Chine: des groupes immobiliers doivent 660 milliards au fisc

Un homme lit les annonces d'une agence immobilière.... (Photo Franko Lee, archives AFP)Photo Franko Lee, archives AFP Un homme lit les annonces d’une agence immobilière. Agence France-Presse Shangai

Les principaux groupes immobiliers chinois ont des arriérés d’impôts atteignant au total plus de 3800 milliards de yuans (660 milliards de dollars canadiens), selon un reportage de la télévision d’État qui suscitait lundi une vive polémique.

Ces firmes auraient dû payer plus de 4600 milliards de yuans d’impôts fonciers entre 2005 et 2012, mais les autorités n’ont collecté que 800 milliards, a rapporté CCTV dimanche dans une émission hebdomadaire dédiée aux droits des consommateurs.

La chaîne a précisé que ces chiffres avaient été établis par l’avocat fiscaliste Li Jinsong, d’un cabinet pékinois. M. Li avait déjà évoqué dans le passé ces gigantesques arriérés d’impôts mais sans jamais bénéficier d’une plateforme médiatique officielle aussi importante.

CCTV n’a pas précisé le nombre total des entreprises accusées de n’avoir pas payé tous leurs impôts, mais a indiqué que la liste comprenait 45 groupes immobiliers cotés en Bourse en Chine ou à l’étranger — parmi lesquels des mastodontes du secteur, de Agile à SOHO China et Vanke.

En Chine, les promoteurs immobiliers doivent payer un impôt relatif à l’accroissement de la valeur de leurs terrains, lorsqu’ils procèdent à des ventes de logements ou cèdent la propriété des terrains.

Sur les réseaux sociaux chinois, les internautes étaient nombreux à dénoncer «l’avidité» des entreprises épinglées alors que les prix des appartements ont enregistré une flambée incessante au cours des dernières années sur fond de boom de la construction.

En dépit des différentes mesures adoptées par les autorités, les prix immobiliers ont encore bondi de 10,7% sur un an en octobre.

«Les promoteurs immobiliers provoquent une montée à des prix à des niveaux insupportables. Il est temps pour eux de céder une partie de leur butin», a estimé un usager de Weibo, équivalent chinois de Twitter.

Certaines des firmes incriminées sont quant à elles montées au créneau pour s’insurger contre les erreurs de méthodologie de Li Jinsong. Le président du groupe Huayan Property, Ren Zhiqiang, s’en est ainsi pris à la télévision d’État.

«Ce n’est qu’après avoir vu ce reportage que j’ai réalisé la stupidité et l’ignorance de CCTV. Je réfléchis à la façon d’attaquer CCTV en justice pour lui demander des comptes», a indiqué M. Ren sur son compte Weibo suivi par de nombreux abonnés.

Mis en cause, Maître Li a répliqué par microblogue interposé sur son propre compte Weibo.

«Après avoir lu vos messages, je découvre votre stupidité et votre ignorance en ce qui concerne le domaine de la fiscalité», a-t-il lancé à l’attention de M. Ren.

«Je vous prie de bien vouloir consulter votre directeur financier avant d’envoyer vos réactions en ligne», a-t-il ajouté. Li Jinsong n’a pas pu être directement joint par l’AFP lundi.

Selon CCTV, SOHO China, promoteur spécialisé dans les centres commerciaux, doit à l’Etat quelque 6,4 milliards de yuans, tandis que China Vanke, le plus gros constructeur de logements du pays par le volume de ventes, a une ardoise de 5,8 milliards de yuans.

Aucune de ces deux entreprises n’a commenté lundi les informations de la télévision d’État.

Les places boursières ont eu des réactions mitigées: Vanke a terminé en baisse de 1,03% à Shenzhen, mais Huayan au contraire a grimpé de 1,89% à Shanghai.

À Hong Kong, Agile — un groupe qui devrait 8,3 milliards de yuans à l’Etat selon CCTV — a vu son titre clôturer en repli de 2,57%, tandis que SOHO China cédait 0,43%.

Les médias officiels chinois ont multiplié ces derniers mois les campagnes d’attaques contre des entreprises, dont des multinationales, alors que les autorités lançaient des salves d’enquêtes pour entente sur les prix ou corruption.

CCTV s’en était déjà prise cette année au géant américain de l’électronique Apple, critiqué pour sa politique de garantie et son service après-vente, au sud-coréen Samsung, blâmé pour la qualité de ses téléphones intelligents, ou encore à la chaîne de café Starbucks, accusée de pratiquer des prix trop élevés.

Source: La presse.ca via Fortune de souche

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