Vote sur l’horticulture au Parlement Européen. Une loi modelée par les lobby agrochimiques

Colorful-vegetables-793493La fin du mandat du Parlement européen – les élections auront lieu en mai – poussent les sociétés agrochimiques à profiter des dernières possibilités de vote pour faire passer par le Parlement actuel des résolutions qu’elles ont formulées. Ces résolutions serviront probablement de référence pour influencer les députés qui seront élus au printemps.

Un premier exemple de cette stratégie est la résolution sur « l’avenir du secteur de l’horticulture en Europe – les stratégies de croissance » – qui doit être votée par le Parlement européen ce mardi 11 mars à Strasbourg. Le texte est basé sur un rapport de l’eurodéputée conservateure britannique Anthea McIntyre, qui est aussi consultante en veille stratégique au Royaume-Uni.

Son texte original est une liste de faits sur le secteur de l’horticulture, notamment les défis auxquels ce secteur est confronté en termes d’augmentation des coûts de production, du changement climatique et du pouvoir excessif des supermarchés sur le marché de la chaîne d’approvisionnement, avec les arguments habituels de l’industrie agrochimique sur la nécessité d’intensifier la production grâce à l’ingénierie génétique et aux nouveaux pesticides, si possible avec un financement supplémentaire à la recherche publique. La liste de tous les éléments favorables à l’industrie dans son rapport est un aperçu parfait des intentions de cette industrie :

- éliminer les obstacles phytosanitaires qui gênent les exportations vers les marchés des pays tiers, demande importante dans le contexte du traité TAFTA ;

- considérer les pesticides comme un atout pour le secteur, en particulier les « utilisations mineures », relayant ainsi une campagne de lobbying en cours par le lobby des pesticides, qui cherche a obtenir que l’UE consacre des fonds au développement de ces pesticides, les entreprises privées refusant de le faire elles-mêmes en raison, disent-elles, d’un marché insuffisant pour couvrir leurs coûts de développement ;

- ne réglementer les pesticides que lorsque la preuve scientifique est claire – ce qui exclurait un principe de précaution quand il n’y a pas suffisamment de preuves scientifiques pour en tirer une conclusion définitive ( le rapport rend pourtant hommage aux articles scientifiques « évalués par les pairs » et « indépendants » ) ;

- appeler à la prudence quant à l’impact que pourrait avoir sur les pesticides l’initiative de la Commission sur les perturbateurs endocriniens, un combat majeur à Bruxelles cette année. Le lobby chimique a déjà gagné une première bataille en obtenant que la Commission lance une étude d’impact avant même qu’une définition soit acceptée, ce qui retardera et éventuellement affaiblira l’ensemble du processus ;

- lever l’interdiction actuelle sur les pesticides du groupe des néonicotinoïdes – une catégorie de pesticides parmi les plus toxiques jamais produits et qui, selon les apiculteurs, contribue à détruire les colonies d’abeilles – en incluant des considérations économiques dans l’évaluation des risques ;

- « reconnaître » que les techniques de sélection recourant au génie génétique, comme la cisgénèse, « ne sont pas une forme de modification génétique » et doivent être soumises à un régime d’évaluation des risques différent de la transgénèse , c’est à dire moins strict ;

- renforcer et élargir les partenariats de recherche entre les gouvernements , l’industrie et le milieu universitaire, de telle sorte que la recherche aille dans le sens souhaité par l’industrie.

Cette liste biaisée s’explique par l’identité des lobbyistes que Mme McIntyre a rencontrés pour préparer son rapport (1). Toutes les personnes dont elle a communiqué les noms appartiennent au secteur du commerce, à l’exception d’un universitaire, qui, lui, dirige le Centre des cultures agricoles de l’université de Warwick en Grande Bretagne (une universite anglaise qui collabore aussi avec l’industrie).

Pour le reste, l’eurodéputé a rencontré presque exclusivement des lobbyistes du secteur de l’agriculture commerciale au Royaume-Uni :

l’Association des producteurs britanniques (le lobby des producteurs de légumes), le Partenariat pour l’innovation dans l’Horticulture (une plate-forme britannique commune à des entreprises et des centres de recherche), Lantra (une société britannique représentant les secteurs commerciaux terrestres et de l’environnement), l’Association des métiers de l’horticulture (HTA, le hall Royaume-Uni groupe représentant l’industrie de jardin), la Société britannique de protection des obtentions végétales (industrie des semences, ce qui représente la plupart des grandes multinationales du secteur) et deux fois l’agriculture du Royaume-Uni et du développement de l’horticulture (AHDB), une association professionnelle nationale.

Le seul groupe non britannique qu’elle a rencontré est COPA-COGECA, l’association européenne qui chapeaute les syndicats des grands agriculteurs dans chaque pays.

Le rapport McIntyre a ensuite été modifié à la Commission de l’agriculture, par des amendements qui ont à la fois amélioré et empiré le texte : l’eurodéputé vert allemand Martin Häusling a déposé de nombreux amendements liés aux impacts négatifs de la monoculture et à l’utilisation de produits agrochimiques sur la qualité des sols et la résilience des fermes.

Mais l’eurodéputé conservateur italien Herbert Dorfmann, par exemple, a introduit en catimini un amendement disant que les normes maximales utilisées par les supermarchés concernant les résidus de pesticides, qui doivent minimiser l’exposition des consommateurs à ces produits chimiques, étaient « anticoncurrentielles » et « préjudiciables aux intérêts des producteurs de F & V » [Fruits et légumes], appelant la Commission à « mettre un terme à ces pratiques ».

Article complet sur Reporterre via les Brindherbes

12 commentaires