CIF: un plan social à plus d’un demi-milliard d’euros!

Officiellement, en France, « on » croit encore à la reprise, à l’inversion de la courbe du chômage, et même aussi à la chanson guillerette des Bisounours. Du moins…officiellement, car il faut bien continuer à rassurer les gens qui de leur côté, continuent de financer l’état de de consommer!

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Le plan social lié à la liquidation du Crédit immobilier de France va coûter plus d’un demi-milliard d’euros, avec un millier de suppression d’emplois dès cet été. Ce scandale d’Etat est étouffé dans l’édredon par la nomenklatura financière. Principal bénéficiaire de l’opération : Bercy et sa direction du Trésor. Principale victime : le logement social.

La gestion « en extinction » du Crédit immobilier de France (CIF) est un scandale d’État qui n’a jamais éclaté, étouffé dans l’édredon par la nomenklatura financière, une classe politique complice et une direction du Trésor y employant son reste de puissance. On connaît maintenant la facture financière du bien mal nommé « Plan de sauvegarde de l’emploi » (PSE), qui prévoit d’en détruire 1 083 en chiffres nets, les lettres de licenciement devant parvenir à leurs destinataires à partir du 1er juillet : plus d’un demi-milliard d’euros, 575 millions très précisément. C’est beaucoup, beaucoup d’argent, un record historique à coup sûr, pour priver des salariés de leur travail.

Après la bénédiction donnée fin 2013 par la Commission européenne au plan de liquidation organisé par les pouvoirs publics français, la continuité du sarkozysme au hollandisme étant garantie par le directeur du Trésor Ramon Fernandez, le feu vert à l’enclenchement du processus est venu le 4 avril dernier de la DIRECCTE (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) d’Île-de-France, pour toutes les composantes de « l’unité économique et sociale Crédit Immobilier de France ».

Le groupe spécialisé dans le financement de l’accession à la propriété pour les ménages les plus modestes peut donc mettre en œuvre le « document unilatéral » négocié, non sans peine, avec les représentants des salariés. Ce « document strictement confidentiel » (c’est indiqué en rouge en haut de chacune des 98 pages), que Mediapart a pu consulter, reprend dans une « synthèse de la motivation économique » la thèse officielle justifiant l’extinction : un modèle de financement à long terme sur les marchés rendus inviables par la crise financière. Scénario dont l’inéluctabilité a été contestée ici-même et dont on peut se demander ce qu’il vaudrait aujourd’hui sur des marchés obligataires européens « normalisés » (fût-ce artificiellement et pour le moment) par l’action de la BCE.

Le document détaille, entité par entité, les 1 186 postes voués à disparaître, les 104 créations jugées nécessaires à la gestion de la disparition progressive du CIF, et les 1 104 postes qui subsisteront, pour le moment, après l’exécution du PSE. Il précise les critères en fonction desquels se fera le choix des personnels remerciés, en fonction de l’âge, de la situation de famille. Il expose les différentes structures qui sont créées pour informer les salariés, les former, les aider dans la recherche d’une reconversion, EIC (espace information conseil) dans chaque entité concernée et « Antennes Emploi » couvrant tout le territoire. Il énumère les très nombreux dispositifs mobilisés pour atténuer le choc : reclassements internes, retraites et pré-retraites (en passant par la case chômage financée par l’Unedic), temps partiels, aides à la création d’entreprises, subventions aux tiers employeurs reprenant des salariés du CIF, aide à la mobilité géographique, compensation temporaire des baisses de salaires, etc. Et les enveloppes financières qui y sont affectées.

La lecture de ce document laisse songeur quant à la sophistication atteinte par la technostructure française, en trente années de choix du chômage de masse, pour l’accompagnement des destructions d’emplois. On se surprend à rêver de ce qui se passerait si le même savoir-faire était consacré à encourager leur création. La seconde observation porte sur les ressources considérables allouées aux consultants extérieurs et experts en tout genre qui vont peupler les structures d’accompagnement, et pour lesquels le PSE du CIF sera certainement une excellente affaire.

En fin de compte, un salarié du CIF ayant « choisi » la préretraite recevra une indemnité forfaitaire globale correspondant à 12 mois de salaires en brut, laquelle ne pourra, en tout état de cause, être inférieure à 50 000 euros. Si l’issue imposée est le licenciement, les trois options aboutissent à des indemnités pouvant aller jusqu’à 320 000 euros (option numéro 2), le salaire brut de référence (payé sur 36 mois dans les options 1 et 3) ne pouvant être inférieur à 3 500 euros ni supérieur à 6 000 euros. Des montants qui paraîtront évidemment extravagants au salarié ordinaire confronté à un drame équivalent.

Razzia du Trésor sur les fonds propres du CIF

Au total, selon des sources internes et externes (car le chiffre n’apparaît évidemment pas dans le document), le CIF aurait provisionné 525 millions d’euros pour financer le PSE, auxquels il faut ajouter deux enveloppes de 25 millions chacune pour adoucir les futurs licenciements. Soit un total de 575 millions d’euros. Qui dit mieux ? Même le PSE de Dexia (dont on ne connaît pas le coût global) est certainement très largement enfoncé. Il est vrai que contrairement au CIF (encore bénéficiaire en 2013 en dépit de l’arrêt de toute activité commerciale), l’ancienne banque franco-belge a déjà coûté plus de 10 milliards d’euros aux contribuables en deçà et au-delà de Quiévrain. En admettant même que le CIF « en extinction » ait les moyens de financer jusqu’au bout le PSE (seul l’avenir le dira), le gâchis financier et social est impressionnant.

À ce jour, il n’y a eu que 190 demandes de départ volontaire, dont 175 ont reçu un avis favorable, explique un ancien cadre. Cinquante salariés du CIF sont partis à La Banque postale, qui est donc encore très loin des 300 postes promis. C’est d’ailleurs pourquoi il faut accueillir avec prudence les 840 offres d’emploi mises en avant par différents établissements financiers, selon des sources syndicales.

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