Pourquoi un embrasement de la poudrière Coréenne pourrait bien ne pas s’y limiter

La situation actuelle dans la péninsule Coréenne est certes très instable mais également particulièrement originale de par son contexte géostratégique particulier, ce terrain de confrontation aussi concentré entre trois zones d’influence de superpuissances ne ressemblant à aucun autre.

Les puissants voisins de la Corée du Nord

La République Populaire et Démocratique de Corée, mieux connue sous le nom de Corée du Nord présente la particularité de se situer aux confins de trois zones d’influence séparées par son territoire :

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– Au Sud et à l’Est, la présence de la zone d’influence des USA via leurs satellites la Corée du Sud (jaune) et le Japon (orange) ;

– Au Nord, la fédération de Russie (vert) ;

– A l’Ouest, la Chine (rose)

Il n’y a en effet que 200 km entre Pyongyang (capitale de la RPDC) et Séoul (capitale de la Corée du Sud), 700 km entre Pyongyang et Vladivostok (600.000 habitants, capitale de la Primorie Russe), 800 km entre Pyongyang et Pékin et 1300 km de Pyongyang à Tokyo.

L’atome se moque des frontières et le Président Poutine s’y connait

Compte tenu de ce contexte géostratégique particulier, une explosion nucléaire touchant le sol Nord-Coréen provoquerait immédiatement des retombées dans l’ensemble de ces pays frontaliers. Le Président Russe Vladimir Poutine vient d’ailleurs de déclarer qu’un conflit nucléaire en Corée ferait ressembler la catastrophe de Tchernobyl à “un conte pour enfants”.

S’il est globalement admis que la Corée du Nord ne prendrait pas le risque de mener une attaque nucléaire au niveau de son rival du Sud 1, une attaque préventive ou une riposte des États-Unis si son territoire national était attaqué par un missile nucléaire à moyenne ou longue portée tiré de la Corée du Nord ne présente en fait absolument pas les mêmes garanties de dissuasion. Autrement dit, à bluffeur, bluffeur et demi : il est impossible de vitrifier Pyongyang sans gravement exposer Séoul et braquer immédiatement Pékin, Moscou et probablement Tokyo.

En cas de conflit armé entre la Corée du Nord et les USA, ces derniers ne pourraient pas plus envisager d’enfermer une éventuelle force de projection navale dans une nasse aisément verrouillable au Nord par la Russie 2 et au Sud par la Chine 3; la seule réponse adaptée pourrait donc venir des airs et sous forme conventionnelle : un point pour la Corée.

Une menace méconnue : les sous-marins de RPDC

Plusieurs sites alternatifs évoquent depuis quelques semaines une autre menace Nord-Coréenne beaucoup moins connue et commentée par les médias : la RPDC disposerait d’une flotte estimée à environ 70 sous-marins dont la moitié environ est très furtive et très mobile car les bâtiments sont de petite taille. Même si ces derniers sont assez anciens 4, les 25 à 50 hommes qui composent les équipages peuvent occasionner des dégâts considérables dès lors qu’ils sont projetés directement à proximité de leurs objectifs.

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(1) Un sous-marin de poche “Sang-O” Nord-Coréen : 35 m de long, 25 hommes et 2 ou 4 tubes

Les centrales nucléaires sur la longue liste des installations exposées à une telle opération d’infiltration en profondeur

Lors de l’incident dit “de Gangneung” en 1996, un sous-marin Sang-O s’était ainsi échoué accidentellement sur la côte de Corée du Sud ; son équipage, livré à lui-même avait ensuite crée de lourds dégâts avant d’être finalement neutralisé au bout de 53 jours de cavale par les quelques 40.000 militaires Sud-Coréens qui avaient été déployés pour les retrouver.

Plus récemment, un sous-marin de poche Nord-Coréen est également suspecté d’être à l’origine de l’incident de Baengnyeong au cours duquel une corvette Sud-Coréenne fut coulée le 26 mars 2010 faisant 46 victimes parmi son équipage.

Même vieux, même peu performants, ces sous-marins restent une menace qui n’est pas à négliger tant leur pouvoir de nuisance est élevé s’ils débarquent par exemple leurs commandos dans des lieux où personne ne les attend, loin des frontières de la RPDC. Nous estimons que dans la longue liste des objectifs possibles, les centrales électronucléaires figurent en bonne place car présentant un rapport nuisance / sécurité plus qu’intéressant pour une équipe de saboteurs mobile, entrainée et… suffisamment fanatisée.

Des sous-marins Nord-Coréens régulièrement perdus de vue

Une information reprise en avril 2012 par le Mainichi 5 et la chaine de TV Chinoise Chosen TV révélait que la Corée du Sud s’inquiétait de constater que plusieurs sous-marins de poche Nord-Coréens semblaient s’être faufilés à travers les mailles des filets pour disparaitre aux yeux du monde occidental, un évènement qui avait évidemment provoqué un certain regain de tension en Corée du Sud et au Japon. Les médias reportaient un incident similaire en mai 2010 (ZH/Yonhap).

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(2) La zone estimée de disparition des 4 unités Nord-Coréennes en avril 2012 (ZH/Chosen TV)

Plus récemment, un rapport confidentiel du MOD 6 semblait confirmer que plusieurs unités sous-marines Nord-Coréennes se seraient de nouveau “évadées” vers le 8 mars 2013.

D’après certaines sources 7, ces unités pourraient avoir été équipées de torpilles CHT-02D qui offriraient une capacité micronucléaire équivalente à la micro-munition W54 américaine, une charge pesant environ 23 kg et capable de délivrer une puissance maximale de 1000 tonnes de TNT (1 kt). Les objectifs éventuels de ces sous-marins pourraient se situer dans le port de Yokohama au Japon 8, ou celui de Busan en Corée du Sud.

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(3) Une munition nucléaire américaine W54 : 23 kg pour 20 tonnes d’équivalent TNT ! (wiki)

Les sous-marins Nord-Coréens utilisés comme “mines intelligentes” ?

D’après une autre source encore moins rassurante, le sous-marin de poche pourrait être lui-même être utilisé comme un vecteur de lancement susceptible d’exploser à proximité de son objectif ; le bâtiment devenant ainsi une “mine intelligente” capable de semer la destruction au niveau de bâtiments ennemis regroupés, de ports ou d’installations côtières militaires ou civiles.

Un champ de conflit no-limit

Les possibilités tactiques offertes à la Corée du Nord par ses expérimentations sur l’atome sont en fait extrêmement nombreuses et diversifiées et les observateurs commencent à réfléchir un peu plus sérieusement à l’incroyable complexité de la situation qui se développe actuellement dans la péninsule Coréenne et, plus généralement, dans l’ensemble de l’Asie de l’Est.

L’on commence ainsi à mieux appréhender et à cerner le discours parfois mystérieux du dirigeant Nord-Coréen quand il évoque des possibilités de frappe nucléaires variées et innovantes. Qu’il s’agisse de bluff ou d’une réalité même exagérée, la dissuasion nucléaire rentre en tout cas dans une nouvelle dimension, étendant à l’arme atomique une capacité asymétrique signant fréquemment le cauchemar et la désillusion des puissances conventionnelles.

La neutralisation des grosses bombes fiables par les petites bombes expérimentales représenterait un évènement majeur qui signerait la faillite du principe même de la dissuasion nucléaire telle qu’elle a été imaginée il y a 60 années par les seules puissances “dominantes”. Dans ce cas, après des centrales électronucléaires en décrépitude et des bombes atomiques inopérantes, que resterait-il donc au nucléaire ? Avons-nous encore le temps de nous écarter définitivement de cette spirale nucléariste aussi mortifère que superflue ?


Sources :

Allemagne : séjour mouvementé pour le président Poutine – Le Parisien, 8413

CRN1, sous-marins de Corée du Nord – Zone Sous-Marins

Infiltration de Gangneung – Wiki

Incident de Baengnyeong – Wiki

North Korean Atomic Bomb Subs Cause Global Panic – What Does It Mean, 3413

Torpilles et mines nucléaires dans la stratégie navale nord-coréenne – Le fauteuil de Colbert, 91210


(7)

  1. La RPDC entend depuis longtemps réunifier les deux Corée ce qui exclut a priori la vitrification de Séoul
  2. Vladivostok est le port d’attache de la flotte Russe du Pacifique
  3. La Chine et la Russie sont toujours théoriquement liées à la RPDC au titre d’un pacte d’assistance signé en 1961
  4. Basés sur des plans Soviétiques des années 1950
  5. Le lien original n’est hélas plus disponible
  6. Ministry Of Defence, Ministère de la Défense de la Fédération de Russie
  7. Dont une source réputée peu fiable mais parfois très, trop bien renseignée
  8. Port d’attache de la 7ème flotte US

Source: Gen4.fr

3 commentaires

  • fotoulaver fotoulaver

    Ça va friter dans’l saindoux cette affaire !

  • Ces brillantes analyses d’experts érudits en géopolitique ne mentionnent jamais la possibilité que ce ne soit qu’un gigantesque script global ou tout les gouverne-ments sont d’accord pour amener leurs peuples à s’entre-tuer ? Pourtant c’est très commun dans l’histoire ! Vérifiez en lisant l’histoire des Rothschilds !