Les 10 plus grosses multinationales au monde pèsent davantage, financièrement, que 180 États

Elles sont puissantes, très puissantes, peuvent tout se permettre et même orienter la législation de pays, et pire, certaines peuvent tricher en toute tranquillité avec les impôts sans être inquiétées, la preuve avec Apple qui défraie la chronique et que la France ne poursuivra pas pour récupérer le moindre euro d’arriéré (mais nous ne devons pas avoir besoin de ces milliards en fait…).

Mais si celles-ci sont dangereuses, ou trop puissantes, si autant de pouvoir est donné à Monsanto, Nestlé, Mac Donald’s ou Coca-Cola pour ne citer qu’elles, n’est-ce pas avant tout par ce que nous consommateurs leur donnons ce pouvoir de nuire? À nous de consommer intelligent, et de choisir où doit partir notre argent…

multinationalesmarianne1014Image: Capture d’un article de Marianne d’Octobre 2014

Selon les calculs de l’ONG britannique Global Justice Now, sur les 100 premières entités économiques mondiales, 69 sont désormais des multinationales, et 31 des États. Un phénomène qui est en train de s’accélérer puisque l’année dernière seulement, ces chiffres étaient respectivement de 63 et 37.

Notre monde est-il de plus en plus dominé par une poignée de multinationales ? C’est un lieu commun que de pointer la montée en puissance des pouvoirs économiques et l’affaiblissement des États. Une étude réalisée par Global Justice Now, une ONG britannique, montre qu’en termes purement économiques, ce déséquilibre est bien réel… et qu’il tend à s’aggraver.

Il s’avère ainsi que les 10 principales entreprises mondiales (Walmart, Apple, des géants du pétrole comme Shell, Sinopec, China National Petroleum, BP et Exxon ou de l’automobile comme Toyota et Volkswagen, et l’entreprise d’électricité chinoise State Grid) sont plus riches que les 180 pays les plus « pauvres » de la planète ensemble (parmi lesquels l’Irlande, Israël, l’Indonésie et l’Afrique du Sud…). Sur les 100 premières entités économiques au niveau mondial, 67 sont des multinationales (dont les français Total, Axa, BNP Paribas et Société générale), contre seulement 63 il y a un an seulement. Sur les 200 premières, 153 sont des entreprises. Walmart, première entreprise mondiale, pèse davantage financièrement que l’Espagne, l’Australie ou les Pays-Bas [1].

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Et nous ne parlons QUE des multinationales, car après avoir parcouru quelques classements sur les entreprises mondialisées ayant réalisé le plus gros chiffres d’affaire, ou les plus puissantes, certains noms n’apparaissent pourtant pas alors que leur pouvoir de nuisance n’est plus à démontrer, notamment avec la Goldman Sachs…

À nous de lutter contre ces monstres financiers « en ne mourant pas dans la tentative »…

Comment lutter contre une multinationale et ne pas « mourir » dans la tentative

mardi 23 octobre 2012, par Esther Vivas

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Licenciements en hausse, salaires en baisse, précarisation des conditions de travail et, en définitive, « travailler plus pour gagner moins ». C’est ce que l’on peut constater ces derniers temps dans des multinationales comme Panrico, Seat, Mc Donald’s, Ryanair, Vodafone… Les grandes entreprises utilisent la crise pour optimiser les coûts. Quelle autre meilleure excuse que cette crise pour réduire les droits et licencier. Il suffit de suivre la recette appliquée par les gouvernement : « les comptes sont en négatif, il faut dégraisser ».

Février 2011. Telefónica annonce un bénéfice record de plus de 10 milliards d’euros en 2010, soit 31% de plus que l’année antérieure, devenant ainsi la compagnie espagnole aux bénéfices annuels les plus élevés de l’histoire. Avril 2011. Telefónica annonce la suppression de 6.000 postes de travail pour les trois prochaines années, soit 20% de ses effectifs dans tout le pays. Motif : « les comptes ne sont pas bons ». Pardon ?

La direction a affirmé à ses travailleurs qu’ils « n’étaient plus rentables ». Mais d’où proviennent alors les 10 milliards d’euros de bénéfices de 2010 ? Ainsi naquit, au milieu de l’année 2011, la Plateforme « Oui, je suis rentable » [1], créée par des employés de Telefónica Movistar dans le but de dénoncer le deux poids – deux mesures de la compagnie : bénéfices et salaires millionnaires pour la direction d’un côté et licenciements et précarité pour les travailleurs de l’autre.

Les actions et les « flashmobs » de cette campagne dans les rues de Barcelone en ont surpris plus d’un. C’est une nouvelle manière de défendre les droits des travailleurs, avec des actions qui interpellent et qui sont complémentaires à celles du syndicalisme de base. Ainsi, avec leurs t-shirts bleus et leurs sacs de toile blanche avec lesquels ils se couvrent le visage, ils sont apparus pour la première fois devant le magasin de Telefónica à Portal de l’Àngel où eut lieu leur première flashmob. Vint ensuite une autre action sur la Plaza Catalunya avec les Indigné-e-s, et une autre devant un tribunal à l’occasion d’un jugement pour le licenciement abusif de Marcos Andrés, et une autre encore lors de l’inauguration de l’Apple Store au Paseo de Gracia… Aucune trêve.

Vendredi dernier, la Fondation Telefónica célébrait la « journée du bénévolat ». A partir de l’anonymat des réseaux sociaux, le syndicalisme alternatif en a profité pour lancer une cyberaction [2]. Objectif : dénoncer le licenciement de Marcos Andrés [3] et rendre visible la lutte menée dans leur entreprise. Et ce fut un succès. De 9 à 12 heures, le « hashtag » (HT) que Telefónica avait lancé afin de promouvoir cette journée (« #TelefónicaVday ») a été « occupé ». Les tweets en faveur de « #Marcosreadmisión » apparurent également sur le site Internet de la Fondation Telefonica, qui publie automatiquement une chronologie de son compte Twitter. Mission accomplie.

Les réseaux sociaux ont démontré être de bons outils pour rendre visible ce qui est invisible, pour donner une voix aux sans voix. Les travailleurs d’autres grandes multinationales, comme ceux de Hewlett Packard (HP), les ont également utilisés pour amplifier leur message. Ainsi, ils sont parvenus à ce qu’à deux reprises leurs HT « #hpstopdespidos » [4] et « #stopdespidoshp » figurent au top des topics les plus lus sur twitter dans l’Etat espagnol.

Cela leur offrit plus de visibilité à une lutte menée depuis deux ans contre les licenciements chez HP [5](180 personnes jetées à la rue) et à des actions de rue qui ont placé la multinationale dans les cordes : presque quarante rassemblements dans des lieux de travail ; cinq « performances » aux stands de l’entreprise à l’occasion de foires commerciales comme le World Mobile Congress, SIMO… ; quatorze « visites » dans des magasins HP ; quatre manifestations de travailleurs ; deux grèves ; mille mètres de pancartes, des kilos de peinture… Message : pas d’impunité pour ceux qui licencient.

Lutter contre une multinationale et ne pas « mourir » (perdre son travail) dans la tentative n’est pas chose facile. Certains, heureusement, ne se résignent pas et agissent. Sans eux et sans elles, nous n’aurions pas de futur.

Esther Vivas

Militante altermondialiste, a participé à différents mouvements sociaux dans l´État espagnol, aux Forums sociaux européens et mondiaux et aux mobilisations anti-sommets internationaux – G8, l´OMC, l’Otan… Elle fait partie de l´organisation Izquierda Anticapitalista et de Revolta global en Catalogne, auteure de « Del campo al plato » (Icaria editorial, 2009) et « Supermercados, no gracias » (Icaria editorial, 2007). Elle vient de publier, avec Josep Maria Antentas, un ouvrage sur le mouvement « Indigné » espagnol : « Planeta indignado. Ocupando el futuro » (Ed. Sequitur).

Sa page (en français) : http://esthervivas.com/francais/

Traduction française pour Le JIM : Ataulfo Riera

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