Mais pourquoi les Français aiment-ils tant mettre la tête de leurs élites sur des piques ?

Gnark! Gnark! Gnark!

La polémique autour de l’évasion fiscale de Gérard Depardieu n’en finit plus de rebondir et rappelle les rapports compliqués des Français avec leurs élites.

A partir de 1789, le peuple est amené à se positionner par rapport à ses élites. Avant on assistait à un simple dialogue.A partir de 1789, le peuple est amené à se positionner par rapport à ses élites. Avant on assistait à un simple dialogue. Crédit DR

Atlantico : Comment sont perçues les élites en France ? Faut-il craindre de voir les têtes de ceux qui ont réussi plantées sur des piques comme nous avons pu le voir au cours de notre histoire ? Les Français ont-ils une spécificité dans la façon de percevoir leurs élites ?

Jean-François Kahn : Les Français ont un rapport à la réussite qui est ambivalent, voire ambigu. Si l’on regarde l’affaire Depardieu, ce n’est ni le fait qu’il ait réussi, ni le fait qu’il ait de l’argent qui lui est reproché. Ce ne sont d’ailleurs pas les Français qui lui font des reproches. A l’origine, c’est simplement le Premier ministre qui dénonce son attitude – et non pas le personnage. Le tout a pris une tournure bien tragique dès lors que Gérard Depardieu a demandé à se faire retirer la nationalité, manifestant ainsi une volonté de renier l’Etat et la Nation.

Pourtant, la personnalité de Gérard Depardieu est très appréciée. Et là, nous avons quelque chose de typiquement Français : un mec beau parleur, rebelle, qui se permet de pousser des coups de gueule pour toutes sortes de raisons, qui se rend à Cuba et fait l’apologie du communisme ou participe à des soirées avec Poutine à Moscou ou encore à Grozny en Tchétchénie. Et je ne parle pas de ses écarts quand, lassé d’attendre dans un avion, il préfère uriner contre la porte ou, quand, après un accident de scooter, ivre mort, il préfère tabasser l’automobiliste. Malgré tout cela, les Français aiment Gérard Depardieu parce qu’il reste un éternel rebelle. Imaginez une telle personnalité dans un pays comme les Etats-Unis.

Même chose pour un Bernard Tapie : un homme d’affaires qui a fait de la prison et a été impliqué dans une multitude de scandales et qui se retrouve à racheter La Provence. En Amérique, si un entrepreneur aussi controversé cherchait à racheter le New York Times, l’opinion serait littéralement outrée. En France, on valide.

Par contre, d’autres types de personnalités, trop propres sur elles, sont littéralement honnies des Français. Un personnage comme Alain Minc, qui fait le tour des médias, des télévisions et des radios, sans une mèche qui dépasse, pour proposer tout un tas de théories économiques ou politiques – même s’il se trompe tout le temps – est rejeté par tout le monde parce qu’il n’a pas cette image de rebelle !

Eric Anceau : Il y a une spécificité. Nous avons un rapport très particulier aux élites depuis la Révolution française, en raison de notre passion pour l’égalité. Toutes les têtes qui dépassent un petit peu trop, les Français ont tendance à vouloir les égaliser. Les Français ont malgré tout conscience de la nécessité d’être gouvernés, du besoin des élites – j’utilise à dessein le pluriel. Mais en période de crise, ou lorsque les élites se comportent mal, car cela arrive, on assiste à une remise en cause de celles-ci.

Faut-il voir dans cette manière de percevoir les élites un héritage de notre histoire ? Cherche-t-on quelque part à reproduire les exemples du village Gaulois ou de la Révolution ? Le fait de s’en prendre aux élites est-il vraiment une spécificité française ?

Jean-François Kahn : Exactement ! D’ailleurs, Gérard Depardieu colle parfaitement à cette imagerie de l’imaginaire français. Depardieu, c’est celui qui a joué Cyrano et qui a joué Obélix. Forcément, cela ressort sur la manière dont on le perçoit et joue dans le fait qu’on ait tout de même une image positive de lui malgré toutes ses frasques.

Les Français sont fiers de cet héritage révolutionnaire et cherchent à l’entretenir. Nous sommes dans un pays où les rebelles ont systématiquement été magnifiés. Prenez l’exemple de Jean Chouan : sa révolte était déjà opposée au fisc ! Il s’opposait pendant la Révolution à l’impôt sur le sel. Déjà, c’est ce rejet qui est à l’origine d’une légende de rebelle.

Eric Anceau : Le phénomène a toujours existé, du moins à l’époque contemporaine. 1789, 1815, 1830, 1848, 1870, 1940 : à chaque crise majeure avec changement de régime, il y a eu une remise en cause des élites, qu’elles aient été responsables ou non. Les Français leur ont systématiquement imputé les difficultés qu’ils rencontraient à ce moment-là.

L’aristocratie d’Ancien Régime, entre 1787 et 1789, pour maintenir ou accroître ses privilèges, avait eu tendance à se crisper, à s’en prendre à la monarchie, et a ouvert une véritable boîte de Pandore de remise en cause du régime de la monarchie absolue, et par ce réformisme incomplet, a été jetée à bas, car elle était imbue de ses privilèges et critiquée comme telle. Cela dépend donc des périodes, mais à chaque problème, les Français se tournent vers leurs élites pour émettre des critiques.

Nous avons connu de très nombreux changements de régime sur la période contemporaine : de 1789 à nos jours, nous avons connu exactement 18 changements de régime. L’instabilité des régimes en France démontre notre rapport particulier aux élites. A un moment donné, les Français ne supportaient plus leurs élites et les ont jetées à bas. Bien qu’elles ne soient pas entièrement responsables des problèmes, les élites l’étaient en partie. Cela renvoie au problème de la réforme : les élites n’arrivent pas à réformer, et cet échec débouche sur des révolutions.  Les élites portent ainsi une part de responsabilité dans les crises, et elles en subissent les conséquences.

Mais les élites sont malgré tout perpétuées au pouvoir depuis 1789, comme de nouveaux ouvrages le montrent. On retrouve sans cesse des avatars des mêmes élites, comme celle de la bourgeoisie au 19ème siècle. Beau de Loménie, un monarchiste, critiquait déjà la montée en puissance de la bourgeoisie au 19ème dans « La Responsabilité des dynasties bourgeoises », il n’en demeure pas moins que ce sont les mêmes familles que l’on retrouve au pouvoir.

Article complet: Atlantico

20 commentaires

  • nostress nostress

    rien à changer c’est toujours le Moyen age , le roi = gouver,les saltinbanques = artiste ,le fou du roi = artiste a la botte = clavier …
    l’armée,l’église= la tv ,les serfs serves = esclave and now = service ,les vilains = now les litles entreprisent ,la taille= les impots ,la dime idem … enfin bref 1789 …une blague bourgeoise , et la revolution en math c’est un ret sur ces pas …

  • Emy Emy

    béee je pense qu’il faut que les élites disparaissent.
    nous devons tous devenir des élites pour que les élites disparaissent, un monde sans élite est plus juste ça réduit les inégalités car le fait d’avoir quelqu’un au-dessus de soi crée déjà un conflit.

  • nootrope12

    Les formes familiales traditionnelles et leur impact sur les sociétés :
    http://www.europepolycentrique.org/carte.htm
    On comprend mieux pourquoi les russes supportent les pires choses, les français sont « révolutionnaires », les anglais coincés entre libertés et pires inégalités.

  • ThePowerOfLove888

    Il y a bien longtemps que le PS a rendu son passeport tricolore

    Gérard Depardieu est-il parti s’installer aux Iles Caïmans ? Est-il allé se réfugier dans une Hacienda au Paraguay, emportant avec lui toute sa fortune en lingots d’or ? Non, il est parti habiter en Belgique, à 50 kilomètres de Bruxelles.

    Gérard Depardieu ne fait absolument rien d’illégal, il applique à la lettre l’Acte unique européen qui prévoit la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes.

    Qui a négocié et mis en place cet Acte unique ? Le gouvernement alors dirigé par Laurent Fabius. Qui a négocié le traité de Maastricht ? Qui a entériné toutes les négociations du Gatt (la future Organisation Mondiale du Commerce) prévoyant l’ouverture intégrale des frontières ? Qui a appelé à voter oui au traité constitutionnel européen ? Qui a soutenu le traité de Lisbonne ? Qui soutient et négocie le mécanisme européen de stabilité prévoyant de transférer à Bruxelles le contrôle du budget français, donc des impôts ? De Delors à Lamy, de Mitterrand à Hollande, des socialistes, des socialistes, toujours des socialistes.

    On comprend que Gérard Depardieu soit outré de se voir traiter de minable par Jean-Marc Ayrault. Il se vit comme Européen et se déclare citoyen du monde. Il ne fait en cela que répéter une antienne que les socialistes rabâchent depuis 40 ans. Il ne fait en cela qu’épouser la politique socialiste qui avec constance depuis 30 ans déshabille le pouvoir national pour en transférer des pans entiers aux régions ou à Bruxelles. Il ne fait en cela que se partager la vision internationaliste du monde des socialistes. Comment lui reprocher d’aller au bout de cette logique ?

    Gérard Depardieu rend son passeport français ? Il y a bien longtemps que les socialistes ont rendu le leur. Gérard Depardieu est un vrai socialiste français.

    Causeur via http://www.actionfrancaise.net

    • Bidule

      Ben oui, mais dans certaines circonstance être nationaliste c’est mal vu = être fasciste et dans d’autre c’est bien vu .. Ca dépend ça madame…

      On croit rêver…

    • jp31 jp31

      Rép d’un fouineur:je ne m’attarderai surtout pas sur cette ‘récrée’..
      quoi-que:pendant qu’il se passe un certain diver-ti-sse-ment
      en pseudo-gaulois,l’ombre

      l’ombre agit comme d’habitude sous ‘couverts’

      Il y a bien longtemps que le PS a rendu son passeport tricolore

      et ceux O yeux de tous,depuis très peu,avec vos,nos ‘prétendus impots’:

      le bleu,blanc,rouge
      n’éxiste plus sur ce nouveau site du pseudo gouver-ne-ment,
      re-nouveau site a 50 000 euro

      goinfrez-vous de ceci,,

      elyse.com :(je n’enleve que le ‘e’,comme sur la foto’off-cielle’..