En catimini, le Sénat veut donner le feu vert à l’enfouissement des déchets nucléaires

Vous le saviez, il y a des déchets nucléaires enfouis un peu de partout en France sans pour autant que les populations le sachent, c’est le scandale dénoncé dans le reportage Uranium : le scandale de la France contaminée, mais cela ne suffit pas, cela ne suffit jamais, il en faut toujours plus pour glisser sous la moquette le scandale du nucléaire, et les déchets toujours plus nombreux doivent être enfouis, quitte à ce que cela finisse en catastrophe majeure… 

Nucléaire Tchernobyl Fukushima atomique

Bientôt une nouvelle étape vers l’enfouissement de nos déchets nucléaires les plus dangereux ? Mardi 17 mai, une proposition de loi destinée à mettre un coup d’accélérateur au projet Cigéo sera discutée au Sénat. Les opposants dénoncent un déni de démocratie et préparent leurs mobilisations.

Les partisans du projet de centre de stockage géologique de déchets radioactifs Cigéo reviennent à la charge. La proposition de loi du sénateur (LR) de la Meuse Gérard Longuet, qui apporte plusieurs précisions sur le projet — définition de la notion de réversibilité du stockage et phase pilote — sera discutée ce mardi 17 mai en séance publique au Sénat. Un come back sur la grande scène après plusieurs tentatives ratées de passage en catimini par des amendements dans la loi de transition énergétique puis dans la loi Macron.

Pourquoi un tel acharnement ? Parce que la loi de 2006 qui prévoit la construction d’un centre de stockage réversible des déchets radioactifs dans le sous-sol de Bure est incomplète sur la notion de réversibilité. Tant qu’un nouveau texte définissant ce principe n’est pas adopté, le projet Cigéo ne peut pas aboutir. D’où la proposition de loi de M. Longuet.

Pour le sénateur meusien, « la réversibilité doit permettre de garantir la possibilité de récupérer des colis de déchets déjà stockés pendant une période donnée et d’adapter l’installation initialement conçue en fonction des choix futurs ». Mais le principe énoncé tel quel ne passe pas auprès des opposants. « La définition de réversibilité est fournie clé en main dans le texte, ce qui évacue tout débat parlementaire à son sujet, dénonce Corinne François, du collectif Bure Stop 55. En plus, la loi sur les conditions concrètes d’exercice de la réversibilité en cours d’exploitation est repoussée à 2034, après l’autorisation de la mise en service de la première tranche et le stockage de 2.800 mètres cubes de déchets ! »

« La réversibilité, c’est bien gentil, mais ça ne résiste pas à l’épreuve de l’accident »

D’ailleurs, une fois que les fûts seraient enfouis, la militante ne croit pas à la possibilité d’un retour en arrière : « Regardez ce qui s’est passé en février 2014 dans le centre de stockage de déchets radioactifs de Wipp, au Nouveau-Mexique, aux États-Unis. À cause d’un incendie dans le sous-sol, des fuites radioactives d’américium et de plutonium ont été constatées en surface. Le site est toujours à l’arrêt et l’isolement des fûts par des barrières successives va coûter 500 millions de dollars ! La réversibilité, c’est bien gentil, mais ça ne résiste pas à l’épreuve de l’accident. »

 

Les autres exemples de centres de stockage de déchets nucléaires ou toxiques ne sont pas plus convaincants, estime Michel Marie. « À Asse, en Allemagne, le gouvernement a décidé de récupérer les fûts à cause d’infiltrations d’eau ; à Stocamine, en Alsace, le déstockage de plus de 8.000 tonnes de déchets toxiques, après un incendie et face à un risque de contamination de la nappe phréatique, se révèle de plus en plus délicat… et coûteux », énumère le membre du Cedra, de Bure Stop 55 et de la commission locale d’information (CLI) de Bure.

Le rapporteur de la proposition de loi, le sénateur (LR) de la Haute-Saône Michel Raison, n’a pas prêté attention à ces contre-arguments. « Les auditions ont été réalisées à la hussarde, aucune des associations de riverains de Bure n’a été invitée à présenter son argumentation, rapporte M. Marie, encore effaré par ce dédain. Le CLI a été informé mais n’a pas été convié. Il a fallu se bagarrer pour que notre expert, Bernard Thuillier, qui a épluché les 4.000 pages du dossier technique de l’Andra et en a réalisé des fiches techniques, dispose de 45 minutes pour s’exprimer. »

« Une fois qu’on aura mis près de 6 milliards d’euros dans ce bazar, qui sera encore prêt à dire qu’on arrête tout ? »

Autre cheval de bataille des associations, l’introduction dans la proposition de loi d’une « phase industrielle pilote permettant de conforter le caractère réversible et la démonstration de sûreté de l’installation ». Cette première tranche comprend, selon l’analyse de Bure Stop 55, la construction de la voie ferrée, d’un terminal de 12 étages pour la réception et le conditionnement des colis de déchets, d’un transformateur électrique haute tension, d’une double descenderie de 5 kilomètres de long, de cinq larges puits verticaux et de 40 kilomètres de galeries…

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