La résolution pacifique du conflit dans le Donbass dans l’impasse – Accords de Minsk, casques bleus, Kiev sabote toutes les options….

Ça s’enlise en Ukraine et, la résolution ne va pas être simple.

Suite à la proposition surprise par Vladimir Poutine d’introduire une mission de casques bleus dans le Donbass, certains espéraient que cela permettrait d’instaurer la paix dans la région. Mais il suffisait de comparer la proposition russe à la proposition ukrainienne, comme l’a fait Karine Béchet-Golovko, pour se rendre compte du côté irréconciliable des deux.

La proposition ukrainienne (pas de Russes parmi les casques bleus puisque Kiev accuse la Russie d’être l’état agresseur, ils doivent occuper tout le Donbass et remplacer l’OSCE) étant inacceptable pour la Russie et pour les Républiques Populaires de Donetsk et Lougansk (RPD et RPL), et la proposition russe étant inacceptable pour Kiev (présence de soldats Russes, ces casques bleus ne seraient que des « gardes du corps » des observateurs de l’OSCE et uniquement sur la ligne de front), alors à quoi joue Poutine en faisant cette proposition s’il est évident qu’elle va échouer ?

Dès que les détails de cette proposition ont été communiqués, je savais qu’elle était morte avant même d’être soumise à l’ONU. Si Poutine soumet ce projet alternatif c’est pour, comme dans d’autres dossiers comme la Syrie ou la Corée du Nord, mettre ses adversaires face à leurs contradictions.

Ainsi, alors que la Russie a rappelé qu’une telle mission de casques bleus devait être coordonnée avec la RPD et la RPL, Kiev a immédiatement rejeté ce point, en déclarant qu’elle n’avait pas besoin de l’accord des deux républiques. Or la discussion directe et la négociation avec la RPD et la RPL fait partie des accords de Minsk que Kiev a signés et qu’elle prétend appliquer. De plus, il est impossible de mettre en place une mission de maintien de la paix sans s’accorder sur ses modalités avec les deux parties du conflit en présence.

En s’arc-boutant ainsi sur sa rhétorique délirante de la Russie comme état agresseur dans le Donbass, l’Ukraine saborde elle-même ses propres demandes (souvent répétées) d’envoi de casques bleus. En refusant de front la proposition ukrainienne, la Russie passerait pour le méchant de l’histoire, en proposant une alternative sensée et conforme aux standards et au droit international, Poutine va pousser l’Ukraine et les États-Unis à refuser la proposition russe, et à montrer leur vrai visage : des bellicistes qui se cachent derrière le droit international comme derrière un paravent, et qui sont prêts à le jeter dès qu’il ne sert pas leurs intérêts.

La Russie montre aussi par la même occasion (comme avec les accords de Minsk) aux européens, qu’elle souhaite une résolution pacifique du conflit, et pas du tout un scénario de résolution par la force, mais aussi qu’elle respecte les procédures et standards du droit international. Poutine pose ainsi la Russie comme un exemple à suivre, et laisse ceux qui veulent s’asseoir sur le droit international dévoiler leur jeu tous seuls comme des grands.

Car les États-Unis, insistant pour que les casques bleus soient déployés dans tout le Donbass, vont de facto refuser la proposition russe qui ne se conforme pas à cette exigence. Et la Russie ayant rappelé qu’elle n’est pas partie prenante du conflit, il n’y a aucune raison légalement valable de refuser la présence de casques bleus russes pour cette mission.

Cette proposition court droit à l’échec. Il faut donc l’interpréter comme étant un coup de communication stratégique à destination de la communauté internationale, et surtout de l’Europe, alors que la Russie voit bien que l’Ukraine se rapproche de plus en plus d’une relance des hostilités à grande échelle dans le Donbass.

D’abord avec cette fameuse loi de réintégration du Donbass, où Kiev compte désigner la Russie comme l’état agresseur, et justifier ainsi le recours à l’armée pour reprendre le contrôle des territoires soi-disant occupés (ils ne sont occupés que par ses habitants, toute désoccupation serait donc synonyme de purification ethnique et donc de génocide). Le tout sans parler de guerre mais « d’opération de défense de l’Ukraine », afin de continuer à pouvoir recevoir des fonds du FMI, et faire croire qu’ainsi elle ne déclare pas ouvertement la guerre à la Russie.

Mais il ne faut pas se leurrer, cette loi si elle est votée signera officiellement la mort des accords de Minsk. La Russie le sait. Et l’Ukraine semble décidée à voter cette loi le plus rapidement possible.

Cette volonté de relancer rapidement les hostilités se voit d’ailleurs dans l’évolution récente de la situation. Entre avant-hier et hier, à la veille d’une nouvelle réunion à Minsk, l’armée ukrainienne a commis 41 violations du cessez-le-feu, et tiré 76 obus de mortier de 82 mm et 120 mm. Si le nombre de violations a diminué durant les dernières 24 h, pour tomber à 18 violations, cela est déjà trop alors que la trêve de la rentrée scolaire est entrée en vigueur il y a à peine deux semaines.

Et si elle diminue ses tirs à l’arme lourde, l’armée ukrainienne se rattrape en augmentant l’activité de ses snipers, entre autre près de Gorlovka. Cette recrudescence de l’activité des snipers a eu des conséquences sanglantes pour l’armée de la RPD, avec deux soldats morts en 24 h à cause de ces tirs.

Au vu des informations dont dispose l’armée de la RPD, cette baisse d’activité de l’artillerie ennemie n’est que temporaire. Il semble que les 57e et 92e brigade des Forces Armées Ukrainiennes aient reçu l’ordre de mener des tirs de provocation, y compris avec des armes lourdes, afin d’obliger l’armée de la RPD à ouvrir le feu en retour.

Pourquoi maintenant ? Pourquoi Kiev semble accélérer la reprise des hostilités ? Parce que l’Ukraine va de plus en plus mal et Porochenko est sur la sellette. D’ailleurs lui-même est forcé d’admettre que la population ukrainienne est mécontente de la situation (il est même obligé d’avouer que le niveau de vie de la population s’est effondré en trois ans) et du gouvernement actuel.

La dette de l’Ukraine atteint désormais 80 % du PIB, après avoir augmenté de 1,39 % en un mois à peine ! On voit mal comment elle va pouvoir rembourser ce qu’elle doit, sans même parler de ce qu’elle continue de mendier au FMI, aux États-Unis et à l’UE.

Le but de Porochenko est de relancer les hostilités pour obliger la Russie à intervenir, afin de justifier une intervention de l’OTAN pour secourir l’Ukraine de l’invasion russe. Et si le plan ne marche pas, il suffira de continuer la propagande en disant que si le pays s’est effondré ce n’est pas de la faute du gouvernement, ou du Maïdan, mais de la Russie qui a soi-disant envahi l’Ukraine, et qui aura écrasé l’armée ukrainienne. Même sans preuves, et même après qu’une commission d’enquête neutre aura prouvé le contraire, la rhétorique russophobe sera encore utilisée. Comme avec la Géorgie en 2008. Jusqu’à ce que les Ukrainiens n’en puissent plus d’avaler des couleuvres….

Conscient de l’évolution rapide de la situation, et du risque de reprise du conflit, Alexandre Zakhartchenko, le chef de la RPD, a commenté ces derniers développements lors des célébrations du 74e anniversaire de la libération du Donbass :

Christelle Néant pour DoniPress

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