Le LSD pourrait-il devenir un médicament ?…

On parle beaucoup de « drogues » en ce moment. Les recherches pour les utiliser à des fins thérapeutique, peuvent-elles aider à soigner ?

La prise de microdoses de cette drogue hallucinogène pourrait être efficace contre la dépression ou l’anxiété.

Va-t-on un jour se traiter avec des microdoses de LSD, une drogue hallucinogène? Il y a tout juste cinquante ans, les Beatles signaient avec «Lucy in the Sky with Diamonds» une chanson dont les initiales faisaient référence au LSD.

C’est à nouveau d’Angleterre que vient une petite révolution stupéfiante, scientifique cette fois, qui signe le retour de l’acide lysergique diéthylamide. Le mois dernier a démarré en effet une étude originale dont l’objectif est d’observer en imagerie cérébrale (IRM fonctionnelle, IMRf) l’impact sur le cerveau du LSD à microdoses.

Faute de financements publics, un appel aux dons pour financer ces travaux a été lancé par la fondation Beckley. Cette organisation s’efforce de promouvoir l’étude scientifique des substances psychoactives, pour en exploiter les intérêts tout en diminuant les risques liés à leur usage. Signe du sérieux de la démarche, l’étude sera menée conjointement avec l’Imperial College de Londres.

Doses non hallucinogènes

L’objectif est d’administrer à une vingtaine de participants un placebo (faux traitement) ou des doses de 10, 20 ou 50 microgrammes de LSD, puis d’observer leur activité cérébrale, en IRMf, lorsqu’ils réalisent des exercices ou jouent au jeu de Go. Les chercheurs considèrent qu’il s’agit là de microdoses de LSD puisque pour obtenir des effets hallucinogènes, il faut habituellement prendre des doses supérieures à 75 microgrammes.

À l’origine de la fondation Beckley, la chercheuse Amanda Fielding est convaincue du potentiel des substances hallucinogènes depuis qu’elle a étudié le LSD dans les années 1960. Synthétisée en 1938, la molécule a été largement utilisée en psychiatrie dans les années 1950 avant que son usage récréatif n’explose dans les années soixante. Le LSD fut interdit en 1968 aux États-Unis, mais entre 1953 et 1973, pas moins de 116 études étaient financées par le gouvernement américain! Des travaux prometteurs, tant sur la dépression et l’anxiété que sur les troubles obsessionnels compulsifs ou l’alcoolisme, mais malheureusement souvent de piètre qualité méthodologique au regard des critères scientifiques actuels.

«Ils voyaient avec les yeux fermés»

En réalité, si l’intérêt d’Amanda Fielding pour les hallucinogènes ne s’est jamais démenti, celui des scientifiques n’est pas non plus totalement nouveau. Depuis quelques années, cette drogue illégale et potentiellement dangereuse est revenue dans les laboratoires des chercheurs en neurosciences. Avec cette fois des protocoles plus rigoureux.

Une étude sur le mécanisme d’action du LSD sur le cerveau a justement été menée sous la direction de l’Imperial College de Londres avec la collaboration d’équipes allemandes, néo-zélandaises, canadiennes et américaines à la dose de 75 microgrammes. Elle a été publiée en mars 2016 dans les Actes de l’Académie des sciences des États-Unis. Les résultats montrent de façon spectaculaire que «les volontaires voyaient avec les yeux fermés», selon l’expression du Pr Carhart-Harris qui dirigeait l’étude avec le Pr David Nutt. Autrement dit, les zones visuelles de leur cerveau étaient activées comme s’ils avaient les yeux ouverts, ce qui cadre avec les hallucinations visuelles décrites par les usagers. Mais le plus étonnant, lorsque l’on regarde les images du cerveau en IRMf, est de voir que le cerveau tout entier semble s’éveiller. Ce «cerveau unifié» est lui aussi rapporté par les utilisateurs de LSD ou de champignons hallucinogènes, qui évoquent une dissolution du «soi» au profit d’un sentiment de connexion aux autres, à la nature, à l’univers.

Vanté dans la Silicon Valley

En revanche, l’effet du LSD à micro-doses n’a pas encore été étudié scientifiquement en dépit de sa popularité dans les milieux créatifs de la Silicon Valley, qui vantent sa capacité à stimuler le cerveau sans effets hallucinogènes. «Ce sont des témoignages anecdotiques de très faible valeur scientifique, explique au Figaro le Pr Torsten Passie, spécialiste du LSD à la faculté de médecine de Hanovre (Allemagne).

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Auteur pour Le Figaro

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24 commentaires

  • bob_tail

    C’est vraiment tout ce qu’il manquait à ce ‘brave new world’ : notre soma quotidien…

    • Balou

      Erreur, c’est tout l’inverse : « Mais le plus étonnant, lorsque l’on regarde les images du cerveau en IRMf, est de voir que le cerveau tout entier semble s’éveiller. »
      L’éveil n’a rien à voir avec le soma, et encore moins avec le coma..https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_smile.gif
      D’autre part il n’y a aucune accoutumance possible avec le LSD : en prendre tous les jours n’a plus aucun effet palpable au bout de trois jours. N’est-ce pas un abus de langage de parler de drogue à son sujet ?

      • marley

        «Rien n’est poison, tout est poison: seule la dose fait le poison. »
        Je n’en sais rien concernant les possibles bienfaits mais, franchement, tu crois vraiment qu’il soit possible d’atteindre l’ « éveil  » grâce à un quelconque produit,plante…? comme un passe droit que même le premier venu sans aucun mérite personnel puisse utiliser pour monter l’échelle ?
        Ce n’est que mon avis mais je pense que les dopants de l’esprit sont comme les dopants du corps, ils permettent de grandes performances qui se payent le prix fort.

      • Balou

        Le LSD n’est pas un dopant. Il ne sert à rien d’en obsorber pour atteindre « l’Eveil ». Je dirais même que si l’éveil est le but, il ne sera pas atteint et la déception sera grande. Il faut être dans un certain état d’esprit auparavant, détendu, avec des amis ou en tout cas pas seul si la solitude nous pèse. Dans la nature ou avec sa présence autour. Aucune contrainte prévue dans les 24 heures qui suivent, pour atterrir tranquille après ce voyage inconnu et infini à l’intérieur comme à l’extérieur. L’un est comme l’autre. L’un est l’autre. Tout est relié, interdépendant. Le moi disparait, sans douleur, laissant place à une pleine perception de « ce qui est ». Tout devient clair comme il ne l’a jamais été. Le cerveau fonctionne à merveille et c’est peu de le dire. Des sens qui ne sont pas décrits dans les manuels scolaires s’ouvrent à notre perception, laissant apparaitre ce qui nous entoure, le monde et l’univers tels qu’ils seraient toujours à nos yeux, si nous étions constamment dans cet état dit d’éveil. Le cerveau humain a des capacités de perception que la plupart des gens ignoreront toute leur vie, à cause du formatage et de la rigidité du mental, qui s’accroit généralement au fil du temps. Je ne doute pas un instant depuis mes 17 ans que le LSD a permis un jour à mon cerveau de fonctionner d’une façon qui est encore pour moi aujourd’hui la perfection, l’avenir de l’évolution de l’humanité. Si elle ne se désintègre pas avant..https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_unsure.gif

  • Musashi Musashi

    Le LSD existe sous forme de médicament depuis bien longtemps (1956) et a été interdit. Il était produit en Allemagne sous l’appellation de BOL-148.
    Le LSD est le meilleur traitement pour ma pathologie avec les champignon hallucinogène (psilocybine) et on le sait depuis longtemps.
    Le LSD n’agit pas que face à la dépression ou l’anxiété mais face aux douleurs neuropathiques .
    Le DMT était aussi à l’étude à une époque mais interdit.

  • @Balou.
    Il n’y aura pas accoutumance physiologique, mais psychologiquement pour beaucoup Oui.
    Et faire l’apologie d »un psychotrope n’est pas tres malin. Autant faire l’apologie de l’alcool.

    • Balou

      Il n’y a pas d’accoutumance, ni physique, ni psychique. Si quelqu’un veut renouveler l’expérience, il verra que ça ne sert à rien sans espacer d’au moins 15 jours chaque absorption, dans le but d’en prendre « le plus qu’on peut s’en mettre ». Le LSD n’a rien de comparable avec l’alcool ou toute substance qui rend dépendant. Le deuxième voyage n’aura peut-être rien à voir avec le premier. Il peut être horrible je l’ai vécu. Ce n’est pas comme un ticket qui nous donne la possibilité d’aller ou on veut. Je me suis retrouvé une fois pieds nus et torse nu sous la pluie en plein hiver à quinze bornes de chez moi, alors que je voulais aller vers le sud pour avoir plus chaud.. j’avais pas pris le bon train… ni mes bagages… (mais là j’ai toujours pensé qu’il n’y avait pas que du LSD mais des amphétamines dans ce trip. Il y avait à cette période des trips que prenaient les Hells Angels, ça les rendaient barjos et violents, avec l’alcool par dessus. Mauvais trip.)

      Quant à l’apologie du LSD, je ne vois pas où j’en fais ! Je parle de mon expérience, qui contredit la bienpensance j’en suis navré, mais je parle de choses réellement vécues, là ou les bienpensants regardent avec leurs yeux conditionnés par la propagande et l’interdiction. Sans jamais avoir essayé le produit dont ils parlent.

    • Balou

      Thierry65> Et faire l’apologie d »un psychotrope n’est pas tres malin. Autant faire l’apologie de l’alcool.

      Ou du café, ou du thé..https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_wink.gif

    • verisheep

      Attention aux mots employés: accoutumance et dépendance ne sont pas synonymes!

      Il y a bien une accoutumance forte au LSD (le fait que le produit consommé trop régulièrement fait de moins en moins d’effet), mais aucune dépendance (malaise voire souffrance à l’arrêt du produit, qui conduit à en prendre régulièrement).

      C’est à mon sens un produit intéressant puisqu’il conduit à une ouverture d’esprit assez extraordinaire qui reste en partie après le trip.
      Mais il peut y avoir des risques: accidents causés par des imprudences, ou (en fonction de l’état d’esprit initial) bad trips pouvant être très éprouvants psychologiquement (crises de panique, de parano,…)

      • Balou

        Tu as raison, je voulais parler de dépendance https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_good.gif

      • laspirateur

        Bon comme tout produit il faut bien doser. Mais dis moi alors, quelle serait la fréquence de consommation idéale à ton avis?https://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_scratch.gif

      • verisheep

        Pas sûr qu’il y ait une fréquence de consommation « idéale », ni même que consommer du lsd soit une bonne idée pour tout le monde…

        Ce qui est sûr, c’est que nous avons tous des réactions physiologiques et mentales différentes à ce genre d’hallucinogènes, il faut savoir s’écouter et surtout y aller doucement quand on ne connait pas (commencer par un demi ou un quart de carton, surtout qu’on ne sait jamais le dosage à l’avance, se méfier de la goutte qui peut pousser très loin), voire s’abstenir en cas d’appréhension ou si on n’est pas bien dans ses baskets.

    • Voltigeur Voltigeur

      Le cannabis réduit l’accès aux études supérieures

      Pour les adolescents qui commencent à fumer du cannabis avant 17 ans, les chances d’accéder aux études supérieures sont réduites de 60%.
      http://www.cerveauetpsycho.fr/ewb_pages/a/actu-le-cannabis-reduit-l-acces-aux-etudes-superieures-38489.php

  • lomeu

    «  » Il y a tout juste cinquante ans, les Beatles signaient avec «Lucy in the Sky with Diamonds» une chanson dont les initiales faisaient référence au LSD. «  »

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Lucy_in_the_Sky_with_Diamonds

    Selon le récit de John Lennon, son fils Julian, alors âgé de quatre ans, revient de la maternelle début 1967 avec un dessin, qui, dit-il, représente une de ses camarades nommée Lucy O’Donnell. En montrant ce dessin à son père, Julian décrit son œuvre comme montrant « Lucy dans le ciel avec des diamants » (« Lucy in the sky with diamonds »). Plus tard, Julian Lennon raconte : « Je ne sais pas pourquoi je l’avais appelé comme ça ou pourquoi il s’est distingué de mes autres dessins. J’avais clairement de l’affection pour Lucy à cet âge. J’avais l’habitude de montrer à mon père tout ce que je fabriquais ou peignais à l’école, et c’est ce dessin-là qui a fait germer l’idée de cette chanson »1. Lucy O’Donnell est décédée à 46 ans, le 22 septembre 20092.

    Bien loin de l’interprétation faite du titre de la chanson — dont les initiales sont rapidement relevées en juin 1967 comme étant celles d’une fameuse substance hallucinogène, le LSD —, Lennon explique à maintes reprises qu’en dehors du dessin de son fils, ses sources principales d’inspiration pour les paroles surréalistes ont été Lewis Carroll (plus particulièrement Alice au pays des merveilles et De l’autre côté du miroir, ses deux livres préférés dans son enfance) et un très populaire programme humoristique de la radio anglaise appelé le Goon Show — la phrase « plasticine porters with looking glass ties » y faisant directement référence

  • Rik22

    Les Troupes de la colère (Wild in the streets – 1968) :
    Une jeune rock star réussit à faire abaisser le droit de vote à 14 ans et finit par être élu Président des Etats-Unis. Une de ses premières décisions est de mettre tous les plus de 35 ans en camps de concentration où ils sont forcés d’ingérer du LSD.
    Tout en reprenant un ressort classique (une mère quasi-folle contribue à faire de son fils un dictateur, alors que le père est éteint), ce film est quasiment le seul teen movie politique. D’une part, il traduit une vraie peur face à la montée de la jeunesse, manipulée par une rock star démagogue, adepte de la drogue généralisée et bien que refusant la guerre froide, créant des camps de concentration. Mais d’une autre part, il véhicule aussi certains espoirs de la jeunesse (avoir son mot à dire, rêver d’une société égalitaire, envisager la disparition des guerres, encourager la paix dans le monde, rejeter autant les démocrates que les républicains) et de sa force (par les meetings, dont les images renvoient aux manifestations contre le Vietnam).
    Il comporte un aspect prophétique en imaginant l’élection de Reagan à la présidence.

    • Balou

      Faire prendre du LSD à quelqu’un de force ou à son insu est très dangereux. En l’enfermant, j’imagine les dégâts. Un film n’est qu’un film