L’étrange bug informatique qui empêche des milliers d’agriculteurs bios de toucher leurs aides..

Une agricultrice s’est pendue, ne supportant plus LA situation. Merci Nondemon. Combien d’agriculteurs en sont arrivés là en 2016 ? On pourrait remonter plus loin. Un agriculteur sur trois gagne moins de 354 euros par mois. S’il veulent se reconvertir dans le « bio », c’est tout aussi scandaleux, ils sont tributaires des aides qu’ils attendent depuis deux ans à cause d’un soi-disant « bug informatique ». Enfin bug c’est l’excuse facile, comme avec Louvois en 2011 où l’armée et la police n’étaient plus payées, qu’elles se rassurent, leurs ennuis sont terminés avec l’arrivée de Source Solde, le nouveau système, qui sera déployé à partir de 2017.. Quant à nos agriculteurs…..

Qui veut casser la dynamique de l’agriculture bio française ? Des centaines d’agriculteurs bios ont manifesté partout en France ces 21 et 22 février pour réclamer à l’État et aux régions le paiement des aides publiques prévues qu’ils attendent depuis deux ans. Dotées par l’État à hauteur de 25%, et par l’Europe à hauteur de 75%, plusieurs aides de la politique agricole commune (PAC) visent à soutenir l’agriculture biologique. Elles sont gérées par les régions et se déclinent en deux volets : l’aide à la conversion et l’aide au maintien.

« Tous les versements sont en retard, détaille Dominique Marion de la Fédération nationale de l’agriculture biologique (Fnab). Entre 25 000 et 27 000 agriculteurs sont impactés par ces retards, les plus fragiles sont ceux qui sont en période de conversion. » Ceux-ci ont procédé des investissements, leurs rendements ont temporairement diminué avec la fin du recours aux engrais chimiques et aux pesticides, mais ils ne peuvent pas encore vendre leurs productions au tarif « bio ».

Kevin, dont la ferme laitière est en conversion depuis deux ans, n’a touché que 15 000 des 60 000 euros qu’il attendait. «  Quand on passe en bio, on bouleverse tout le système, explique-t-il. On diminue beaucoup notre rendement, surtout au début. On a vraiment besoin de soutien ; les aides à la conversion sont là pour ça. Nous avons été obligés de négocier un prêt à court terme avec la banque pour compenser le non versement des aides que nous avions prévues dans notre modèle de financement. »

« Un bug informatique qui dure pendant deux ans, on n’a jamais vu ça… » [**si si! Louvois pour l’armée**]

La Fnab, qui a appelé à la mobilisation ces deux derniers jours, exige la prise en charge par l’État et les régions des intérêts sur les prêts contractés par les paysans bio pour faire face aux retards. « En ces temps de crise agricole et de chômage, on s’attendrait à ce que la croissance de ce secteur qui emploie deux fois plus de main-d’œuvre que l’agriculture conventionnelle suscite l’attention des pouvoir publics. C’est tout le contraire qui se passe ! », tempête la fédération.

« Quand on appelle la direction départementale du territoire (DDT, interlocuteur administratif local des agriculteurs, ndlr), ils nous disent qu’ils n’ont pas les outils en place pour calculer nos aides », s’étonne Kevin. « Ils n’arrivent pas à calculer combien les gens ont droit, reprend Dominique Marion. La PAC s’est complexifiée, les logiciels ont été modifiés, les services publics n’arrivent plus à suivre. L’Europe a en plus obligé la France à revoir son référentiel cadastral (la cartographie des terres agricoles, ndlr), ce qui a occasionné un retard supplémentaire. »

Dans les campagnes, cette explication fait doucement rigoler. « Un bug informatique qui dure pendant deux ans, on n’a jamais vu ça… », ironisent les agriculteurs d’une antenne locale de la Fnab, qui mettent en cause le manque de sérieux du gouvernement. « Ils feraient mieux de dire qu’ils ont été trop frileux dans leur soutien à l’agriculture bio, qu’ils ont mis trop peu d’argent sur la table et qu’ils sont tout simplement débordés par le nombre de conversions. »

Lassitude chez les bios

« Ils n’ont pas prévu assez d’argent, confirme Dominique Marion. Des responsables de l’agence de services et de paiement (ASP) – organisme public payeur des aides européennes – nous ont dit avoir des problèmes de logiciels et de moyens. En attendant, de nombreux agriculteurs se retrouvent en difficultés de trésorerie alors que leurs exploitations tournent très bien ! Ajoutons que ceux qui ne sont pas concernés par la protection de l’environnement ont touché 95% de leurs aides. »

Entre ces retards de paiement et l’annulation fin janvier par le Conseil constitutionnel de l’obligation légale d’introduire 20% de bios dans les repas des cantines, les agriculteurs bios commencent à se lasser [1]. Et ils alertent sur les risques sérieux de voir se briser l’élan de l’agriculture bio française. Contacté par Basta !, le ministère de l’Agriculture est aux abonnés absents. Probablement encore un bug…

[1À propos de cette annulation par le conseil constitutionnel, voir le billet de la député EELV Brigitte Allain, ici.

Auteur Nolwenn Weiler pour BASTAMAG

Voir:

CAC 40 : augmentation record des dividendes en 2016 avec 56 milliards d’euros

L’étrange décret qui ouvre les forêts françaises protégées à l’exploitation minière

13 commentaires

  • samedi soir

    Quand on pense que d’autres sont payés pour du vent, ce monde est complètement fou!

  • Musashi Musashi

    Faudrait peut être qu’ils se réveillent … Attendre d’une logique (la PAC) son contraire pose évidement problème . La PAC n’est pas faite pour soutenir les petits et moyens exploitants bio ou non bio.

  • Le veilleur

    Horreur malheur, quoi du bio dans nos assiettes ? c’est inadmissible pour les inventeurs de la mal bouffe. Ce retard est voulu assurément et on sait qui ça arrange! D’abord Tafta maintenant CETA et nous savons que ceux-ci comptent bien prendre le monopole de l’agriculture en France.

  • Carmas

    Je suis Jeune Agriculteur et je reçois au moins un mail par semaine lié à un problème en cours (non paiement des aides à la plantations, à l arrachage, subvention bio, aides liés au conditions climatiques..)
    Un ami à attendu presque un an qu on contrôle sa parcelle pour pouvoir l arracher.
    Mais nous sommes dans une logique économique, et on a malheureusement pas le choix que d attendre qu on nous lance des miettes comme des Jacquouilles.
    Je travail 8 heures par jours (sans compter les pauses..) du lundi au vendredi pour avoir la capacité financière de m occupe de ma vigne les week end.
    Je peux vois transmettre un dossier d aides de la pac pour vous donner une idée – 19 pages à remplir pour explique pourquoi tu as besoin d un tracteur.. et il faut gruger car les tracteurs ne sont pas subventionnés, et il faut les passes en « petits investissement ».
    Mais personnellement je ne me plains pas. Je suis bien mieux dans ma vigne qu a l usine..

    N.B : big up au ME que je suis assidûment!

    • dereco

      Courage, je n’achète que du bio non industriel qui lui ne tue pas les gens lentement !!!

      Le bio c’est le futur et les pesticides, herbicides tuent d’abord les agriculteurs bien avant les consommateurs !!

      Je rêve de manger des raisins muscats de Hambourg bio délicieux, toute l’année, par exemple en jus de fruits, introuvables actuellement, plutôt que les vins , est ce possible ???
      Si oui, ce devrait être développé, au lieu de jus de fruit de raisins inconnus sans parfums, du commerce !

  • domi

    on est toujours dans le même problématique:sans subvention leur entreprise n’est pas viable

    Ils créaient des entreprises en attendant les aides de l’état

  • engel

    Le problème serait double*.

    Il semblerait que l’Europe ait aussi du retard dans le payement des aides envers la filière BIO.

    Par conséquent, elle proposeraient (aux paysans bio) de leur faire « une avance de trésorerie sur retards de paiement »http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_wacko.gif… mais moyennement intérêt.
    En clair, pour toucher l’aide promise et due, il faut payer des intérêts, sinon « peau de balle » et tu attends, tu attends….

    http://lesmoutonsenrages.fr/wp-content/plugins/wp-monalisa/icons/wpml_negative.gif…Ils sont devenus fou!!!!…!!!…!!…!

    *) Dixit un céréaliers bio de mon cru.
    Lui, il réussit très bien….et ceci même, en cette année catastrophique pour tous les autres « chimico-ogn-cultivateurs-intensifs ».
    Eh oui, vu qu’il ne plante que des variétés anciennes et adaptées au terroir.

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