Soyez prêts pour une monnaie mondiale (1988)

Retour sur une actu qui date pas mal, elle a maintenant 26 ans, et fut ressorti de la poussière en septembre 2012 par le site Agoravox.fr, mais qui permet de se poser quelques questions, et cela ne peut être que de bonnes questions… Alors n’hésitez pas, le but étant de faire avancer la réflexion. :)

Dans trente ans à partir de maintenant (l’article fût publié le 9 janvier 1988. NdT) les américains, les japonais, les européens, et les gens dans de nombreux autres pays riches, ainsi que dans quelques pays relativement pauvres payeront probablement leurs achats avec une monnaie unique. Les prix ne seront plus affichés en dollars, yens ou deutschemarks mais, disons, en… Phénix. Le Phénix sera bien accueillie tant par les entreprises que par les consommateurs, car il sera plus commode que les monnaies nationales d’aujourd’hui, que l’on regardera alors comme un source d’ennui pittoresque qui nuisait à la vie économique du siècle dernier.

Au début de 1988, cette prévision peut paraître farfelue. Des propositions pour une éventuelle union monétaire ont proliféré il y a cinq et dix ans de cela, mais ils n’avaient pas envisagé les revers de 1987. Les gouvernements des grandes économies ont essayé de progresser un peu vers un système mieux géré de taux de change – une étape préliminaire de ce qui pourrait resembler à une réforme radicale monétaire. Mais l’effet à été désastreux du fait d’un manque de coopération dans leurs politiques économiques, provoquant la hausse des taux d’intérêt qui débouché sur le krach boursier d’octobre. (Le lundi noir : lundi 19 octobre 1987. NdT). Ces événements ont puni les réformateurs du système de taux de change. L’effondrement du marché leur a appris que faire semblant de mener une politique de coopération peut être pire que de ne rien faire, et que, jusqu’à ce qu’une véritable coopération soit possible

(c’est à dire, tant que les gouvernements ne cèdent pas leur une souveraineté économique) toutes tentative de mettre en place un système de change fixe sera vaine.

Cependant, en dépit de la difficulté pour les gouvernements d’atteindre les engagements de leurs accords internationaux sur la politique macroéconomique (et en encore plus de s’y tenir), il devient de plus en plus admit qu’on ne peut pas laisser les taux de change se réguler par eux-mêmes. Rappelez-vous que l’accord du Louvre (sur les taux de change signé le 22 février 1987. Note du traducteur. Voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Accords_du_Louvre) et son prédécesseur, l’accord du Plaza (voir : http://fr.wikipedia.org/wiki/Accord… ) de septembre 1985, étaient des mesures d’urgence pour faire face à une crise d’instabilité monétaire. Entre 1983 et 1985, le dollar a augmenté de 34% par rapport aux monnaies des partenaires commerciaux des Etats Unis d’Amérique, depuis lors, il a baissé de 42%. Ces variations ont faussé l’équilibre concurrentiel international plus radicalement en quatre ans que les forces économiques sous-jacentes ne pourraient le faire en une génération.

Ces derniers jours, les principales banques centrales mondiales, craignant un autre effondrement du dollar, sont de nouveau conjointement intervenus dans les marchés des changes. Des ministres, fervents défenseurs de la liberté des marchés, tels que le britannique Lawson M. Nigel se sont convertis à la cause de la stabilité des changes. Les autorités japonaises prennent au sérieux l’idée d’un EMS (Il ne s’agit pas du funeste Mécanisme Européen de Stabilité d’aujourd’hui mais du « serpent monétaire européen » : un panier monétaire européen constitué à l’époque de l’ECU et de douze autres monnaies. Note du traducteur) ,comme modèle pour les principales économies industrielles. En dépit de l’échec embarrassant du musée du Louvre, la conviction demeure que quelque chose doit être fait au sujet des taux de change.

Quelque chose (un accord monnétaire. Note du trad.) se produira, sans doute dans le courant de 1988. Mais peu de temps après sa signature, il finira de la même manière que le précédent : Il s’effondrera. Les gouvernements sont loin d’être prêts à subordonner leurs objectifs nationaux à un objectif de stabilité internationale. Plusieurs grands bouleversements des taux de change, un peu plus de krachs boursiers et probablement une dépression ou deux seront nécessaires avant que les politiciens soient prêts à regarder ce choix en face. Cela met en évidence une séquence confuse de situations d’urgence suivies de colmatages d’urgence, qui s’étend bien au-delà de 2018 sauf pour deux choses. Au fil du temps, les dommages causés par l’instabilité monétaire va progressivement croitre et cette tendance finira par transformer l’utopie d’une l’union monétaire en un objectif réalisable.

L’économie du New World (Je ne traduit pas car New World est écrit avec des majuscules ce qui en fait un nom propre similaire à l’orthographe de l’expression New World Order. NdT)

Le plus grand changement dans l’économie mondiale depuis le début des années 1970 est que les flux d’argent ont remplacé les échanges de biens comme la force qui pousse les taux de change. En raison de l’intégration incessante des marchés financiers dans le monde, les différences dans les politiques économiques nationales peuvent perturber les taux d’intérêt (ou les attentes de taux d’intérêt futurs) certes légèrement, mais assez pour susciter d’énormes transferts d’actifs financiers d’un pays à l’autre. Ces transferts inondent le flux des excédents commerciaux et modifient leur action sur l’offre et la demande des différentes devises, et par conséquent, pèsent sur les taux de change. Comme la technologie des télécommunications continue de progresser, ces transactions futures seront encore moins chères et encore plus rapides. Avec une absence de coordination des politiques économiques, les monnaies ne peuvent que devenir plus volatiles encore.
 Parallèlement à cette tendance, une autre apparaît, celle de toujours accroître les opportunités du commerce international. C’est aussi le résultat du progrès technologique. La baisse des coûts de transport, rend plus facile les échanges marchands entre des pays séparés par des milliers de kilomètres. La loi du prix unique (qui veux qu’un bon produit devrait coûter la même chose partout, une fois que les prix sont convertis en une seule monnaie) s’affirmera de plus en plus. Les hommes politiques vont permettent à leurs économies nationales – à l’instar des marchés financiers – de s’ouvrir de plus en plus sur le monde extérieur. Ceci vaux pour le travail comme pour les marchandises, en partie par la migration, mais aussi par la possibilité technique de séparer le lieu où se situe le travailleur du lieu de production : Des informaticiens indiens traiteront les paies des salariés New-Yorkais.

Par ces actions combinées, les frontières économiques nationales se dissolvent progressivement. Comme la tendance se maintient, l’appel d’une union monétaire à travers au moins les principaux pays industriels semble irrésistible à tout le monde sauf à l’industrie du change et aux gouvernements. Dans la zone-Phénix (On dit aujourd’hui l’Eurozone. NdT.), l’adaptation économique aux variations des prix se passera en douceur et automatiquement, un peu comme elle le fait aujourd’hui entre les différentes régions au sein des grandes économies (un mémoire publié dans le même n° de The Economiste p74-75 explique comment. NdT) L’absence de tout risque de change devrait stimuler le commerce, l’investissement et l’emploi. (En tous cas pas dans l’Eurozone ! NdT).

Article complet disponible sur Agoravox.fr

2 commentaires