Au boulot François !

Pour le célèbre théologien brésilien Frei Betto, le nouveau pape doit faire le choix de la rupture. Dialogue interreligieux, célibat, place des femmes : le chantier est immense.

Dessin de Coté paru dans Le Soleil, Québec Dessin de Coté paru dans Le Soleil, Québec

Le pape François devra faire face à des défis majeurs. Le principal sera d’instaurer une véritable collégialité au sein du gouvernement de l’Eglise et de réformer la curie romaine.

Pour pouvoir faire bouger ce nid de vipères, il devra congédier des supérieurs de congrégations (de véritables ministères au Vatican) et nommer à leur place des prélats qui, aujourd’hui, vivent hors de Rome et sont, par conséquent, virtuellement à l’abri de l’influence de la « famiglia curiale » exerçant de fait le pouvoir.

Pour modifier la structure monarchique de l’Eglise, François devra repenser le statut des nonciatures, valoriser les conférences épiscopales et le synode des évêques et, qui sait, créer de nouvelles institutions, comme un collège de laïcs capable de représenter l’Eglise comme peuple de Dieu, et non comme société cléricale prétendument parfaite. Ce ne sera pas une surprise si, d’ici peu, le nouveau pape convoque son premier consistoire afin de désigner comme cardinaux des évêques et des archevêques des cinq continents (et peut-être même des prêtres et des laïcs, connus sous le nom de « cardinaux in pectore », qui ne sont pas connus du public).

L’image de l’Eglise Catholique est aujourd’hui entachée par des scandales sexuels et des escroqueries financières. On n’attend pas du nouveau pape des comportements audacieux tant que Benoît XVI lui fera de l’ombre au Vatican. Mas il serait irresponsable de sa part de ne pas ouvrir au sein de l’Eglise le débat sur la morale sexuelle.

Permettre le mariage aux prêtres

Sur ce plan, les questions à approfondir sont nombreuses, à commencer par la sélection des candidats à la prêtrise. Il existe aujourd’hui une instruction de Rome aux évêques leur demandant de ne pas accepter de jeunes notoirement efféminés – une discrimination incompatible avec les valeurs évangéliques.

Cela équivaut à empêcher l’entrée dans la carrière sacerdotale de candidats hétérosexuels pourvus d’une masculinité digne de Don Juan. Le problème n’est pas une question d’apparence mais de vocation.

Si l’Eglise prétend augmenter le nombre des prêtres, elle devra nécessairement en revenir aux fondamentaux des premiers siècles et distinguer la vocation au sacerdoce de la vocation au célibat. Ceux qui se sentent capables de s’abstenir de toute vie sexuelle embrasseraient la vie monastique, religieuse, même si quelques uns deviennent ensuite prêtre au profit de leur communauté, tandis que les membres du clergé aurait la faculté de choisir la vie matrimoniale, comme c’est le cas aujourd’hui au sein des Eglises orthodoxe et anglicane, et pour les pasteurs protestants. Le chemin le plus court et le plus sage serait que le pape admette la réintégration des prêtres mariés au sein du ministère sacerdotal. Ils sont des milliers. Près de 100 000 dans le monde.

Poser la question des femmes

La mesure la plus innovante serait de permettre l’accès aux femmes à la prêtrise. Il n’existe pas de précédent dans l’histoire de l’Eglise, exception faite des pays socialistes, où, clandestinement, des évêques mal préparés avaient désigné des femmes, une ordination non reconnue par Rome par la suite. Dans les évangiles, on trouve des femmes clairement identifiables comme apôtres, bien qu’elles ne figurent pas dans la liste canonique des douze apôtres.

Donner la faculté aux femmes d’accéder à la prêtrise implique de modifier l’un des aspects les plus anachroniques de l’orthodoxie catholique, qui considère encore aujourd’hui la femme ontologiquement inférieure à l’homme. Cela renvoie à la célèbre question abordée en cours de théologie : l’esclave peut-il devenir prêtre? Oui, s’il est affranchi, car en tant qu’homme il jouit de la plénitude humaine. Quant à la femme, être inférieur à l’homme, elle est exclue de ce droit étant donné qu’elle ne jouit pas de celle-ci.

Relancer le dialogue avec les musulmans et les autres chrétiens

D’autres défis se présentent au nouveau pape, comme le dialogue interreligieux. Lors des derniers pontificats, Rome a accompli des pas significatifs pour améliorer les relations du catholicisme avec le judaïsme. Cependant, l’Eglise a reculé dans sa relation avec l’islam.

Article dans son intégralité: Courrier international

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