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Une manif de moutons contre le puçage électronique

Merci à Klaus pour l’info

Parti lundi de Mornans (dans la Drôme), un troupeau de 200 moutons mettra cinq jours pour gagner Valence. A la tête de cette manif-transhumance de 50 kilomètres, une cinquantaine d’éleveurs et bergers qui dénoncent l’industrialisation de leur métier de paysan, qui passe notamment par l’obligation de mettre une puce électronique à leurs bêtes.

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La manif-transhumance entre Mornans et Saoû, dans la Drôme. Crédit : Jean-Baptiste Mouttet

« Hier, on nous a imposé une vaccination inutile. Aujourd’hui, il faut mettre des puces électroniques aux moutons. Et demain, nous devrons acheter des béliers dans des centres d’insémination ».

L’éleveuse Laure Charoin s’active autour des clôtures en plastique qui retient encore pour quelques minutes les quelque 200 moutons qui vont s’élancer et marcher jusqu’à Valence.

Ce lundi après-midi, accompagnées d’un bélier, les brebis partent de Mornans, minuscule village niché dans l’un des plus beaux coins de la Drôme.

En huit kilomètres, elles rejoindront Saoû, à quelques encablures de Die, entre la Provence et le Vercors. Là où les touristes les plus fortunés achètent des ruines pour en faire des résidences secondaires. En mode transhumance, les bêtes devraient atteindre vendredi la préfecture de la Drôme.

Le troupeau est conduit par une cinquantaine d’éleveurs venus de tout le département. Les visages sont tendus. Peut-être à cause de la bise qui vous glace le sang.

« Cela me rappelle le Larzac », glisse une des voisines venue en soutien. Comme pour la mobilisation dans les années 1970 contre l’extension du camp militaire, un vent libertaire pousserait ces paysans drômois, réfractaires aux nouvelles normes de traçabilité. Comme pour le plateau aride de l’Aveyron, la Drôme fait figure de terre de résistance contre cette obligation de mettre une puce électronique aux moutons.

 

« No puçaran »

Depuis janvier 2010, un règlement de l’Union européenne impose pour tous les ovins un système d’identification électronique au moyen d’un « transpondeur », plus communément appelé puce RFID que l’on peut retrouver sur les cartes de transport en commun ou dans les passeports. Pour les brebis, cette puce est placée sur une boucle d’oreille en plastique et comprend le numéro de l’élevage et le numéro de la bête.

boucle-electronique-Moutons-RFIDBien que plusieurs syndicats agricoles, dont la Confédération paysanne, soutiennent ce mouvement, le cortège n’a ni banderole, ni drapeau. Tout juste peut-on trouver un carton avec l’amusant message « no puçaran » -en référence au « no pasaran » des antifascistes espagnols. On remarque surtout des t-shirts que portent certains éleveurs, avec inscrit « No Futur, ni pucés, ni soumis ».
Un slogan qui résume la posture de ces éleveurs : défendre une certaine idée de l’agriculture en opposition avec une agriculture plus industrielle et productiviste.

 

« Un marché juteux pour les nanotechnologies »

Pour ces paysans, les puces sont un des éléments de cette dérive redoutée vers l’industrialisation. Car, pour l’instant, rien ne change :
il y a les mêmes informations que celles écrites sur les deux boucles plastiques déjà obligatoires pour la traçabilité.

Sébastien Pelurson, l’un des principaux organisateurs de la transhumance, mène le troupeau de son village de Mornans jusqu’à Saoû. Il possède 230 brebis et 25 chèvres qu’il n’a pas faites « pucer » :

« Comme d’habitude, ce sont les gros exploitants agricoles qui ont poussé pour que les puces électroniques deviennent obligatoires. Avec plusieurs milliers de têtes de moutons, ils peuvent gérer leurs troupeaux avec des scanners que les petits exploitants ne possèdent pas. »

Les chambres d’agriculture subventionnent jusqu’en juillet 2013 l’achat de puces électroniques à hauteur de 70 centimes sur un euro d’achat. « Une manière d’aider davantage les gros exploitants », précise l’éleveur qui pointe également un potentiel marché juteux :

« L’industrie des micro et nanotechnologies fait du lobbying pour qu’on s’équipe. Sans les aides actuelles, il en coûtera cinq fois plus cher au paysan qu’avec de simples boucles plastiques ».

 

« De simples exécutants de l’agro-alimentaire »

Le discours est rodé. Car derrière l’apparence désordonnée de la manif-transhumance, l’organisation est minutieuse : site Internet, équipe vidéo, contacts presse. Ce collectif s’est structuré il y a deux ans autour d’une première mobilisation contre l’obligation de vacciner les brebis contre la fièvre catarrhale ovine (FCO). Pour les éleveurs, ce fut la première tentative de leur imposer une façon « inutile et dangereuse » de travailler. Depuis, cette obligation a été levée.

Après les puces, c’est le bélier que les éleveurs seront contraints d’aller acheter dans un centre d’insémination. Date prévue de cette nouvelle obligation : 2015. Elle est au coeur des revendications, explique l’éleveuse Laure Charoin :

« Sous prétexte de lutter contre la tremblante du mouton, ils vont sélectionner génétiquement des béliers. Nous ne pourrons plus échanger nos béliers, en fonction de nos propres critères. Comme pour les OGM, on va perdre en diversité génétique ».

Sans badge, ni drapeau, le porte-parole de la Confédération paysanne de la Drôme, Vincent Delmas, est présent au premier jour de cette transhumance :

« Comme pour le puçage, ce sera une grande perte de liberté pour les éleveurs. »

Cette perte a un nom : « l’intégration ».

« Les éleveurs de brebis deviendront comme nos collègues qui font du porc ou de la volaille, qui sont de simples exécutants de l’agro-alimentaire. Ils nous amèneront un bélier et, puis ils nous imposeront une manière de manger et de les soigner ».

Le « ils » revient toujours dans la bouche des éleveurs. « Ils », ce sont les « technocrates » de Bruxelles ou du ministère de l’agriculture mais aussi les grands exploitants agricoles, qui « travaillent » main dans la main avec les premiers.

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Laure Charoin parée du t-shirt officiel de la transhumance. Crédit : Jean-Baptiste Mouttet

 Source: Rue89

http://www.rue89lyon.fr/2013/01/30/une-manif-de-brebis-contre-le-pucage-electronique/

17 réponses à Une manif de moutons contre le puçage électronique

  1. Codex alimentaire.

  2. Quelle magnifique allégorie anticipative. Ces moutons seront nous « … le puçage arrivera, et personne, … je dis bien personne ne pourra s’y opposer » sic

    Sur la première, (radio belge) j’ai entendu, la semaine dernière, un reporage sur le parlement européen. Des enfants prenaient la place des députés pour une journée. Il devaient suivre les projets de lois, les discuter et les voter. 2 étaient retenues pour l’exercice. La première, je ne m’en souviens pas, sans intérêt. La deuxième s’était le projet de puçage RFID de la population. Et devenez quoi? Les enfants, ayant noté qu’il étaient obligé de faire avec les lobbies qui le harcellaient, ont voté… POUR le puçage RFID de la population.

    Je crains pour l’avenir.

  3. sry pour les énormes fautes… je suis fatigué. je dois mieux me relire.

  4. Attention danger! RFID: aujourd’hui les animaux, demain les populations humaines… qui sont conditionnées et sont déjà considérées comme des… moutons!
    Si tous les naïfs pouvaient ouvrir les yeux…

    « Il n’y a plus de patrie; je ne vois d’un pôle à l’autre que des tyrans et des esclaves »
    Diderot (Le Neveu de Rameau).

  5. L’élevage ovin était le dernier élevage extensif à manger de l’herbe, hélas les chambres d’agriculture veulent aller vers l’intensif, en nourrissant les moutons en bergerie à l’année avec la même alimentation que les vaches laitières, en faisant agneler les brebis 3 fois en 2 ans, en promouvant des races hybrides F1, en créant des élevage de minimum 600 têtes, bref en les mettant en batterie…
    Surtout la biodiversité des races d’animaux de ferme est un trésor et elle va disparaître pour les 300 races de moutons qui existaient dans le monde comme elle a disparu pour les races bovines où des millions de vaches Prim’Holstein sont descendantes de 3 ou 4 taureaux tout au plus (morts pour certains…), une catastrophe en cas de crise sanitaire.

    • La planète est un immense Auschwitz-Birkenau pour nos animaux d’élevages intensifs…comment acceptons-nous ça?

      Comment pouvons-nous être à ce point complices en consommant cette viande tout en pensant à autre chose…

      Réduisons déjà drastiquement notre consommation de viande…
      On n’en a pas besoin pour vivre …et la viande issue des élevages intensifs est cancérigène…

      • Ok je ne mange pas de viande , et je prends des produits naturels http://www.spirulinefrance.fr/ pourquoi ?
        A part les antibiotiques , les hormones de croissances les vaccins….qui tous passent dans mon corps sans exception il y a la résonance ou vibration qui passe dans moi.
        Et être comme un animal en cage , qui soufre et à qui on abat dans des extrèmes souffrance (les oligarches de l’agro-alimentaire peuvent me dire ce qu’ils veulent non !)ne m’interesse pas du tout,car je ne suis pas un bien consommable pour leurs profit.

  6. Enfin ça bouge !!!
    Merci à eux, milles mercis.
    Pour le puçage des équidés ça n’a absolument pas bougé (c’était en 2007 me semble-t-il)
    Et pour le puçage des animaux de compagnie au niveau européen, rien non plus , la soumission totale, comme pour les contrôles avant embarquement aérien.

  7. Vous nous reconnaissez!
    On est le mouton,à droite
    oui,le noir!

  8. Et pourtant en 2015 tous les nouveaux nés aux USA seront pucés, corrigez moi si je me trompe mais c’est bien leur intention. J’avais lu cette nouvelle ici sur le blog.
    Mais d’ici là bien des moutons enragés seront morts d’épuisement. Parfois je me sens crevé de répéter nos nouvelles contradictoires à mon entourage et ils croient que je suis dingue, j’ai vu trop de films. Quand la réalité dépasse la fiction, celà arrive chaque jour.
    A mouton Simsi : t’inquiètes pas des fautes, sans elles il y aurait plus besoin de profs.

  9. Je m’interroge… Leur démarche est-elle sincère? Est-ce ce puçage systématique qui les révolte ou le fait que ça touche leur portefeuille? On peut se poser la question. Dans cette profession ( éleveur )on ne s’embarrasse pas de sentiments nobles, on ne s’intéresse qu’au profit, au bilan de fin d’année. Mais ils ont raison, évidemment, de ne pas accepter le diktat des technocrates complètement soumis aux lobby financiers. Le fric, le fric…toujours le fric!