Peut-on durablement consommer sans produire en France ?

Le débat est lancé, entre exportations et mondialisation, mise à mort de certains métiers et désir de profit absolu, la France est mal en point et devient chaque année un peu plus dépendante de l’extérieur. Comment être, rester ou redevenir (suivant le cas) un grand pays alors que nous ne défendons même plus ou à peine ces richesses?

Autrefois de nombreuses entreprises arboraient en France le fier qualificatif d’« import-export ». En ces temps – pas si reculés – le commerce consistait en un échange de produits et services réalisés dans son propre pays contre des biens ou des services réalisés ailleurs du fait de la géographie, des économies spécialisées ou des conditions du marché.

Aujourd’hui en France tout concourt à faire de notre pays une « grosse économie » paresseuse et dépendante des créanciers qui se contente d’importer tout ce qu’elle n’a pas (plus) le courage et l’envie de produire.

Prenons simplement trois exemples emblématiques de notre économie de la consommation :

– la téléphonie mobile : jadis (il y a moins de 15 ans) lors du lancement de ce service des constructeurs français étaient présents (Sagem ou Alcatel) et vendaient des téléphones de qualité, produits souvent en France, aux côtés de Nokia ou de Siemens, autres marques européennes qui produisaient sur le continent. Aujourd’hui la téléphonie mobile compte pour 5 milliards d’euros dans le déficit du commerce extérieur, plus aucun téléphone n’est fabriqué en France depuis des années (Alcatel signant des téléphones low cost produits en Chine). Pis encore, si on fait le compte des équipements professionnels de télécommunication, des applications téléchargées sur les différents « markets » par les utilisateurs et évidemment de la vente des téléphones, on peut dire que cette activité est devenue une source massive d’évasion de richesses et de perte d’indépendance pour notre pays (ne parlons pas d’Internet non plus).

– l’automobile : il y a 10 ans encore l’automobile participait à hauteur de 10 milliards d’euros au solde positif de notre commerce extérieur. Aujourd’hui le solde négatif est d’environ 5 milliards d’euros – mais combien dans les prochaines années ? Si Renault, malgré la conjoncture morose, gagne encore de l’argent c’est à la fois sur des marchés étrangers (hors Europe) mais aussi et surtout parce qu’il produit à bas coût hors de France. Avec un taux d’occupation des usines de 60 % en France on peut estimer que les droits à polluer permettent d’assurer les paies des salariés qui produisent (et produiront) de moins en moins. A un moment ou à un autre il faudra bien fermer nos usines – ou alors accepter qu’elles ne servent plus que de musées du XXe siècle industriel.

– l’alimentation : c’est toujours un secteur porteur et qui apporte un excédent annuel (en 2011) de près de 11 milliards à notre commerce extérieur. Mais attention : nos produits sont bien peu positionnés sur l’air du temps : bio, sans engrais ni pesticides. Là encore nous n’avons pas pris les bonnes décisions il y a 10 ou 15 ans et le coût de la main d’œuvre agricole pèse de plus en plus sur nos prix.

Qu’en déduire sinon que notre pays n’aime plus guère produire, qu’il se croit encore en position dominante d’Empire pouvant dicter ses lois économiques au monde entier et que si nous n’abandonnons pas très vite le mythe de relance keynésienne par la consommation nous deviendrons collectivement un pays d’assistés, dépendant du crédit des autres, visité comme un musée des XIXe et XXe siècles mais certainement pas comme une nation capable de fournir des solutions ou des services pour l’avenir – qui avec 7 milliards de terriens sera laborieux ou ne sera pas.

Didier Cozin, ingénieur de formation professionnelle

Source: lemonde.fr

20 commentaires

  • morphéus morphéus

    Le but de ce système n’est pas seulement le profit immédiat, mais aussi de rendre les gens dépendants pour mieux les contrôler ; la liberté n’est possible que pour ceux qui sont autonomes…
    C’est aussi dans ce but que l’on a détruit la paysannerie dans nos pays, et qu’on est en train de le faire dans les pays du sud.

  • bigtrip

    Je ne sais pas si vous vous êtes interessés à la série continuum, mais on va droit à ça.
    privatisation de tout, droit de payer et de consommer mais sous conditions.

    ne parlons même pas de monsanto qui outre le fait d’avoir génétiquement breveté le vivant en brevetant 1 gène s’occtroie le droit d’interdire sous peu les jardins potagers…

    controler l’économie permet de controler le peuple, les peuples du monde entier qui, allez savoir pourquoi, sont totalement endormis.

    • morphéus morphéus

      Pourquoi? Il y a certainement des réponses à trouver quand on connaît les effets du fluor, et ceux du glutamate, par exemple…
      La vrai résistance commence par l’autonomie, il faut re-conquerir les campagnes et produire pour soi et ses proches des produits naturels.

      • bigtrip

        Tout à fait d’accord Morphéus,

        pour ma part, je me suis interessé à la conservation des semences ‘originales’ et j’ai de quoi planter pour moi et mes amis.
        De plus entre voisins, nous avons montés une sorte de petit marché gratuit, viande, légumes, fruits.
        des petits services en échanges, coup de main pour la taille, pour le ramassage enfin une sorte de nouvelle façon de vivre.
        les commerces pour nous c’est de moins en moins :)

      • morphéus morphéus

        Nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre l’importance d’un retour à l’autonomie et aux réseaux amicaux façon «tribu». Je fais la même chose de mon coté…
        Pour changer le monde, il faut commencer par changer soi même !

      • bigtrip

        En effet,

        nous nous en sommes rendus compte sur une chose toute bête.
        tous nos composteurs donnaient de super terreaux, on a donc commencés à discuter de ce que l’on mettait dedans puis de fil en aiguille, on s’est aperçu du gachis de la sur consommation.

        deux agriculteurs amis se sont aussi aperçus que les règles d’hygiène les obligeaient à se débarasser de certains morceaux alors qu’ils peuvent nourrir une bonne dizaine de personne en une soirée dehors ou finir en pot au feu tous réunis autour des cheminées en hiver.
        pour le bois ( aucun de nous n’est au gaz, un seul est indépendant energiquement vis à vis d’EDF ) nous sommes toute une petite tribu à abbatre sur un terrain privé une fois par an, deux jours de boulot de dingue mais un vrai plaisir ensuite.

        bien sur ca ne plait pas à tous, beaucoup aimeraient nous voir galérer, mais pour le moment depuis 4 ans, on s’émancipent peu à peu de toutes les « obligations » d’achat.

        la télé est bannie, je garde le PC sur un wifi gratuit pour pouvoir communiquer et ne pas rester sur le carreau vis à vis des infos, mais le reste, quand je vois ma gamine de trois ans qui rentre bientôt en matrnelle, qui récite l’alphabet en s’amusant, qui compte jusqu’à 20 sans erreurs, qui additionne, soustrait et même commence les divisions et bien je dois dire que je suis fier de ma petite voisine à la retraite, ancienne enseignante, qui prend du plaisir à ne pas être seule en lui apprenant tant de choses.

        le monde sans fric, c’est la vie pure.

  • Bouffon

    1. Pour produire faut des salaires qui sont compétitifs, le SMIC et le RMI sont du dupping salarial déguisé plombé par des salaires mondialisés.

    2. Si les gens voudrais bosser la question ne se poserai pas, il n’ont pas besoin des autres pour se lancer, ni d’être dans l’illégalité pour être compétitifs.

    3. La paperasse et les normes sont trop nombreuse, elle pénalise tous ceux qui n’habitent pas des pays émergents.

    4. Le consommateur est pris pour une vache à lait, il a compris que pour être plus libre, il doit se réapproprier la technologie.

    5. On lave le cerveau des employé, on les use jusqu’au certificat médicale et ensuite on se débarrasse du problème sur la communauté.

    Tout ceci redéfini complétement l’entreprise, la production et la consommation.

    Autrement c’est un très bon article de la pensée unique, ça devrais en effrayé plus d’un, mais c’est pas ça qui va faire accepter les technologies qui relanceraient la productivité.

  • BLEU CERISE

    – La déclaration de MEDVEDEV prouve selement que c’est un homme d’état …lui ! , qu’il ne se contente pas d’aller faire des rondes jambes chez MERKEL, ni de détricoter ce qu’a fait son prédécesseur: il envisage l’avenir en essayant de tirer les leçons du passé , il considère que la suprématie des énergies fossiles n’aura qu’un temps , et qu’il convient d’envisager l’après pétrole pour positionner la RUSSIE dans le bon créneau pour le siècle à venir. Une grande partie de l’économie russe étant financée par la vente à l’occident du gaz sibérien ,ce problème est crucial pour les russes ,et va au delà de la crise OTAN -IRAN- SYRIE…qui de toute façon aura lieu.