie réalité de l’individu… Le post-charlisme est pour l’unique liberté sérieusement définie : la  liberté de l’Etat et de l’individu dans l’Etat. Car pour le post-charlisme, tout est dans l’Etat, et rien d’humain, de spirituel n’existe en dehors de l’Etat. C’est pourquoi le post-charlisme s’oppose au djihadisme qui durcit le mouvement historique de la lutte des classes et ignore l’unité de l’Etat. C’est pourquoi le post-charlisme s’oppose à la démocratie qui rabaisse le peuple au niveau du plus grand nombre; mais il est la forme la plus pure de la démocratie puisque le peuple est conçu qualitativement et non quantitativement ».

Cet extrait d’article est l’œuvre de Benito Mussolini, en 1934. L’auteur de ce billet d’humeur a simplement remplacé le terme fascisme ou fasciste par post-charlisme et post-charlie et socialisme par djihadisme. Texte original : http://www.hansen-love.com/article-le-fascisme-selon-mussolini-40222370.html

Source : Reflets.info

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