Entre 2012 et 2013, l’armée étasunienne est intervenue dans 49 pays africains

sdjpg-63aaaf63aa-b0339Carte : Les bases de drones US en Afrique (y compris aux Seychelles !)

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 10 exercices militaires, 55 opérations, 481 activités de coopération en matière de sécurité. Pendant des années, l’armée étasunienne a ouvertement insisté sur le fait qu’elle n’intervenait en Afrique que dans une faible mesure. Le personnel et les commandants chargés des affaires publiques de l’armée ont prétendu à plusieurs reprises qu’il s’agissait seulement d’une « présence minimale », et sont même allés jusqu’à affirmer que la présence du personnel militaire était relativement faible. Cependant, ils ont refusé de préciser en quoi consiste cette présence minimale. Par exemple, lors d’une interview, un porte-parole d’AFRICOM (Commandement des États-Unis pour l’Afrique) s’était montré inquiet car si l’on reprenait dans un tableau le nombre de déploiements militaires, cela donnerait une « image défavorable » des forces américaines.

Il se trouve que les chiffres démentent les allégations de l’armée américaine.

L’année dernière, selon le commandant d’AFRICOM, le général David Rodriguez, l’armée étasunienne a mené sur le continent 546 « activités », terme qui sert de passe-partout pour toute action réalisée par l’armée sur le sol africain. En d’autres termes, cela revient à environ une mission et demie par jour. Ce nombre représente une augmentation de 217 % dans les opérations, les programmes et les exercices, depuis l’établissement du commandement en 2008.

Dans son témoignage devant le Comité des forces armées du Sénat plus tôt ce mois-ci, D. Rodriguez a fait remarquer que les 10 exercices, les 55 opérations et les 481 activités de coopération en matière de sécurité faisaient d’AFRICOM « un commandement très actif dans la région ». Toutefois, on ne sait pas exactement en quoi le commandement est « actif  ».

AFRICOM diffuse des informations seulement sur une partie des ses activités. Le Commandement ne fournit aucuns détails quant à la nature des opérations. De plus, il n’autorise que des journalistes choisis au préalable à observer des missions elles aussi sélectionnées. Le Commandement refuse même de révéler le nombre de pays dans lesquels il est « actif », préférant garder secrètes la plupart des informations concernant les dates et les lieux.

Alors que le témoignage de D. Rodriguez ne fait que présenter un aperçu du champ d’activités d’AFRICOM, une mine de documents sur les briefings militaires, précédemment non-divulgués, obtenue par TomDispatch a mis en lumière les types et les lieux des missions menées sur tout le continent. Ces briefings, destinés aux commandants haut-placés et aux responsables civils en 2013, démontrent une augmentation considérable des déploiements au cours des dernières années et révèlent que les opérations militaires US s’avèrent plus importantes qu’annoncées. Ces briefings montrent également que le rythme des opérations en Afrique restera soutenu en 2014 ; il est très probable que les forces étasuniennes continuent de mener plus d’une mission en moyenne par jour.

La Constance du Jardinier

Les troupes étasuniennes mènent un nombre important d’opérations en Afrique : attaques aériennes sur des militants suspects, raids aériens visant à séquestrer des terroristes, ponts aériens pour les troupes africaines et françaises impliquées dans des guerres de proximité, opérations d’évacuation dans les pays déstabilisés. Cependant, l’armée US mène surtout des missions de formation, guide les alliés, fournit des fonds, des équipements et des conseils aux responsables locaux.

Le Commandement des Etats-Unis pour l’Afrique décrit ses activités comme permettant la mise en avant « des intérêts de la sécurité nationale des Etats-Unis à travers des engagements ciblés et durables avec des partenaires » et insiste sur le fait que « les opérations, les exercices et les programmes d’assistance pour la coopération en matière de sécurité soutiennent la politique étrangère du gouvernement américain à travers des activités essentiellement entre militaires et des programmes d’assistance  ».

Saharan Express est un exercice naval typique qui rassemble tous les deux ans les forces étatsuniennes et les membres de la marine et les garde-côtes venant d’une douzaine de pays principalement africains. Les opérations comprennent Juniper Micron et Echo Casemate, des missions centrées sur le soutien aux interventions françaises et africaines au Mali et en République centrafricaine. Le State Partnership Program (SPP), qui fait partie d’une des activités de coopération en matière de sécurité, réunit les forces armées africaines et des unités de la Garde nationale américaine, ainsi que le programme State Department-funded Africa Contingency Operations Training and Assistance (ACOTA), par lequel les mentors et les conseillers de l’armée étasunienne fournissent des équipements et des instructions aux unités africaines.

Beaucoup d’activités entre militaires et de missions consultatives sont menées par la 2nde Brigade de Combat de l’armée, 1ère division d’infanterie, dans le cadre de l’aide aux « forces alignées régionales », où des troupes étatsuniennes spécialement formées sont envoyées auprès des commandements de combat dans la région, comme AFRICOM. D’autres programmes d’entraînement sont organisés par les unités s’occupant des différentes branches du service, qui comprend l’African Partnership Station 13 où les forces navales et les marines enseignent des compétences comme la méthode de patrouille ou des techniques de combat rapproché. Dans le même temps, des membres de l’Air Force (l’aviation étasunienne) ont accordé de l’aide aux troupes nigériennes dans des domaines très divers : logistique, ponts aérien, affaires publiques…

 

Des documents de l’armée étasunienne en Afrique précédemment non-divulgués révèlent une augmentation de 94 % des activités du personnel militaire de 2011 à 2013, et une hausse de 174 % pour les programmes de State Partnership (Partenariat entre les Etats) qui passent de 34 à 93. Par ailleurs, on note également une hausse de 436 % en activités de conseil et d’assistance (Advise-and-Asist) qui comprennent les missions de l’ACOTA (qui passent de 11 à 59). L’année dernière, d’après des documents datant de décembre 2013, les interventions concernaient presque tout : apprendre aux troupes kényanes comment utiliser les drones de combats RQ-11 Raven, aider les forces algériennes en leur fournissant des véhicules blindés capables de résister aux mines et aux embuscades (MRAPS en anglais), former les fantassins tchadiens et guinéens et soutenir les interventions françaises en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest.

Benjamin Benson, le porte-parole d’AFRICOM, a refusé de donner plus de détails concernant ces activités. « Nous nous entraînons avec beaucoup de pays africains différents  », m’a-t-il expliqué. Quand je lui ai demandé s’il connaissait le « nombre exact » de pays, il m’a répondu par la négative. Il a ignoré de nombreuses demandes écrites d’informations complémentaires. Mais des dossiers détaillant les déploiements des membres de la 2nde Brigade de Combat de l’armée, 1ère division d’infanterie, de juin à décembre 2013, mettent en évidence la véritable implication de l’armée étasunienne dans les missions d’entraînement.

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