À Kiev, des ultra-nationalistes ukrainiens saccagent le tribunal dans lequel leur commandant doit être jugé…

La pression monte en Ukraine.

Alors que le centre de la capitale ukrainienne regorge d’ultra-nationalistes qui assurent le Maïdan 3.0 en face de la Rada, des provocations contre l’un d’eux ont dégénéré jusqu’au saccage du tribunal où ce dernier devait être jugé.

Tout commence vendredi 21 octobre, lorsque Mykola Kokhanivsky, le commandant d’un bataillon de volontaires de l’OUN (Organisation des Nationalistes Ukrainiens, organisation à laquelle a appartenu Stepan Bandera le collaborateur des Nazis en Ukraine pendant la Seconde Guerre Mondiale) tire avec une arme non létale sur Rouslan Kachmala (surnommé Rem), un nationaliste d’un autre bataillon.

En plus d’être le commandant d’un bataillon de l’OUN, il faut savoir que Mykola Kokhanivsky est l’ancien chef de l’OUN, et qu’il avait déjà été arrêté en février lors d’affrontements avec la police concernant le blocus total du Donbass, qu’il soutient.

D’après les informations données par l’épouse du commandant, Katerina, Kachmala aurait rencontré le couple, puis se serait mis à insulter et à menacer Kokhanivsky, avant de l’agresser physiquement. En plus des coups, Kachmala aurait utilisé du gaz, obligeant Kokhanivsky à utiliser son pistolet traumatique contre lui (pistolet non létal), le blessant suffisamment pour faire cesser l’affrontement.

Kokhanivsky est alors immédiatement arrêté, en attendant de comparaître lundi devant le tribunal pour décider de son sort.

Mais lundi 23 octobre, le juge du tribunal du quartier de Sviatochinski, à Kiev, annonce un report de l’audience jusqu’au lendemain matin 9 h. Un report qui n’a pas été du goût des ultra-nationalistes venus soutenir leur commandant. De peur qu’il ne soit emmené en centre de détention, ils bloquent alors la salle d’audience et exigent que l’audience reprenne immédiatement, persuadés qu’elle aboutira à la libération de Kokhanivsky.

Le juge ayant refusé de se plier aux injonctions des radicaux, et la police ayant essayé de les déloger à coup de gaz lacrymogènes, les ultra-nationalistes ont alors saccagé la salle d’audience, brisé les fenêtres et utilisé les meubles de la salle pour se barricader (ou les jeter) contre les forces de l’ordre qui essayaient de remettre de l’ordre dans le tribunal.

Finalement ils passeront toute la nuit dans la salle d’audience dévastée, qu’ils ont décorée de leurs drapeaux. Ce matin à 10 h 15 la police est parvenue à briser les barricades, et a arrêté au moins 30 personnes (dont la femme de Kokhanivsky) pour hooliganisme commis par un groupe de personnes et dommages sur une propriété de l’État.

Photos: Facebook Ganna Lissitsia

Trois journalistes (un de Strana, un de Hromadske et un de l’agence Unian) présents sur place, ont aussi été arrêtés et frappés par la police malgré la présentation de leur carte de presse. Le ministère de l’intérieur s’est excusé auprès d’Unian et de son correspondant, et le chef de la police nationale a fait de même auprès de Strana et de son journaliste.

La caméra du journaliste de Hromadske aurait aussi été cassée par les forces de l’ordre après qu’il ai enregistré avec les coups qu’il recevait de la part des policiers. Encore une fois, les forces de l’ordre ukrainiennes montrent leur « grand respect » des droits de l’homme et de ceux des journalistes. Ce comportement est d’autant plus inacceptable que les journalistes se sont tout de suite identifiés comme tels lors de l’assaut en montrant leurs papiers.

Si, pour le moment, la situation est calme, la police reste en alerte, car les soutiens de Kokhanivsky ont menacé d’interrompre de nouveau l’audience qui doit décider de mesures préventives contre leur commandant.

Ce genre de scène, où les ultra-nationalistes ukrainiens refusent de laisser la justice faire son travail à leur encontre, le plus souvent avec succès, est malheureusement devenue monnaie courante en Ukraine.

Mais au vu de l’implication importante des ultra-nationalistes dans le nouveau Maïdan en cours, on peut se demander si la provocation initiale n’a pas été faite délibérément pour pousser Kokhanivsky à la faute et essayer ainsi de le neutraliser par voie judiciaire.

Christelle Néant pour DoniPress

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