En Iran, l’offensive discrète des entreprises américaines

Petit article sur ces américains qui commencent à « courtiser » l’Iran après leur avoir fait vivre la misère durant des années! Embargo, coupure du réseau swift, accusations diverses et variées… Le pire, c’est que au nom de l’embargo, les USA ont interdit à Peugeot PSA ainsi qu’à Renault de vendre en Iran, avec pour conséquence une très grosse baisse du chiffre d’affaire, des licenciements à la pelle (souvenez-vous des 8000 virés de chez PSA…), un affaiblissement des entreprises (avec rumeurs de rachats de PSA par les USA entre autres…).

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General Motors noue des contacts à Téhéran. Au détriment de Peugeot et Renault, paralysés par les sanctions.

Anticipant un dégel entre Washington et Téhéran, les entreprises américaines ont discrètement repris pied en Iran, vaste marché de 80 millions de consommateurs, riche en gaz et en pétrole. «La plupart des secteurs de l’économie américaine, y compris des sociétés cotées au Nasdaq, ont envoyé ces derniers mois des émissaires en Iran», affirme un industriel français, familier de la République islamique. Ces missi dominici utilisent souvent un passeport suisse, Berne représentant les intérêts américains depuis la rupture des relations diplomatiques en 1980 entre les deux pays.

La filière automobile iranienne est particulièrement courtisée par General Motors. Le géant américain est entré en contact avec Iran Khodro, qui travaillait jusqu’en 2012 avec Peugeot pour fabriquer des modèles 206 et 405 que le groupe français a cessé de livrer à l’Iran à cause des sanctions occidentales imposées à Téhéran pour ses ambitions nucléaires. «Depuis au moins six mois que les émissaires de General Motors se rendent en Iran, ils n’en sont plus au simple repérage du marché», avertit l’industriel, «mais plutôt à l’ébauche du contrat de reprise des activités de GM», qui était solidement implanté du temps du chah.

Pour sensibiliser les Iraniens à son retour, la multinationale de Detroit s’est même offert une campagne de publicité l’an dernier dans plusieurs journaux iraniens, via un grand cabinet d’avocats internationaux. Depuis, GM est même allé jusqu’à exporter cet été en Iran des modèles Camaro, via l’Azerbaïdjan. «Un premier lot pour tester la réaction du marché», note le concurrent français.


Cette initiative ne viole pas l’Executive Order Act 13645 signé le 3 juin dernier par Barack Obama. Ce décret présidentiel sanctionne toute entité étrangère qui vend ou fournit des pièces ou des services au secteur automobile iranien mais ne proscrit pas la fourniture de véhicules.

Renault y étant le principal opérateur étranger avec 90 000 voitures produites en 2012, le décret américain visait clairement la France. D’autant que le 16 juillet, le puissant lobby United Against Nuclear Iran n’a pas hésité à adresser à Carlos Ghosn, le patron de Renault, une sommation de se retirer d’Iran sous peine de sanctions américaines.

À travers «l’Executive order d’Obama, c’est un véritable nettoyage du marché automobile iranien qui se prépare pour faire place nette aux industriels américains avant un deal politique entre Téhéran et Washington», regrette un sous-traitant français, qui dénonce le peu de réponse que ce décret a suscité de la part des autorités à Paris. «Nous avons pourtant joué le jeu des sanctions américaines contre l’Iran ces dernières années», renchérit un diplomate au Quai d’Orsay. Paris est même allé parfois au-delà des exigences de Washington, comme le souligna un télégramme diplomatique de l’ambassade des États-Unis à Paris révélé par WikiLeaks et intitulé «La France à la pointe du glaive» contre l’Iran.

Avec la directive Obama, les industriels français de l’automobile ont la désagréable impression de ne pas être payés en retour. D’autant que General Motors vient encore de pousser son avantage: le centre d’achats mondial de la multinationale a envoyé une circulaire à tous les sous-traitants et fournisseurs de l’industrie automobile iranienne les menaçant de sanctions s’ils ne respectaient pas le décret Obama. Une manière de rappeler à l’ordre les récalcitrants au moment où les échanges d’amabilités entre les présidents Barack Obama et Hassan Rohani laissent entrevoir l’ouverture d’une nouvelle ère entre les deux pays. Comme souvent, l’économie a devancé la diplomatie.

Très discrètement, des cabinets américains de chasseurs de têtes ont approché des binationaux en Iran, même sans vergogne le Franco-Iranien représentant Renault. Et des sociétés comme Boeing – grand rival d’Airbus pour le remplacement de la flotte vieillissante d’Iran Air – ainsi que Caterpillar ne se gênent plus dans leur approche de ce marché porteur. Bien avant le réchauffement irano-américain amorcé lors de l’Assemblée générale des Nations unies, les patrons américains avaient remarqué que le guide suprême et numéro un du régime l’ayatollah Ali Khamenei avait autorisé des «contacts directs» avec des représentants du «Grand Satan». Avant l’élection présidentielle du 14 juin, qui a vu la victoire du modéré Rohani, «une équipe de haut niveau des gardiens de la révolution a été priée de plancher sur une check-list d’entreprises américaines avec lesquelles il serait convenable de travailler», souligne un expert de l’Iran.

D’autres rappellent que derrière les interdits, ce sont bel et bien des Américains qui ont livré l’an dernier – via un homme politique chiite irakien – un scanner dernier cri à l’hôpital du conseiller diplomatique du guide, le Dr Ali Akbar Velayati. Comme si les États-Unis fermaient les yeux sur certaines transactions «politiques» qui ne violent pas l’arsenal des sanctions imposées à l’Iran.

Retour des Européens

Les entreprises américaines ne sont pas les seules à s’intéresser au juteux marché iranien. «Les Japonais et les Allemands envoient eux aussi depuis un an des délégations d’hommes d’affaires», constate le sous-traitant français, qui rappelle que Siemens achemine toujours ses produits en contrebande via la Turquie. Dans ce dernier pays, «tout ce qui passe vers l’Iran se fait via l’Halk Bank, la banque de l’AKP, le parti islamiste au pouvoir, qui est détenue à 60 % par l’État», précise-t-il. Alors que l’ambassade de France à Téhéran a fermé son poste d’expansion économique, l’Italie, elle, vient de doubler l’effectif de son équipe commerciale. Même le «Petit Satan» britannique, qui a fermé son ambassade fin 2011, a recruté les services d’une société d’études qui travaille en collaboration avec des consultants en Iran pour repérer les marchés les plus porteurs.

«Cela fait mal au cœur de voir que la France est à la traîne, déplore un industriel, habitué de l’Iran, qui regrette le zèle du ministère de l’Économie à réclamer toutes les factures de son entreprise avec l’Iran, l’an dernier, c’est-à-dire deux mètres cubes de paperasse. «Les Français devraient se rendre compte qu’en cas d’accord entre nous et les Amé­ricains, leurs entreprises ne récolteront que des ­miettes», sourit un ­diplomate iranien. Un constat qui a pu pousser l’Élysée et le Quai ­d’Orsay à adoucir leur position vis-à-vis de Téhéran, comme on l’a constaté avec la récente rencontre Hollande-Rohani à New York.

Source: Le Figaro

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