Des supporters illégalement fichés par la police… et le PSG

Et c’est en France que cela se passe! Un souci qui s’étend, insidieusement, sans pour autant que l’on puisse réellement savoir l’ample, la gravité et jusqu’à quel point cela peut évoluer…

En matière de non-respect des libertés publiques, l’arrivée d’un nouveau gouvernement le 22 mai dernier n’a pas tout changé. Le sort d’une partie des supporters du PSG en atteste.

Et on ne parle pas de méchants hooligans assoiffés de bière et de baston, mais de simples supporters, pour certains jamais abonnés au Parc des Princes, mais qui ont l’inconvenance de contester la politique actuelle mise en œuvre par le PSG.

« On voulait mettre une bonne ambiance »

Vendredi 14 septembre, à quelques encablures de l’enceinte du club de foot, le Paris Handball, placé sur la même orbite que le PSG par Qatar Sport Investment, débutait sa saison face à Cesson Rennes, dans la salle Pierre de Coubertin.

Des supporters du Paris handball à Paris le 14 septembre 2012 (Kevin Tribouillard/AFP)

Plusieurs supporters du PSG version foot, membres de l’ex-association Liberté pour les Abonnés (LPA) ou simples contestataires du plan Leproux, avaient décidé de se retrouver dans le gymnase pour chanter.

MT, l’un des leaders de la défunte association LPA :

« On voulait mettre une bonne ambiance dans le gymnase, une heure avant le match au Parc des Princes [opposant le PSG à Toulouse, ndlr], histoire de montrer que quand on est là, ça chante.

Et puis, c’était aussi l’occasion d’aller voir un match avec des potes, en étant libre de se regrouper, de chanter, de sortir des drapeaux, tout ce qu’on ne peut plus faire au Parc des Princes. »

Le billet n’est plus valable…

Sauf que le jour même du même match, 27 de ces supporters reçoivent une lettre du Paris Handball, les informant que leur billet, acheté quelques semaines auparavant, a été annulé. Motif :

  • pour quelques-uns en raison d’une interdiction administrative de stade (IAS) valable pour l’équipe de football du PSG ;
  • pour beaucoup d’autres : « Vous auriez adopté une attitude non conforme à nos valeurs et commis des incivilités voire des actes répréhensibles. »

La missive est signée Jean-Claude Blanc, directeur général délégué du PSG et du Paris Handball. Les supporters apprécient l’emploi du conditionnel, surtout lorsqu’ils apprennent que le Paris Handball refuse également de leur vendre des billets durant l’ensemble de la saison…

Un dispositif de sécurité exceptionnel

Pour être sûr que les indésirables ne pénètrent pas dans le gymnase, un dispositif de sécurité exceptionnel est mobilisé : quatre cars de gendarmes mobiles, une vingtaine de membre de la section d’intervention rapide (SIR), 75 agents de sécurité.

Las, une centaine de supporters se présente par petits groupes devant la salle Coubertin. La majorité est refoulée de l’entrée du gymnase, non sans avoir dû se soumettre à un contrôle d’identité et à un poireautage d’une demi-heure sans explications

Contacté le soir-même par Rue89, le PSG handball répond par la voix d’une de ses administratrices  :

« La préfecture de police de Paris nous a envoyé dans la semaine précédant le match une liste de supporters du PSG interdits de stade qui auraient acheté des billets pour le match de handball.

Par conséquent, nous avons décidé d’annuler les billets de toutes les personnes de cette liste puisqu’ils sont interdits de toutes enceintes sportives. »

Première erreur : les interdictions de stade sont circonscrites au foot

Première erreur : rien dans les interdictions administratives de stade ne permet de affirmer cela. Au contraire, celles-ci stipulent bien que l’interdiction est circonscrite aux enceintes où se déroulent les matches de l’équipe de football du PSG.

 


Le Parc des Princes lors de PSG-Lens le 8 janvier 2011 (Jacques Demarthon)

Interrogé par l’AFP, Jean-Claude Blanc indique avoir pris « ses responsabilités », assurant sans nuances :

« Ce sont des interdits de stade du Parc des Princes qui ont acheté des billets pour le handball. »

C’est la deuxième erreur. Plusieurs témoignages recueillis parmi les supporters éconduits démontrent, au contraire, que nombre d’entre eux ne sont pas – et n’ont jamais été – interdits de stade. C’est le cas de Romain. Supporter parisien de 24 ans, résidant à Lille, il s’est vu refusé l’accès à la salle sans aucune raison valable.

« Je n’ai jamais été interdit de stade et je n’ai jamais eu affaire à la police. »

Sur quels critères a donc été établie par la préfecture cette liste d’interdits de stade qui ne le sont pas tous et qui a été transmise au Paris handball afin de justifier l’envoi des courriers annulant les billets ?

« Jamais eu de problèmes avec la police »

Le 16 août dernier, dans une communication passée inaperçue, Jean-Louis Fiamenghi, directeur de cabinet du préfet de police de Paris, assurait que cette « blacklist » contenait le nom « de toute personne ayant fait l’objet d’une interdiction de stade [qui] ne pourra plus acheter de billets, ni souscrire d’abonnement ».

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