L’imposture démocratique : alors que Paris soutient la tenue d’élections en Ukraine, les Syriens sont empêchés de voter…

Le Quai d’Orsay a notifié aux autorités Syriennes qu’il s’opposait à l’organisation d’élections sur le territoire français, y compris au sein de l’ambassade, ce qui revient dans les faits à empêcher les Syriens résidant en France à voter aux élections présidentielles prévues le 3 juin. Cette position est toutefois en cohérence avec l’appui Français aux jihadistes combattants en Syrie et à la reconnaissance par Paris du Conseil National Syrien qui regroupe les différentes factions d’opposition et les groupes jihadistes, comme seul organe représentant légitime en lieu et place du président Bachar el Assad. Malheureusement pour Paris et Washington, les groupes armés ont subi cette année une véritable déculottée sur le terrain militaire et l’armée régulière est sur le point de reprendre Alep, la dernière ville encore aux mains des insurgés.

Dans le même temps, Paris exhorte à la tenue d’élections en Ukraine alors que le pays est divisé en deux de facto et que les régions de l’est russophone, notamment la république de Donetsk et Lougansk, ont annoncées qu’elles boycotteraient les élections. Le pouvoir en place à Kiev, faut-il encore le rappeler, est composé pour un tiers de néo-nazis du parti Svoboda qui ont accédé au pouvoir à l’issue d’un coup d’état. C’est cependant ce gouvernement que les chancelleries occidentales se sont empressées de reconnaître comme organe politique légitime en lieu et place du président élu.  La tenue d’élections est totalement grotesque dans ce contexte de partition de fait. On peut de plus avoir de sérieux doutes sur la régularité du scrutin au vu des agissements des autorités en place à Kiev. Le parti communiste a en effet été interdit sous le motif « d’activités terroristes et séparatistes ». Le parti a du reste renoncé à présenter un candidat et qualifié le scrutin du 25 mai d’illégitime. Ces événements font suite à l’exclusion des députés communistes du parlement par les éléments néo-nazis.

Nous avons donc d’un côté le bloc occidental qui soutien la tenue d’élections en Ukraine dans un contexte de guerre civile et de partition de fait du pays, et ce alors que le pouvoir en place est composé de factions néo-nazies et s’est illustré par son attitude foncièrement anti-démocratique en excluant le parti communiste et ses députés. Cela bien évidemment au nom de la démocratie et sans que les chancelleries occidentales y trouvent rien à redire…

De l’autre côté le même bloc occidental qualifie les élections présidentielles Syriennes d’illégitimes alors que l’armée régulière est parvenue à repousser la rébellion jihadiste et à garantir l’unité du pays. Ban  Ki-Moon, secrétaire général des Nations-Unies, a même qualifié les élections présidentielles « d’obstacle au dialogue ».

Quelle est donc la différence entre la Syrie et l’Ukraine pour que la vision de la démocratie applicable à l’une soit absolument interdite à l’autre ?

C’est tout simplement que les jihadistes Syriens et le CNS, financés et armés par les satellites de l’OTAN dans la région, la Turquie et l’Arabie Saoudite, ont échoué à renverser le pouvoir en place, cela après des années de soutien indéfectible de l’occident et une mise au ban diplomatique du pays. Comme les hommes de paille du bloc occidental n’ont aucune chance d’accéder au pouvoir, le plus simple est donc de refuser toute élection démocratique aux Syriens. La Russie sera donc un des seuls pays à reconnaître la légitimité des élections présidentielles Syriennes et à envoyer un observateur.

Pour l’Ukraine, la situation est exactement inverse : les putschistes sont parvenus à s’emparer du pouvoir, avec l’appui occidental et tout particulièrement de la CIA. Ils n’ont malheureusement pas réussi à conserver l’intégrité territoriale du pays, malgré l’aide des mercenaires étrangers, et leur légitimité aux yeux de la population et des fonctionnaires est très limitée comme en témoignent les défections violemment réprimées au sein de l’armée. Il est donc urgent pour le bloc occidental de conférer une légitimité, fut-elle de façade, aux autorités putschistes de Kiev. Et quoi de mieux pour ça que des élections ?

Ce qui ressort clairement de ces faits c’est que la notion de démocratie constitue une variable d’ajustement de l’agenda géostratégique occidental mais n’est jamais prise au sérieux par les élites au pouvoir. Tantôt épouvantail destiné à justifier l’interventionnisme impérialiste, tantôt façade destinée à légitimer une autorité politique de convenance. Le rideau de fer semble ainsi s’être déplacé vers un axe Tel-Aviv-Washington, ironie de l’histoire, nous sommes selon toute vraisemblance du mauvais côté…

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