Une utopie anti-crise en Andalousie

C’est un article qui n’est pas des plus récent puisqu’il date du 21 aout mais qui mérite d’être lu, c’est plein d’espoir, de leçons de vies, et renforce mon intention de quitter cette ville pourrie qui est la mienne pour partir dans un coin de nature à la recherche d’un potager, d’une cage à poule, une petite maison et un puits! Merci à Nrico pour me l’avoir fait connaître via le forum des moutons enragés.

Osuna, Espagne - Juan Manuel Sanchez Gordillo (au centre) discute avec des activistes lors d'une action de protestation, août 2012

© AFP Osuna, Espagne – Juan Manuel Sanchez Gordillo (au centre) discute avec des activistes lors d’une action de protestation, août 2012

Marinaleda est une ville sans chômage et aux loyers modiques. Alors que la politique d’austérité bat son plein en Espagne, son maire, Juan Manuel Sanchez Gordillo, a pris la tête d’un mouvement de résistance populaire.

Juan Manuel Sánchez Gordillo a fait la une des journaux ces derniers jours après avoir mené une “expropriation forcée” de produits alimentaires dans plusieurs supermarchés, au côté de ses camarades du Syndicat andalou des travailleurs (SAT), pour les distribuer aux plus défavorisés. C’est dire si cet homme est un dirigeant singulier au sein de la classe politique espagnole. Anticonformiste, il a été critiqué pour ses dernières actions, y compris dans les rangs de la coalition de gauche Izquierda Unida [l’équivalent du Front de gauche français], dont son organisation, le Collectif uni des travailleurs-Bloc andalou de gauche, fait partie depuis 1986.

Sánchez Gordillo est un dirigeant historique du Syndicat des ouvriers agricoles (SOC), colonne vertébrale de l’actuel SAT. En outre, depuis 1979, il est maire de Marinaleda, une petite localité [de près de 3 000 habitants] de la région de Séville. Là, grâce à la participation et au soutien des habitants, il a lancé une expérience politique et économique originale qui a fait de ce village une sorte d’île socialiste dans la campagne andalouse.

Avec la crise économique, Marinaleda a eu l’occasion de vérifier si son utopie sur 25 kilomètres carrés était une solution viable face au marché. Son taux de chômage actuel est de 0 %. Une bonne partie des habitants sont employés par la Coopérative Humar-Marinaleda, créée par les ouvriers agricoles eux-mêmes après des années de lutte. Longtemps, les paysans ont occupé les terres de l’exploitation agricole Humoso [qui appartenaient à un aristocrate] et à chaque fois ils étaient dispersés par la Guardia Civil [la gendarmerie espagnole]. “La terre est à ceux qui la travaillent”, clamaient-ils. En 1992, ils ont fini par obtenir gain de cause : ils sont désormais propriétaires de l’exploitation. Sur leur site web, ils précisent que leur “objectif n’est pas de faire des bénéfices, mais de créer des emplois par la vente de produits agricoles sains et de qualité”.

Ils produisent des fèves, des artichauts, des poivrons et de l’huile d’olive vierge extra. Les travailleurs eux-mêmes contrôlent toutes les phases de la production, la terre appartient à “l’ensemble de la collectivité”. L’exploitation comprend une conserverie, un moulin à huile, des serres, des équipements d’élevage, un magasin. Quel que soit leur poste, les travailleurs reçoivent tous un salaire de 47 euros la journée et travaillent 6 jours par semaine, soit 1 128 euros par mois pour 35 heures par semaine [le salaire minimum est de 641 euros].

En pleine saison, la coopérative emploie environ 400 personnes, une centaine au minimum. Mais chaque poste de travail n’est pas attribué à tel ou tel habitant : ils effectuent une rotation afin de s’assurer tous un revenu. “Travailler moins pour que tous aient du travail”, tel est le principe. Par ailleurs, certaines personnes travaillent de petites parcelles dont elles sont propriétaires. Le reste de la vie économique est constitué par des boutiques, des services de base et des activités sportives. Pratiquement, tous les habitants du village touchent autant qu’un travailleur de la coopérative.

Dans un entretien accordé à Público le mois dernier, Gordillo lui-même expliquait les répercussions de la crise à Marinaleda : “Elle se fait un peu sentir dans les prix des produits agricoles, dans le financement. Nous avons des problèmes de trésorerie, mais nous vendons bien les produits… D’une façon générale, la crise a été moins sensible dans l’agriculture et l’alimentation, souligne-t-il. Ce qui se passe, c’est que les gens qui avaient quitté la campagne pour travailler dans le bâtiment reviennent et cherchent du travail. Résultat, il faut non seulement maintenir l’emploi existant, mais l’augmenter, tout en sachant que l’agriculture bio crée plus d’emplois que l’agriculture traditionnelle. Pour sauver l’agriculture de la crise et de l’enchérissement des moyens de production agricole, nous essayons un commerce horizontal, avec un dialogue de coopérative à coopérative, et nous établissons des relations avec d’autres pays où il existe des expériences de ce type.”

Pendant les dernières décennies, dans une Espagne en proie au “boom de l’immobilier”, la spéculation s’est emparée du bâtiment. Marinaleda a décidé d’aller résolument à contre-courant. Il est possible d’y louer une maison en bon état, de 90 mètres carrés, avec terrasse, pour 15 euros par mois. Seule condition : chacun doit participer à la construction de son logement, suivant la philosophie horizontale qui préside à toutes les activités de Marinaleda. La municipalité a obtenu des lotissements en alternant achats et expropriations. Ainsi, elle propose des terrains et fournit le matériel nécessaire à la construction du logement. Celle-ci est confiée aux locataires eux-mêmes, à moins que ces derniers ne rémunèrent des gens pour les remplacer. Par ailleurs, la mairie emploie des maçons professionnels pour qu’ils conseillent les habitants et réalisent les travaux les plus compliqués. Dernier point, les futurs locataires ne savent pas d’avance quel logement va leur être attribué, ce qui favorise l’entraide.

“Quand on travaille à construire une maison, on est payé 800 euros par mois”, note Juan José Sancho, un habitant de Marinaleda. “La moitié du salaire sert à payer le logement.” Du haut de ses 21 ans, ce jeune homme fait déjà partie du “groupe d’action” de la municipalité, lequel a pour mission, via l’assemblée, de gérer les affaires courantes de la municipalité. Selon lui, “cette mesure a été prise pour qu’on ne puisse pas spéculer sur l’immobilier”.

Autrefois, une grande partie des ouvriers agricoles savaient à peine écrire. Ils disposent aujourd’hui d’une maternelle, d’une école primaire et d’un collège-lycée qui va jusqu’à la classe de seconde. La cantine ne coûte que 15 euros par mois. Toutefois, au dire de Sancho, “le taux d’échec scolaire est un peu élevé. Les gens ont un logement et un travail assurés, si bien que beaucoup ne voient pas l’intérêt de faire des études. C’est l’un des points que nous devons améliorer.”

L’engagement citoyen et la conscience politique des habitants de Marinaleda dépassent ceux de n’importe quel autre village de la région. “C’est aussi quelque chose de très présent parmi les jeunes, assure Sancho. Ici, tous les jeunes ont des idées politiques. Mais nous ne sommes tout de même pas aussi engagés que nos parents en leur temps. Eux, ils ont tout donné pour conquérir ce que nous avons.”

A Marinaleda, il n’y a pas de police, et les décisions politiques sont prises par une assemblée à laquelle tous les habitants sont appelés à participer. Quant au “groupe d’action”, il “traite toutes les questions urgentes, au jour le jour, explique Sancho. Ce n’est pas un groupe d’élus, ce sont des gens qui décident ensemble de la répartition des tâches qu’il faut mener à bien dans l’intérêt du village”.

En ce qui concerne les impôts, “ils sont très bas, ce sont les plus bas de toute la région”, à en croire Sancho. Les budgets sont décidés lors des réunions plénières de l’assemblée, au cours desquelles sont approuvés les différents postes. Ensuite, on procède quartier par quartier, car chacun d’entre eux comprend sa propre assemblée d’habitants, et c’est à cet échelon qu’on décide à quoi va être investi chaque euro du poste défini par la mairie.

Source: Courrier international

16 commentaires

  • Bouffon

    Si toute la planète marchait comme ça, on bosserais plus que 17h par semaine et on pourrais s’amuser à faire tout les projets qui sont sensé être trop chère à réaliser.
    Mais leur trucs est possible parce qu’il n’y a pas de corruption qui vident les caisses comme en Russie à l’époque.
    Donc le régime politique la cause du problème reste la même.

  • nat

    C’est le même scénario qu’en Grèce : « Ce qui se passe, c’est que les gens qui avaient quitté la campagne pour travailler dans le bâtiment reviennent et cherchent du travail » + le retour à la terre + unification des classe sociales. Donc toutes les chances pour que ce mode de vie se propage très bientôt en Italie et en France.
    Reste LA question : c’est quoi leur potion magique ? « Toute la Gaule est occupée par la crise et les banques… Toute ? Non ! Un village peuplé d’irréductibles gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur. » Belle journée ensolleillée à tous (tiens, ya Georges Marchais qui fait des loopings dans les nuages en criant Hiiiii HAaaaa).

    • Bouffon

      Euh pas vraiment eux c’est un village communiste depuis 30 ans. Il ont pas attendu la crise pour regarder la réalité en face.

      • nat

        Il est mentionné Izquierda Unida [l’équivalent du Front de gauche français] , mais au-delà des « étiquettes » politiques, le retour à la terre en Grèce s’est fait naturellement, sans l’action d’un quelconque gourou idéologique. Ce modèle de vie peut quand même s’appliquer à des villes non communistes (c’est pas interdit). Il est temps de se débarrasser de tous ces partis politiques de gauche, comme de droite, tu ne crois pas ? Et cela ne m’étonnerait pas que le seul moyen de vivre et de reconstruire l’économie, soit un retour transitoire aux kolkhozes et à l’abolition de la propriété privée. Basta les carcans capitalistes, communiste, socialiste ! Fais – moi exploser tout ça Bouffon, ça n’a plus aucune valeur. ;-)

      • Bouffon

        Pour moi les affaires de l’état ne doivent pas être gérée avec une politique monolithique. Mais doivent aussi tenir compte de la connaissance scientifique.

        La nature doit être gérée avec des idées de vert, les ressource avec des idées communiste, le social avec des idées socialiste, l’économie avec des idées capitaliste, le passé avec des idées conservateurs et l’avenir avec des idées novateur.

        Mais nous sommes à la préhistoire du bon sens. Alors excuse-moi d’utilisé des mots qui sont compris par le plus grands nombre.

  • Zouba

    C’était les méthodes des bolchos en Ukraine les réquisitions forcées, depuis les ukrainiens haïssent les russes sur 30 générations

    Quand les supermarchés seront vide ils vont débarquer chez ceux qu’ils auront proclamé « riches » c’est à dire les survivalistes et leurs stocks de noisettes non euh conserves mouahahahahaha

    • Bouffon

      C’est normal quand une civilisation coule, c’est les anciennes loi qui reprennent le dessus. On ne prête qu’au riche c’est bien connu.

      Donc nécessité fait loi et la raison du plus fort et toujours la meilleure. Mais ceux qui résisteront le mieux sont ceux qui auront compris que l’union fait la force.

    • joshuadu34

      gestion inhumaine ou l’être n’est plus qu’une variable ajustable. On pose, dans ce documentaire, la question de savoir si quelque chose ne va plus dans l’administration… Mais c’est dans la société que rien ne va plus !!! L’être n’est plus rien ! Un numéro, une variable qu’il faut ajuster par licenciement, par radiation, par « excommunication », on lui signifie que dans un monde ou on lui a appris qu’il ne valait que par sa « force de travail », il n’était aujourd’hui plus rien… Et on s’étonne des réactions de désespoir ?

      Bien entendu, nous devons commencer par désapprendre, par éliminer ces valeurs argent de nos vies, et ce site, les moutons, a un rôle à jouer là dedans, mais l’expression de la colère doit aussi jouer, et d’autres possibilitées doivent aussi être offertes à chacun pour qu’il se sente toujours Homme, qu’il soit travailleur, chomeur ou autre ! C’est un rôle gouvernemental que celui ci se refuse à jouer car ce serait remettre en cause la doctrine dominante que de laisser comprendre que le monde ne s’arrête pas au travail, à la consommation, et que nous pouvons rester Homme dans chaque instant de nos vies, que nous pouvons aussi, par notre quotidien qui n’est pas forcément travail, aider et nous sentir vivre ! Jamais un gouvernement QUEL QU’IL SOIT ne fera ce geste là, car c’est remettre en cause sa nécessité absolue, son pseudo savoir, la doctrine du « je sais mieux que vous » portée par tous, sans aucune exception !

      Peut-être serait-il temps d’inventer un autre monde… non ?