La dissuasion nucléaire, sans tabou….

« Si vis pacem para bellum » on en sort pas!  et depuis Végèce rien n’a changé…. Rêver de paix et d’harmonie, n’est pas pour demain…….

Essai nucléaire dans le Pacifique

La dissuasion nucléaire est un sujet essentiellement discret. Les grands discours présidentiels modèlent la doctrine française depuis 1965, mais le débat public n’atteint pas ce qui constitue le cœur de la souveraineté nationale. Un solide consensus politico-militaire règne. 

Or, dans plusieurs cercles de réflexion, des voix commencent à questionner le domaine sacré.

Dans un appareil militaire qui rétrécit, « la part du nucléaire grandit et va grandir. Nous arrivons à des choix extrêmement difficiles entre le nucléaire et ce qui reste pour l’armement conventionnel », a assuré le député (UMP) Yves Fromion, un des rapporteurs du budget de la défense, lors d’une rencontre organisée à Paris par le Groupement des industriels de l’armement terrestre (Gicat), le 18 octobre.

« Dissuasion, projection de puissance, projection de forces : que reste-t-il pour chacune de ces missions ? », a interrogé un des hauts gradés de l’armée de terre, dans le même cénacle.

Un débat était organisé à l’Ecole militaire le même jour pour les 4es Rencontres parlementaires de la défense. « Nous assumons aujourd’hui des décisions prises dans les années 1990, mais il va y avoir dans les cinq prochaines années des arbitrages très difficiles », a abondé Louis Gautier, président du club socialiste Orion – Jean-Jaurès (et membre du conseil de surveillance du Monde).

« La contrainte budgétaire pèse sur le maintien en condition opérationnelle des équipements, et cette contrainte va s’appliquer à la dissuasion », a précisé un industriel, Patrick Boissier, PDG des chantiers navals DCNS, qui fabriquent les sous-marins nucléaires.

Le débat n’était pas attendu avant le milieu du prochain mandat présidentiel, car c’est en 2015 que doivent être prises des décisions importantes pour préparer la prochaine génération de missiles et de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, à l’horizon 2030.

Egalement dans les cinq ans qui viennent, les membres de l’OTAN vont entrer dans des discussions plus tendues autour de l’édification d’une défense antimissile du territoire européen qui, pour certains alliés de la France, doit se substituer à la dissuasion.

La crise financière paraît précipiter les choses. La crainte d’un déclassement stratégique de l’Europe est forte.

Des coupes sont annoncées dans tous les budgets militaires européens, qui ont déjà désinvesti 24 milliards d’euros ces treize dernières années. Notamment au Royaume-Uni, seule autre puissance nucléaire européenne. Londres a repoussé à plusieurs reprises sa décision de maintenir ou non ses moyens sous-marins de dissuasion.

En France, les inquiétudes sont vives dans l’armée de terre, qui a déjà été sortie de la dissuasion depuis le démantèlement des armes sol-sol du plateau d’Albion en 1996 et se vit à présent comme une armée de poche. Pour la première fois de son histoire, elle comptera en 2012 moins de 100 000 hommes -le nombre de soldats que les Japonais ont déployés à Fukushima.

Les réflexions actuelles ne portent pas de remise en cause de « l’assurance-vie de la nation ». Pour 2009-2014, 20 milliards d’euros ont été inscrits au budget pour rénover les deux forces stratégiques, l’océanique et l’aérienne.

Un important cycle de modernisation s’achève.

« La France a un arsenal nucléaire cohérent, solide, et payé. C’est un des points de stabilité de notre politique de défense », estime M. Gautier, qui ne voit pas quel homme politique, « après avoir approuvé de telles dépenses, pourrait expliquer qu’il faut s’en passer ».


Sans en avoir tiré tous les bénéfices politiques sur la scène internationale, la France a en outre arrêté ses essais nucléaires, et réduit son arsenal au nom du principe de la « stricte suffisance » : de 600 têtes et plus de 6 milliards d’euros (31 % du budget de la défense) dans les années 1980, à 300 têtes et 3,5 milliards d’euros (10 % du budget) aujourd’hui.

C’est à une désacralisation de l’arme suprême que pousse la pression financière sur l’outil de défense.

Le traité stratégique franco-britannique du 2 novembre 2010 prévoit de mutualiser les installations de simulation des armes, un pas qu’il était impensable de franchir il y a quelques années. Pour sanctuarisés qu’ils soient les moyens nucléaires sont en outre appelés à servir de plus en plus le secteur conventionnel : satellites, technologies navales, missiles, ravitailleurs, chasseurs…

Pendant la guerre du Golfe, François Mitterrand avait refusé d’utiliser les escadrons nucléaires, proposés pour leurs capacités radar notamment. En Libye, Mirage et Rafale de la force stratégique ont assuré une part significative des missions, dans la logique nouvelle de polyvalence des équipements militaires.

Les choix relèvent essentiellement du pouvoir présidentiel, rappelle Bruno Tertrais, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique : « Si le président affirme que la crédibilité de la dissuasion peut être assurée avec moins, elle le sera. »

Choisir de passer de quatre à trois sous-marins lanceurs d’engins, c’est-à-dire abandonner « la permanence à la mer » de la dissuasion, serait une rupture. Partager davantage avec les Britanniques en serait une autre.

En reprécisant les frontières de la dissuasion, le débat devrait être un moyen d’échapper à la seule équation financière.
Un article de Nathalie Guibert, publié par lemonde.fr partagé avec sauve-la-Terre

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