Réflexion : Deux analyses sur le Vénézuela…

Une première analyse de Robert Bibeau pour Les7duQuébec… Vos avis sont les bienvenus…

LE VENEZUELA AU CRÉPUSCULE DE LA «RÉVOLUTION BOLIVARIENNE»

En 1998, une faction du capital vénézuélien, s’appuyant sur l’armée et bénéficiant de l’appui d’une large portion de la petite bourgeoisie nationaliste et gauchiste (charger de mobiliser la population pauvre des Barrios), a porté au pouvoir « El Comandante » Hugo Chavez après deux coups d’État ratés. Afin de consolider son pouvoir chancelant, Hugo Chavez a financé, à même la rente pétrolière nationalisée, un train de mesures sociales (crèches, écoles, enseignement supérieur, dispensaires, médicaments, aides alimentaires, etc.) qu’il a qualifié de « Révolution ». « La Révolution bolivarienne est le nom donné par ses partisans au mouvement de réformes et de redistribution de la rente pétrolière initié par Hugo Chávez au Venezuela après son arrivée au pouvoir » (1).

C’est par le développement de ces services publics que la petite-bourgeoisie de gauche trouva à s’employer et stopper sa migration à l’étranger. Ce type de services est courant dans les pays industriels avancés, mais inexistants, pour les pauvres du moins, dans les pays capitalistes « émergents ». Hugo Chavez a présenté cette mise à niveau des services sociaux nationaux comme une Révolution sociale populiste – un peu comme « l’Équipe du tonnerre » au Québec réalisa la « Révolution tranquille » en 1960. Après une phase de « take off », une économie industrielle en expansion réclame toujours une telle mise à niveau afin d’assurer la formation des travailleurs et la reproduction d’une force de travail de plus en plus dispendieuse et qualifiée. Ce que reconnaissent les experts gauchisants qui étudient la « Révolution bolivarienne » en tant que modèle de modernisation du mode de production capitaliste sur le continent latino-américain : « Au-delà du seul Venezuela, l’étude de la révolution bolivarienne est d’autant plus intéressante, qu’elle a amorcé le passage à gauche de nombreux pays d’Amérique latine en ce début de XXIe siècle, occasionnant des changements profonds et inédits à travers le continent, avec plus ou moins de succès selon les cas » (2).

Évidemment, les latifundiaires et une fraction du grand capital vénézuélien, incapable de comprendre que la paix sociale et leur expansion mondiale réclamaient cette mise à niveaux des services sociaux, s’insurgèrent contre ces « largesses » faites aux populaces démunies qu’ils avaient l’habitude d’affamer ou de réprimer. Ces riches, ignares, ne comprenaient pas que s’il est possible de faire exterminer par l’armée un million de paysans ruraux isolés, il en va autrement quand il s’agit de massacrer un million de prolétaires urbains solidarisés. Toujours est-il que les latifundiaires et une partie des capitalistes vénézuéliens organisèrent coups d’État et insurrections à répétition contre le pouvoir bolivarien. Ils en appelèrent à leur ami et protecteur étatsunien afin qu’il leur donne un coup de main pour mettre fin à ce « gaspillage » de capital en faveur des « vaut rien » des bidons villes (3). Hugo Chavez, porter par les cours élevés du pétrole, n’eut aucun mal à imposer son pouvoir au nom de sa classe sociale. Ainsi le pétrole contribue pour 25% du PIB du pays et pour 95% des entrées de devises (4).  Cependant, à sa mort en 2013, « El Comandante » laissait une économie vénézuélienne en difficulté et son successeur Nicolas Maduro vécu le cataclysme du baril de pétrole à 50 dollars US. Le gouvernement des réformistes bolivariens se retrouva en fort mauvaise posture vis-à-vis ses créanciers internationaux comme en fait foi cet extrait : « En janvier 2015, le site Dolar Today [archive] (dont l’accès est interdit par le gouvernement vénézuélien) annonce un taux de change de 180 VEF pour 1 USD sur le marché noir, ce qui correspondrait à une dépréciation de près de 98% de la valeur de la monnaie locale en 12 ans. Le secteur privé détient 70 % de l’économie. Selon le FMI, l’inflation pourrait bondir à 2068 % en 2018 après 720 % en 2017 ; le PIB vénézuélien devrait se contracter de 12 % en 2017 après une chute de 18 % en 2016. Selon les autorités colombiennes, 300 000 Vénézuéliens ont fui leur pays pour se réfugier en Colombie… » (5)

Comme elle le fait dans chaque pays capitaliste « émergent », la faction réactionnaire du capital mondial profite de cette conjoncture économique défavorable pour ébranler la pseudo « Révolution bolivarienne » et reprendre le pouvoir sous l’œil indolent de la population pauvre des Barrios indifférente au fait de se voir couper les services sociaux par Maduro le capitaliste de gauche, ou par les capitalistes de droite. Le prolétariat vénézuélien n’avait pas compris que sous le capitalisme en phase impérialiste ces soi-disant « acquis sociaux » ne sont jamais acquis, ni en pays pauvres ni en pays riches,  et que le prolétariat doit mener une guerre permanente pour défendre ses conditions de vie et de travail. La petite-bourgeoisie gauchiste mondiale monte aux barricades afin de préserver et prolonger la vie de son plus récent « miracle » réformiste électoraliste qui s’effrite comme tous les précédents gouvernements nationaleux – chauvinistes – progressistes de l’histoire…le prochain pourrait bien être la Bolivie de Morales, ou Cuba, ou …

Le truc de l’Assemblée constituante (référendum que le prolétariat vénézuélien a boudé) ne sauvera pas la gouvernance de la gauche vénézuélienne bêlante pas plus qu’éventuellement elle ne sauverait le pouvoir réformiste de Mélenchon en France, ou le pouvoir « solidaire réformiste » au Québec, bref, partout où la go-gauche propose de partager le pouvoir des riches en faisant croire au « peuple » qu’il détient un pouvoir quelconque au bout de son crayon de votation ou en présence d’une assemblée constituante. Les prolétaires vénézuéliens, comme les autres contingents du prolétariat international, ne feront pas l’économie d’une véritable révolution prolétarienne mondiale, probablement après une sévère guerre nucléaire…malheureusement.

Robert Bibeau pour Les-7-du-Québec

NOTES

la deuxième analyse est de Oscar Fortin pour Mondialisation.ca. Merci Akasha

Lorsque le peuple devient une dictature… qu’advient-il de la démocratie ?

Le président français, Emmanuel Macron, accuse le Venezuela d’être une dictature. Son principal péché serait d’avoir convoqué à une Assemblée nationale constituante plénipotentiaire dont le mandat principal est de ramener la paix dans le pays et de rafraîchir la Constitution de 1999 de manière à garantir les acquis de la Révolution bolivarienne dans les secteurs de la santé, de l’éducation, du logement, etc.

L’Assemblée nationale constituante comprend 545 personnes, élues par vote secret et universel, qui auront les pleins pouvoirs de l’État de manière à ramener la paix dans le pays et d’apporter les modifications nécessaires à la Constitution pour protéger les grands acquis de la révolution bolivarienne dans les secteurs de la santé, de l’éducation, du logement, etc. Je vous réfère à un excellent article qui décrit bien tout le processus de mise en place de cette Assemblée nationale constituante qui suscita un grand intérêt au sein de la population.

Dès l’annonce, par le Président légitime du Venezuela, de cet appel au peuple comme ultime alternative pour ramener la paix dans le pays, l’opposition et ses alliés s’y sont aussitôt opposés. Elle a dit non à toutes les invitations du président pour qu’elle prenne part à cette convocation et à sa réalisation. Elle ne s’est pas investie pour faire la promotion de ses candidats à cette Assemblée nationale constituante. Elle a choisi la stratégie de la chaise vide, tout en mettant en œuvre tous les moyens possibles pour faire échouer l’élection de cette dernière.  Le jour de l’élection, il y eut de nombreux attentats, ici et là, pour dissuader les citoyens et citoyennes d’aller voter. Je vous invite à lire le compte rendu de cette journée électorale mémorable du journaliste de l’Humanité.

Les  8 089 329 de personnes  qui ont pu atteindre les urnes pour y déposer leur bulletin de vote représentent 41.63% de l’électorat vénézuélien en date du 30 juillet 2017. Pour donner une idée comparative de cette participation, l’opposition qui fut élue majoritaire à l’Assemblée nationale législative, en 2015, avait obtenu 7 707 422votes, représentant 39.6% de l’électorat. C’est avec ce pourcentage que les nouveaux élus à cette l’Assemblée nationale avaient décidé de destituer le président légitime, Nicolas Maduro, dans les six mois qui allaient suivre leur prise de pouvoir. C’est également avec ce pourcentage de l’électorat qu’elle a orchestré les actes de violence qui ont fait plus de 160 morts et des centaines de blessés, sans parler des dommages matériels de plusieurs millions de dollars.

La présente ANC repose sur un vote ferme de plus de huit millions d’électeurs et d’électrices et sur un appui populaire qui dépasse les onze millions de personnes qui n’ont pu, pour une raison ou une autre, se rendre aux urnes. Sa représentation régionale et sectorielle en fait une mosaïque vivante du peuple qui prend en main son propre destin. C’est ce que le président français appelle la dictature. Depuis quand, le pouvoir du peuple pour le peuple est devenu une dictature ? Qui sont donc ceux et celles qui voient dans ce pouvoir du peuple une dictature ? Pourquoi craindre autant le peuple qui décide de prendre en main son propre destin ?

Cette émergence de cette véritable démocratie, pouvoir du peuple pour le peuple, pose de nombreux problèmes à ceux qui étaient parvenus à déguiser en démocratie leur propre dictature impériale. Ne demandez surtout pas à ces maîtres de la fausse démocratie de convoquer une assemblée nationale constituante plénipotentiaire, formée d’élus en provenance de toutes les régions et de tous les secteurs de la société avec pour mandat de reformuler la constitution de leur pays. L’exemple du peuple vénézuélien est un très mauvais exemple pour ces faux « démocrates » qui n’agissent que sous les ordres de leurs maîtres qui sont tout autre que le « peuple ».

Je vous invite à lire les liens que je vous propose dans cet article. Ils permettent de mieux saisir et comprendre ce qui se passe au Venezuela, père de la démocratie participative.

Oscar Fortin pour Humanisme. Publié par Mondialisation.ca

Le 31 août 2017

Liens:

http://humanisme.blogspot.ca/

http://www.telesurtv.net/news/Venezuela-Asamblea-Nacional-Constituyente-20170501-0034.html

Source de la photo :

http://www.courrier-picard.fr/47911/article/2017-08-04/venezuela-la-constituante-fait-ses-debuts-envers-et-contre-tous

 

5 commentaires

  • Baltazar Baltazar

    je sais mon commentaire n’a rien a voir avec le Vénézuela mais je le met quand même.

    « La chute de l’empire du milliardaire George Soros est proche, estime le membre du Comité des Affaires étrangères du Conseil de la Fédération de Russie, Igor Morozov. »

  • Bonsoir,
    L’analyse des 7 du Québec m’a quelque peu irrité et n’a rien de bien pertinent. Elle se contente de suivre la ligne éditoriale des gros médias qui tente à faire croire que le Venezuela est en passe de devenir une dictature. Elle tant aussi à jeter tout les torts sur Maduro et son gouvernement.

    C’est assez hypocrite lorsqu’on sait que c’est l »opposition de droite qui a fait alliance avec l’extrême droite qui complote pour justement jeter tout les tort sur le gouvernement Maduro pour justifier une intervention et prendre le pouvoir qui sera une façade, un faire valoir qui recevra ses ordres des Etats unis.

    Orné

  • Les 7 du Quebec ne sont pas réduits a Robert Bibeau uniquement.

  • Pyramidion

    Les peuples pensent que le pouvoir appartient à d’autres, ils pensent le déléguer à d’autres, alors que le pouvoir ils l’ont toujours eu et le ne l’ont jamais perdu. Ils peuvent orienter les événements sans même sortir de chez eux, mais ils préfèrent nommer des chefs pour mieux pouvoir les accuser d’avoir échoué par la suite.
    Si l’homme devrait se définir par un mot ça serait l’orgueil.

Laisser un commentaire