Comment la BCE va traquer les banques de la zone euro

Ils veulent inspecter 130 grandes banques et en faire sortir, le cas échéant, « les cadavres des placards ». Le petit souci, c’est que si l’on s’intéresse à la santé réelle des banques (voir ici, et même ici, et ici), vu le nombre de cadavres enfermés dans les placards, ce n’est plus un petit carré funéraire que l’ont va avoir mais un véritable charnier! Mais comme ils veulent de toute manière nous imposer ce traité transatlantique avec cette union bancaire…

« Enorme », « herculéen », « titanesque ». Les mots ne sont pas assez forts au siège de la Banque centrale européenne (BCE), l’Eurotower de Francfort, pour décrire le défi à relever. La maison a moins d’un an pour organiser la mission que les gouvernements européens viennent de lui confier : devenir le gendarme des banques de la zone euro. Pour inspecter les quelque 130 plus grandes – et sortir les cadavres des placards –, elle doit, d’ici à novembre 2014, avoir embauché… 1.000 personnes. Il en va de l’avenir de la nouvelle union bancaire européenne. Et de celui de la BCE, qui va se retrouver avec 3.000 salariés.

Les nouveaux profils recherchés

Dans la très internationale banque, où l’on ne se parle qu’en anglais et en sigles, la nouvelle mission – appelée SSM (Single Supervisory Mechanism) ou MSU (Mécanisme de supervision bancaire unique) – est aussi un nouveau métier. Le cœur de son savoir-faire était jusqu’alors la politique monétaire, définie avec une armée de macroéconomistes de haut vol.

Aujourd’hui, la BCE recrute une population différente, qu’elle connaît mal : superviseurs, inspecteurs, auditeurs. Et ils devront travailler sans états d’âme. La gendarme en chef est en poste depuis le 2 janvier : formée à la Banque de France, la présidente du SSM, Danièle Nouy, 63 ans, qui dirigeait l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) du système financier français, a bien prévenu : « Nous devons accepter que certaines banques n’aient pas d’avenir. »

Ce SSM, le grand patron de la BCE, Mario Draghi, l’a ardemment voulu. Dès 2012, il n’a eu de cesse de faire du lobbying  dans les capitales européennes pour décrocher le contrôle bancaire. Ses troupes s’y sont préparées depuis des mois, avant même d’avoir le détail de leur mandat, publié le 4 novembre dernier. C’est le « work in progress », selon l’expression en vogue à Francfort, le travail en évolution, où règnent pragmatisme et bon sens.

1.000 postes à pourvoir

La grande affaire, c’est d’abord le recrutement : on cherche 800 superviseurs plus quelque 200 personnes affectées à des emplois transversaux (informatique, secrétariat, statistiques). N’importe quel ressortissant des 28 Etats de l’Union peut postuler, même ceux de la très euro-sceptique City de Londres ! En attendant l’arrivée des recrues définitives, des experts ont été détachés des autorités de contrôle nationales. Cet été, deux émissaires de Francfort ont fait des tournées promotionnelles pour susciter des vocations. Paris, Rome, Madrid… Ils sont allés dans une quinzaine de capitales européennes expliquer le côté pionnier du SSM, la qualité de vie au bord du Main, le bon niveau des écoles internationales, la rémunération qui dépasse les 10.000 euros mensuels pour les cadres expérimentés.

C’est ainsi qu’un superviseur irlandais, dont les émoluments ont baissé deux fois avec la crise, a laissé sa femme et ses quatre enfants à Dublin pour rejoindre temporairement l’Allemagne. Chef des études statistiques du superviseur français, Laetitia Meneau, 38 ans, vient d’arriver pour une mission de six mois. « C’est en ce moment qu’il faut participer à la construction de ce grand projet européen », s’enthousiasme-t-elle. « Tous les pays de la zone euro se sont mobilisés dès le début pour détacher des salariés six mois ou un an, explique Peter Praet, membre du directoire de la BCE et responsable des ressources humaines. Cela a apporté une précieuse flexibilité. Environ 100 personnes ont été concernées par ces contrats. »

En parallèle, depuis début 2014, les recrutements sur des postes fixes sont organisés. Les salariés détachés aussi peuvent postuler, ce qu’envisage de faire le trentenaire Florian Weidenholzer, d’abord venu pour travailler sur le SSM en tant que représentant de l’Autriche. « Le côté international très stimulant » lui donne envie de s’impliquer plus. Il n’est pas le seul. Des milliers de CV de candidats issus du public, des banques privées et même de l’agence de notation Standard & Poor’s sont arrivés à Francfort.

Batterie de tests

Face à l’afflux, des tests ont été organisés. Avec une première batterie à faire au bureau, sur son ordinateur : cas pratiques, mises en situation, calculs rapides, une analyse de texte en anglais. Une procédure critiquée. Un candidat s’énerve des tricheries possibles, comme ces épreuves passées à plusieurs. Un autre peste contre des exercices trop scolaires, plus adaptés à un jeune diplômé qu’à un professionnel expérimenté. Un troisième se gausse de la partie « psycho-pipo ».

Mais il faut bien que la BCE écrème ! La sélection finale a lieu à l’Eurotower. Pour se donner du courage, le candidat peut piocher une pomme dans une vasque, avant de passer son grand oral devant quatre ou cinq managers maison. S’il est embauché suivra une période d’essai, qui agace les plus chevronnés. D’autant que tous les postes ne seront pas à durée indéterminée. Certains contrats sont d’une durée de trois ou cinq ans.

Direction déjà au complet

Pour le Top-11 du SSM, la BCE a fait appel au chasseur de têtes Egon Zehnder. Même Danièle Nouy, à la réputation et à l’expérience internationale hors pair, a eu droit à son entretien ! « Il était important d’avoir un avis extérieur », justifie le recruteur en chef Peter Praet. Début février, l’équipe de direction était au complet. Avec quatre directeurs généraux, un Espagnol, un Finlandais et deux Allemands (dont un a été débauché de la Commerzbank). Et cinq directeurs généraux adjoints, dont deux Français.

Car c’est la course à l’influence au SSM ! Les grands pays poussent leurs pions. A la banque centrale allemande, la Bundesbank, les candidats sont entraînés pour réussir les tests. « A ma connaissance, il n’y a pas de quota par nationalité, note Frédéric Visnovsky, le directeur adjoint de l’ACPR à Paris. Notre objectif est d’alimenter la structure opérationnelle le plus possible en chefs de division, chefs de section, experts. Nous partons du principe que notre système de supervision a montré son efficacité. »

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