Est-ce la fin du secret médical?

Quelle serait notre réaction, si nous apprenions :

  • Que le secret médical était aboli ?
  • Que les médecins devenaient complices de divulgations d’informations sur leurs patients hors du colloque singulier, de l’acte contractuel et de la sphère professionnelle ?
  • Que chacun de nos actes, de nos gestes, de nos prescriptions était scruté, analysé, comparé, mis en réserve pour des années d’utilisation ?
  • Que les pathologies de nos patients, leurs traitements, leurs facteurs de risques, étaient livrés à des organismes financiers ?
  • Que la relation de confiance qui unit patient et médecin au sein du colloque singulier est définitivement détruite ?
  • Que l’UNOCAM, devenue financeur et organisateur du système sanitaire au sein des réseaux de soins, disposait des données collectives et individuelles de nos patients ?
  • Que voyaient le jour des abaques pour chaque pathologie, chaque geste, avec comparaison immédiate des pratiques individuelles à celles-ci et désignation de comportement déviant ?
  • Que nous assistions à l’établissement prochain d’une « médecine automatique » basée sur des considérations statistiques et financières ?

Oui, quelles seraient nos réactions ?

La parution le 13.08.2013 au JO d’un décret relatif aux finalités et à la gestion du SNIIRAM doit nous alerter, tous, et nous faire poser cette question !

L’obtention de ces données était demandée de façon fort logique par les URPS depuis des années (les données des médecins appartiennent aux médecins), le texte du JO leur donne accès à ces informations mais, dans le même temps, il autorise l’accès à ces données à des dizaines d’organismes administratifs, de recherches, ou financiers.

Les données de nos pratiques, de nos patients vont être livrées…

L’intention comme toujours est louable : la recherche, les statistiques, l’épidémiologie… La réalité est probablement toute autre…

Faut-il rappeler que chaque internaute est suivi, observé, que des systèmes d’agrégation d’information, définissent selon ses « likes », ou à partir des mots ou tournures de phrases employés dans ses mails, ses goûts, ses envies, son orientation politique ou sexuelle… Informations vendues à prix d’or par les sociétés responsables de réseaux sociaux, d’internet, ou de fournisseurs d’accès, à des sociétés commerciales qui personnalisent alors leurs messages publicitaires.

Que le seul temple encore debout était celui de la santé de chacun, protégé par le secret professionnel… Avec ce texte paru au JO ce temple risque de s’effondrer, et la santé deviendrait dès lors, pour les organismes financiers, la connaissance ultime…

L’UFML appelle chaque médecin à la vigilance face à ce texte.
Des garanties doivent être obtenues quant à l’utilisation de ces données, garanties qui au regard du risque doivent être toutes autres que quelques lignes au journal officiel.

Le CNOM, la CNIL, le CNE doivent être saisis, les patients prévenus.

L’UFML tirera les conséquences de l’absence de garantie suffisante et prendra ses responsabilités au regard de la gravité de la menace.

Dans l’attente, l’UFML alerte les patients de la menace réelle d’une divulgation de toute donnée les concernant et appelle à la vigilance les associations de patients.

La dispersion des données du SNIIRAM menace l’existence même du secret professionnel, l’UFML ne peut l’accepter, pas plus que chaque médecin de ce pays.

Dr Jérôme Marty, Président de l’UFML

Source: unionrepublicaine.fr

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