Lettre ouverte aux Echos: la propagande ne justifie pas l’imposture..

Une mise au point du docteur en droit Karine Bechet-Golovko. On nous enfume, avec une histoire revue et corrigée, dans tous les domaines, qui sert les intérêts de « l’en-pire ». Il est nécessaire de connaître la véritable histoire, (qui pour l’heure, s’écrit surtout avec des images suspectes), pour comprendre ce qui c’est passé en Crimée. Dans cette guerre de l’information où, on fait passer les casques blancs, (aux côtés de daesh), pour des « anges humanitaires », ne laissons pas l’histoire s’écrire sans nous.

Un article très étrange a été publié par le journal, pourtant sérieux, Les Echos ce 18 octobre s’intitulant La Crimée comme étincelle de l’expansionnisme russe. Texte écrit par Vassili Joanides de Lautour, professeur des Universités, spécialisé en gestion à l’Ecole de Management de Grenoble. A ce niveau d’incompétence, ce n’est plus de la propagande, c’est une erreur de la Rédaction.

L’on y apprend que la Russie a tenté d’annexer le Daghestan en 1996 (sic!), alors qu’il fait partie de la Russie depuis l’Empire, que le rattachement de la Crimée s’est fait sur le fondement du Pacte de Varsovie, qui a été conclu après qu’elle ait été transférée à l’Ukraine par oukase du Presidium du Soviet suprême et ne traite pas de la question. 
Un article intéressant remettant les points sur les i vient de sortir dans Ria Novosti, en voici les grandes lignes. Nous ne pouvons que conseiller à l’auteur de cette infamie de prendre quelques minutes de son inestimable temps, écrivant sur la Russie il doit évidemment être russophone, pour mettre à jour ses connaissances. Et à la Rédaction des Echos de corriger cette erreur, ne serait-ce que par respect pour leurs lecteurs si ce n’est par conscience professionnelle.
Nous apprenons ainsi dans Les Echos que la Russie se serait fondée, outre sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, sur le Pacte de Varsovie pour justifier le rattachement de la Crimée. Argument jamais entendu en Russie et pour cause. Il s’agit réellement d’une découverte sur laquelle il faut revenir. Ainsi, selon la fantansie de notre professeur des universités :

une clause du Pacte de Varsovie stipulant que la Russie confiait en gestion à l’Ukraine la Crimée et que celle-ci devrait la lui rétrocéder 60 ans plus tard, soit en 2015

Où a-t-il bien pu tirer une invention pareille? Il ne faut pas confondre Azimov et le droit international. La Crimée a été inclue dans l’Ukraine soviétique par décision de Nikita Khrouchtchev , décision formalisée par un oukase du Presidium du Soviet suprême du 19 février 1954. Quant au Pacte de Varsovie, il s’agit d’une alliance militaire, qui n’aborde absolument pas la question de la Crimée et a été signé le 14 mai 1955, donc après que l’Ukraine ait obtenu la Crimée.
Ensuite, nous apprenons que le Pacte de Varsovie ne peut pas être considéré comme un traité international puisque l’Ukraine n’était pas un pays indépendant. Je ne savais pas que l’Ukraine avait signé le Pacte de Varsovie … :

le Pacte de Varsovie ne peut être reconnu comme un traité de droit international dans la mesure où il a été conclu par des républiques non souveraines – en l’occurrence l’Ukraine qui n’était de fait qu’une province)

Et en effet, l’Ukraine n’a pas signé le Pacte de Varsovie, car elle n’était pas une personne morale de droit publique. Mais elle n’était pas non plus « une province« , en droit il existe le terme de « république fédérée », différence entre pays unitaire et fédération, mais cette question n’est peut être pas abordée dans les cours de gestion … Par ailleurs, le Pacte de Varsovie a été signé, en plus de l’URSS, par différents pays souverains à savoir l’Albanie, la Bulgarie, la Hongrie, la république démocratique d’Allemagne, la Pologne, la Roumanie et la Tchécoslovaquie. Bref, sur le plan juridique, c’est une Traité international tout ce qu’il y a de plus banal.
Continuons notre promenade dans la fantaisie de cet auteur, car le meilleur est à venir. N’oublions pas que le but de cet article est de démontrer la volonté expansionniste de la Russie, qui va venir jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes.
Voici la révélation: le Daghestan n’est pas un sujet de la Fédération de Russie. Malheureusement, l’auteur ne précise pas dans sa Fable, quel est son statut juridique? Une province otanesque qui risque de dériver? Un territoire de la République du Caucase? Nous apprenons simplement que :

Le Daguestan que la Russie avait tenté d’annexer par les armes en 1996 pourrait bien être convoité de nouveau

Disons simplement que le Daghestan est un territoire russe depuis … 1813. C’est un détail aussi, c’est pourquoi cela a échappé à notre « expert ». 
Tout cela pour en arriver, laborieusement, à la conclusion tant attendue:

Il est donc plausible que Vladimir Poutine ait choisi la Crimée en premier parce qu’elle représente l’étranger proche de l’Union européenne, toujours prompte à réagir, sachant pertinemment qu’il ne parviendrait pas à l’annexer. Ce faisant, il pourrait se concentrer sur le Caucase sans que personne ne s’en aperçoive.

Otez moi un doute, l’auteur ne parle quand même pas sérieusement de la volonté russe d’annexer l’Union européenne? Remarquez, l’on peut s’attendre à tout après une telle œuvre de fiction. Quant au Causase, en effet, ça va passer très inaperçu, surtout pour le Daghestan )))
J’aurais juste une requête à formuler à Nicolas Barre, directeur de la rédaction: s’il vous plait, faites votre travail, vérifiez les articles que vous publiez, n’infligez pas cela à vos lecteurs. Merci d’avance.
Karine Bechet-Golovko
Docteur en droit
Professeur invité à l’Université d’Etat de Moscou

Source Russiepolitic

La revue de presse nationale et internationale est disponible sur le site: Crashdebug

Un commentaire

  • Pour des journalistes, qui sont aidés dans leurs recherches documentaires par des documentalistes, l’incurie intellectuelle n’est pas une excuse.
    C’est de la ré écriture de l’histoire, telle qu’ils savent la faire depuis longtemps.
    c’est une trahison de l’histoire, ils nous ont fait le coup également en octobre 1961 avec une certaine opération policière contre les algériens a paris. 150 a 200 morts dont beaucoup ont été mélangés avec la manifestation du métro Charonne

    La profession journalistique a perdu depuis longtemps sa crédibilité. Elle ne fait rien pour redorer son blason, et nous pouvons etre surs que ce n’est pas fini en France.

    Nous ne pouvons malheureusement plus trouver de véritables infos ici, nous sommes obligés de regarder les sites Russes, Anglais, Iraniens et Chinois.

    Nous sommes à la merci de certains traîtres, car c’est ainsi qu’il faut les appeler, et en plus c’est notre argent qui les nourris.

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