Qui est vraiment derrière la réouverture de l’ALENA ?…

Des nouvelles de Québec puisque nos cousins sont eux aussi aux prises de l’accord de libre échange ALENA pour eux, CETA pour nous. Bien que je ne sois pas familière du droit québécois, cet article en dit long sur le travail de sape pour parvenir à imposer ces accords qui ne sont pas du goût de tous. Merci à Marc Huber pour cette vision outre Atlantique et cet éclairage sur ce que nous pouvons craindre avec son jumeau CETA. Ça remonte à loin…

L’automne dernier, j’ai connu un instant de bonheur en lisant deux textes qui traitaient de l’Accord économique commercial global (AECG). Le premier avait pour titre Pauvres Wallons. Il fut publié dans Le Devoir du 25 octobre 2016 sous la plume de Georges Lebel, un enseignant en droit international économique à l’UQAM. Le deuxième fut publié dans le magazine Relations de décembre 2016 sous le titre Pleins feux sur l’accord Canada-Europe et signé par Catherine Caron.

Bonheur ! Depuis quelques mois j’ai l’impression d’être entré dans l’ère de la morosité médiatique. Un sentiment qui s’envenime depuis l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, le 8 novembre 2016. Je ne peux le cacher. Les agissements de ce milliardaire en font un candidat idéal pour déloger de l’actualité les Pitbulls, les taxis Uber et la corruption au Parti libéral du Québec (PLQ). Une place qu’il ne risque pas de céder, puisque le 23 janvier dernier il a signé un décret présidentiel pour retirer les États-Unis du Partenariat transpacifique et annoncé son intention de rouvrir l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) qui unit, depuis le premier janvier 1994, le Mexique, les États-Unis et le Canada dans le plus grand territoire de libre-échange au monde.

Cette volonté provoque des craintes et quelques frissons, au point qu’il serait tentant de comparer Trump à un empaleur d’accords économiques. Ou mieux, profiter de l’occasion pour inviter un éminent spécialiste de l’histoire hongroise aux nouvelles de 18 heures, pour qu’il puisse faire un parallèle entre Trump et le prince de Valachie, dit Vlad III de Basarab (1431-1476), l’inspiration de Dracula. Qu’il le fasse avec conviction, en s’assurant d’oublier son serviteur. Vous savez, ce fidèle Igor qui jubile lorsque son maître lui flatte sa bosse en guise de remerciement.

Pour la réouverture de l’ALENA, cet Igor se nomme Jean Charest. Malgré le respect que je porte à ce « grand bâtisseur », je dois tout de même vous avouer que cet ex-premier ministre du Québec (2003-2012) a ouvert subtilement la porte à une renégociation de l’ALENA, avant que Donald Trump devienne le monstre du château ovale. C’était en octobre 2008. Le moment historique où il a lancé l’idée, comme ça, sans aide ni soutien, de l’AECG pour unir le Canada et les 28 pays de l’Union européenne (UE) autour d’une entente commerciale.

Je vous explique. La signature de l’AECG soumet le Canada à l’Article 1 de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui encadre les traités transfrontaliers, depuis le premier janvier 1948, par la clause de la nation la plus favorisée (NPF) du GATT. Cela engage les états membres de l’Organisation des Nations unies (ONU) à offrir l’équivalent à tous les pays avec lesquels il a signé un accord frontalier multilatéral. Ainsi, en signant l’AECG de notre Igor national le 30 octobre 2016, le Canada a donné aux États-Unis et au Mexique une occasion pour renégocier l’ALENA en fonction des offres du Canada à l’UE.

Le Partenariat transatlantique de la CIA

Où cela risque-t-il de nous amener ? Dès le début, le fidèle Igor espérait que l’AECG aboutisse à un accord transatlantique qui unirait l’UE et l’Amérique du Nord. Un désir qu’il a exprimé le 9 juin 2009, devant des représentants de la Banque de développement du Canada, la Banque Mondiale, la Banque Royale, Bombardier, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), le Canadian Business, le Fond monétaire international, Gaz de France Suez, General Electric, Génome Québec, d’Hydro-Québec, Investissement Québec, le journal La Presse, Rio Tinto et la Société générale de financement. Tous rassemblés au Forum économique international de Montréal de 2009, ayant pour titre S’adapter au nouvel ordre mondial.

Par cette ambition, Charest reprenait le travail des quatre autres Igor qui se sont retrouvés au sein de l’American Committee on United Europe (ACUE), une organisation non gouvernementale (ONG) créée le 29 mars vail de quatre autres fidèles Igor qui se sont retrouvés au sein de l’1949. Il s’agit de Joseph Retinger (1888-1960), Paul-Henri Spaak (1899-1972), William Joseph Donovan (1883-1959) et Allen Welsh Dulles (1883-1969). Retinger est un diplomate polonais qui s’affaire, depuis 1943, au Special Operations Executive (SOE), un service de renseignement britannique et participe à la fondation de l’ACUE. Spaak est un politicien qui, entre 1936 et 1961, a œuvré aux postes de ministre des Affaires étrangères, premier ministre de la Belgique, président de l’Assemblée consultative du conseil de l’Europe, secrétaire général de l’OTAN et artisan de l’ACUE. Donovan est un avocat qui a dirigé l’Office of Strategics Services (OSS), l’ancêtre de la Central Inteligent Services (CIA), et occupe le poste de président de l’ACUE. Dulles est un avocat, un diplomate et l’ancien responsable de l’OSS suisse qui se retrouve à la vice-présidence de l’ACUE avant de devenir le premier civil à prendre le trône de la CIA.

L’ACUE œuvre à la naissance de l’UE avec le soutien de la CIA. Elle le fait pour unir le Vieux continent à l’Amérique du Nord, comme le souhaite Spaak. Pour huiler la machine, un autre groupe est fondé en 1954, avec l’approbation de Walter Bedell Smith, le patron de la CIA. Il s’agit d’un club sélect composé d’industriels et de banquiers dont les ambitions de croissance dans un marché déréglementé les font ressembler à des êtres monstrueux accompagnés de quelques Igor européens et étasuniens provenant du monde politique, des médias et de la justice, dont Joseph Retinger qui occupe la fonction de secrétaire général lors de la première assemblée annuelle de mai 1954 et de secrétaire honorifique de 1955 à 1959.

Ce groupe se nomme Bilderberg. Parmi ses adhérents, nous retrouvons Raymond Chrétien et Paul Desmarais Junior. Le premier est le neveu de Jean Chrétien et un des membres honoraires du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CÉRIUM) dont le président du Conseil depuis 2013 est Pierre-Marc Johnson, le négociateur attitré de l’AECG pour le Québec. Pour Paul Desmarais junior, il est le président du conseil de Power Corporation et fils de Paul Desmarais (1927-2013).
C’est en juin 2008 que Paul Desmarais junior participe à l’assemblée du Bilderberg, quelques mois avant que Jean Charest parte en cabale pour l’AECG. Le même qui assiste au Forum économique international de Montréal de juin 2009, commandité par Power Corporation, où Jean Charest lançait l’idée de l’accord transatlantique. Est-ce que ces accointances laissent croire à une volonté que de nouvelles négociations de l’ALENA ouvrent la porte à un partenariat entre l’UE et l’Amérique ?

Les grands médias évitent cette question, eux qui peinent à nous informer des effets de la NPF de l’OMC sur l’ALENA. Pourtant, il s’agit d’un sujet qui risque de transformer profondément nos habitudes de vie. Ainsi, pendant qu’on apprend que l’AECG de Charest vise un accord transatlantique, de son côté, Raymond Chrétien rêve d’un parlement à l’européenne qui ressemblerait le Canada et les États-Unis. Pour ce qui est de cette déréglementation si chère au Bilderberg, on préfère donner la parole à des Igor qui associent la création de richesse à des privatisations et à la libre circulation des biens en prétextant que la population n’a pas les qualités requises pour comprendre les rouages de l’économie mondiale.

L’ignorance au service d’une tyrannie

Cette tendance n’est rien d’autre que l’expression d’une ploutocratie dont les dérives comportementales nous rapprochent d’une tyrannie. Un ordre économique qui présente son côté prestigieux en occultant ses abus. Un calque idéologique de cette CIA composée d’une confrérie de banquiers et d’avocats mettant leurs incontestables talents au service de la liberté et la sécurité, alors que le monstre torture, s’abreuve de sang, manipule, kidnappe, expérimente et assassine au nom d’un réseau économique mondial servant les intérêts de l’oncle Sam.

Contrairement à Vlad III, le monstre évite que l’odeur de la putréfaction fasse fuir les investisseurs en ne commettant pas l’erreur d’empaler les gens à la vue de tous. Il opte plutôt pour des actes inodores : embrocher le droit à la propriété, de manifester et de critiquer.
Le fidèle Igor connaît la recette. Lors de ses mandats, son gouvernement a sévi contre des groupes environnementaux qui s’opposaient à la construction du pont de l’autoroute 25 et au pillage du Plan Nord. Il s’en est aussi pris aux étudiants grévistes de 2012. Un moment historique que le film Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau (2017) de Mathieux Denis et Simon Lavoie rappel à notre mémoire. Des manifestations qui furent ponctuées par la loi 78 acclamée par les Igor, pour ensuite être condamnée par l’ONU, pour son enfreint au droit de la personne. Le même Jean Charest a déposé en 2010 une action devant la Justice au montant de 700,000 $, contre son ancien ministre de la Justice Marc Bellemare (2003-2004), après qu’il ait associé Charest à une nomination partisane de juges et à des échanges d’argents illégaux.

Du côté de son frère de sang, ce n’est pas mieux. Il y en a fallu de peu pour que le gouvernement de Philippe Couillard augmente substantiellement la taxe foncière des agriculteurs québécois, alors que l’AECG est en soi un facteur négatif pour l’économie agraire québécoise. Le Igor nouveau a aussi imposé le bâillon le 9 décembre 2016, pour infliger la loi 106 qui permet aux pétrolières d’exproprier les propriétaires et agriculteurs, sans que ces dernières aient la possibilité de recours juridiques. Il y a aussi le projet de loi 102 qui vise une diminution des délais du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour accommoder les promoteurs et autoriser l’intervention du gouvernement canadien pour certains projets. Mais encore, en janvier 2017 le PLQ a refusé de reconnaître le rapport du BAPE qui critiquait le train très onéreux et opaque de la CDPQ. Enfin, l’impression que le PLQ risque de récupérer l’attenta dans la Mosquée de Québec du 29 janvier 2017, pour remettre en question les propos tenus en dehors du cade médiatique, corporatiste et politique…

Il y a aussi la liberté de choix et d’information qui se retrouve dans l’assiette des monstres. Le texte Johnson ne rassure pas les parlementaires publié dans Le Devoir du 9 décembre 2011 sous la plume d’Antoine Robitaille traduit bien cette tendance. À la place d’obtempérer à la demande du député Amir Khadir de Québec solidaire sur sa fréquentation de « lobbyistes de SNC-Lavalin, sa division nucléaire, des filiales de Power Corporation […] via Areva, ou d’autres dans le domaine […] ou des lobbyistes du secteur de gestion des déchets nucléaires », Pierre-Marc Johnson a préféré comparer l’Assemblée à un « tribunal du peuple, populiste et démagogue ». Plus récemment, en octobre 2016, des Igor ont envahis l’espace médiatique pour dénigrer les Wallons en réponse à l’adoption, par 68 voix contre 23, d’une résolution par le Parlement de la Communauté française de Belgique s’opposant à la signature de l’AECG.

Enfin, nous vivions les signes évidents d’une dépression médiatique au profit d’Igor qui manipulent l’opinion publique. Cela a débuté par le décès inattendu de Benoît Perron le 22 décembre 2015, celui qui était pour beaucoup la seule porte d’entrée médiatique pour informer les citoyens, à travers son émission Zone de résistance (CISM FM). Cela a continué avec des décisions administratives qui ont mis fin à l’émission Bazzo TV de Télé-Québec, une des rares présences au petit écran qui offrait quelques minutes de débats par semaine. Le Couac, un journal satirique inspiré du Canard enchaîné, a tiré sa référence durant l’automne 2016. Enfin, en août 2016, ce fut au tour de la totalité des émissions de CIBL FM, dont plusieurs transmettaient des informations essentielles pour mieux comprendre la politique nationale et internationale. Je pense ici À l’échelle humaine, CIBL reçoit et Le pied à Papineau de Robin Philpot.

Marchandisation de l’eau ?

C’est à CIBL FM, il y a quelques années, qu’un intervenant a affirmé que même si l’eau était protégée par l’AECG, sa commercialisation par oléoduc était possible. Il avait ajouté que cette marchandisation était impensable, en considérant l’océan qui sépare l’Europe du Canada. Imaginez, plus de 5,000 kilomètres de tuyaux sous l’océan pour vendre notre liquide de vie aux Européens.

Si son interprétation est exacte, depuis octobre 2016 les États-Unis peuvent utiliser des clauses de l’AECG pour exiger le même traitement, au nom de la NPF de l’Article 1. Qu’arrivera-t-il ? Pendant que les Igor endorment la population, l’oncle Sam grogne. Le 24 janvier dernier, le lendemain du décret présidentiel décidant d’une renégociation de l’ALENA, Le Devoir publiait L’accès à l’eau potable, futur enjeu majeur de Stéphane Baillargeon. Nous apprenions que « l’acteur américain Matt Damon » espère « rencontrer le nouveau président Trump pour lui parler d’accès à l’eau potable ». Les chiffres sont inquiétants. « Plus d’un tiers (36 %) des ménages américains pourrait ne pas être disposé à payer l’abonnement à l’eau potable d’ici cinq ans », alors qu’actuellement « un peu plus d’un ménage sur dix (11,9 %) a de la difficulté à payer la facture d’eau, ce qui représente près de 13,8 millions de foyers ».

La solution viendra-t-elle du Nord ? Le 21 juin 2016, le gouvernement de Philippe Couillard a créé un précédent en autorisant le commerce de l’eau vers les États-Unis par oléoduc, en permettant à Waukesha, du Wisconsin, à puiser le liquide de vie du lac Michigan, par un accord commun avec l’Ontario.

La patience finit un jour ou l’autre par servir les ploutocrates. Par contre, quelques fidèles Igor ne suffisent pas à la tâche. Il faut aussi des gens qui les élisent et qui refuseront, peu importe la situation, de critiquer leurs lois et leurs gestions. Des personnes qui sont prêtes à tout abandonner pour les Igor : droits, libertés, conditions de travail, nationalisations, référendums et identité. Et pour fuir leur asservissement, ils critiquent un politicien étasunien en se faisant croire qu’ils ont l’étoffe d’un héros et en oubliant qu’ils ont élu des Igor qui partagent les mêmes idéologies que des ONG de la CIA.

Auteur Marc Huber pour Vigile-Québec

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